Dividende

Publié le par Bidou

Cela apparaîtra curieux pour certains, mais le mot dividende est fondateur du développement durable. Pas dans le champ de la finance[1], objet du premier bouquet de ce blog, mais associé au qualificatif double. Pourquoi double, d’ailleurs, et pas triple ou multiple, comme le sont les dimensions du développement durable, ne traduisant en cela que la complexité des choses de la vie. Le développement durable est gourmand, il veut le beurre et l’argent du beurre, le sourire de la crémière, et plus si affinité. Pas de limite[2] à son avidité, il veut tout sans rien perdre. C’est là un point sensible qu’il faut bien comprendre : ne rien sacrifier, ne pas choisir mais toujours tenter de gagner sur tous les tableaux. Gagnant-gagnant.  Une grande ambition, contraire à une certaine morale qui voudrait que l’on doive payer pour son bonheur, ambition qui n’est pas toujours couronnée de succès, mais qui donne une ligne de conduite. On ne choisit que quand on a tout essayé pour l’éviter, et non au départ, sur la base de contradictions qui ne sont parfois qu’apparentes, et que dans tous les cas il faut tenter de surmonter. Choisir n’est qu’une solution de repli. Le développement durable se situe dans une logique de dépassement[3]. Il s’agit, comme dit la publicité, de faire le plein de tous les avantages, ce qui signifie que l’on fera tout pour que l’un d’entre eux ne vienne pas compromettre les autres. C’est une forme de plénitude, qui implique que l’on ne doit rien laisser de côté, et faire de vrais bilans. Ce thème est très présent dans le blog du développement durable. 10 chroniques, datées du 10 avril 2006 au 8 mai 2008 et qui le déclinent, constitue le bouquet qui vous esxt proposé aujourd'huibouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf . Leurs titres figurent en gras dans cette présentation.

La recherche du double (ou multiple) dividende est contraire à de vieux adages, qui déconseillent de courir deux lièvres à la fois. Il faut cumuler des avantages, des utilités, transformer les vides en opportunités, en espaces qui ne pensent qu’à servir à quelque chose. Cette recherche de l’intensité maximale, qui combine plusieurs types de densité, contient en soi une force de régulation. Tout excès dans un domaine qui attenterait à la bonne santé d’un autre doit être identifié, et maîtrisé. L’hédonisme auquel le développement durable nous porte ne se cherche pas la fleur au fusil, il a besoin de rigueur[4]. Une bonne analyse de la situation au départ, et de nos envies, de ce dont nous avons besoin et de comment tout cela va évoluer, est bien nécessaire pour savoir quels avantages nous vouons engranger, la valeur que nous leur donnons. Une vision monothématique donne une fausse vision de la plénitude. L’exemple de l’agriculture est éloquent à cet égard. Si sa mission n’est que produire le maximum de denrées, ce qui semble être la conséquence directe d’un mode de rémunération des agriculteurs, au volume produit, le mot intensif prend la connotation bien connue de la recherche du rendement maximum à l’hectare. Hors du quintal ou de l’hecto, point de salut. Vous connaissez les limites de ce raisonnement, qui néglige la qualité[5] des produits, et le potentiel du capital[6] productif, maintenu élevé grâce à des apports toujours plus importants. La véritable intensité est celle qui assure un bon rendement, de qualité, avec enrichissement des sols, gestion du cycle de l’eau et maintien de sa pureté, milieu naturel riche, paysage attractif. Beaucoup d’utilités à rechercher à la fois, sans en sacrifier une au profit des autres. La recherche d’un équilibre pour aller le plus loin possible dans la production de richesses cumulées. Il ne s’agit pas que de pratiques agricoles, mais de modes de rémunération des agriculteurs, de leurs conditions de travail, des modes de consommation et notamment de l’acceptation de vivre avec les saisons[7], de diversifier son alimentation en fonction des opportunités. Le développement durable est opportuniste, il profite des avantages éphémères que lui procurent les flux naturels, sans essayer d’imposer à la nature un rythme et des lois artificiels qui en réduisent le rendement immédiat et les capacités productives, toutes formes d’utilités comprises.

Cette exigence va sans doute à l’encontre d’une tendance à tout séparer, pour mieux maîtriser chaque aspect de notre vie, chaque élément de notre production et de notre consommation. Une illustration en est donnée par la schizophrénie que nous manifestons face à l’effort. Nous tentons chaque jour de réduire notre activité physique, en prenant l’ascenseur pour monter un étage, ou la voiture pour faire 500 mètres. Et le dimanche, nous enfourchons le vélo pour se dépenser physiquement, pour perdre les calories que nous avons malencontreusement accumulées toute la semaine. Belle logique ! Pourquoi dissocier de la vie courante l’exercice physique dont nous avons besoin, pour en faire une activité à part entière, juste pour compenser un comportement déséquilibré ?

La maison à énergie positive apporte l’exemple opposé. Il s’agit de donner à une construction deux utilités, celle d’offrir un habitat agréable et économique d’un côté, et celle de fournir de l’énergie de l’autre. Deux missions qui ne s’improvisent pas, il faut concevoir ladite maison spécialement pour cela, combiner deux approches appartenant à des univers différents, le vécu de la qualité de vie et la technique de production d’énergie. Deux dividendes à rechercher pour la même action, c’est ça le développement durable. Ça ne tombe pas du ciel, il faut faire un effort, mais quelle récompense !

 

 

Les dix chroniques du bouquet pour la bouffe

 

Le plein !      Intensité                Analyse        Gagnant                Agriculture

Positif          Lièvre                   Vélo             Vide                      Combine

Prochaine chronique : Construction



[1] Finance, chronique du 16/10/2008

[2] Limites (06/09/2007)

[3] Dépasser (18/06/2006) et n°19 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[4] Rigueur (11/01/2007

[5] Qualité (02/04/2006), n°60 dans Coup de shampoing

[6] Capital (22/02/2007)

[7] Saisons (22/09/2008)

Publié dans developpement-durable

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