Limites

Publié le par Bidou

Nous connaissons bien la définition que donne le rapport Brundtland du développement durable : Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Il faut y ajouter la suite, souvent oubliée, et qui ouvre des perspectives sur la mise en pratique du développement durable : Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de besoin, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.

Le concept de limites est inclus dans celui du développement durable, mais on notera qu’il n’est pas interdit de pousser les murs, c'est-à-dire de trouver des techniques et des organisations sociales qui permettent de repousser lesdites limites. Il se trouve aujourd'hui qu’on aurait plutôt mis la charrue avant les boeufs. Les besoins ont bougé plus vite que les  limites. Selon les calculs de l’empreinte écologique[1] de l’humanité, nous consommons plus que ce que la planète peut fournir, et l’arrivée de nations émergentes à la table des grands, comme la Chine et l’Inde, ne va pas améliorer la situation. Puisque le flux annuel de richesses ne suffit pas à satisfaire nos besoins, c’est bien sur le stock que nous prélevons hardiment depuis quelques années, détruisant ainsi du capital pour nos descendants. Ce n’est pas durable. Il faut donc ajuster les limites du possible avec nos consommations. On peut certainement réduire ou transformer certains besoins, de manière à réduire leur empreinte, mais dans la perspective de neuf milliards d'êtres humains vivant dignement, il y a peu de chance que les consommations diminuent à la surface de la planète. Il faut bien trouver des solutions pour accroître le potentiel productif de la planète, et pour commencer, ne pas continuer à en détruire. Il y a un rattrapage urgent à faire en termes de capacité durable de production de la Terre : Un beau défi à relever pour nos économies.

Une manière d’aborder vigoureusement cette question est de retourner le sens des limites. On va chercher à limiter les consommations et les rejets pour un même usage, pour une même utilité. Il s’agit bien d’une performance, susceptible de rapprocher les limites de la planète et nos besoins, pour reprendre les deux termes qui complètent la définition du développement durable.

La fédération nationale des transports routiers vient de faire une proposition de cet ordre dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Il s’agit de limiter à 80 km/h sur autoroute la vitesse des camions, au lieu de 90 aujourd’hui.

On escompte un gain de 2 litres de gazole aux cent kilomètres, ce qui représente 1,4Mt de CO2 par an. 5% de la consommation des poids lourds, 5% des émissions de gaz à effet de serre. Toujours ça de gagné ! Pour le personnel, cette réduction, assortie d’une interdiction de doubler – tout le monde allant à la même vitesse, plus la peine de se donner du mal pour doubler ! – les quelques expériences menées à ce jour montre une nette amélioration des conditions de travail, moins de stress, plus de confort. Au plan économique ? On aura noté que ce sont les transporteurs routiers eux-mêmes qui le demandent, c’est donc a priori qu’ils n’y sont pas perdants. On constate que la fluidité et la régularité sont deux qualités essentielles pour la circulation des camions, et qu’elles seront accrues par la limite de vitesse, si elle est retenue. Il faut ajouter que différence de vitesse maximum ne s’applique que sur une partie de leur parcours, et pas sur les entrées et sorties d’agglomérations, où ils passent beaucoup de temps. Un peu moins de kilomètre parcouru par camion et camionneur dans une journée, ça peut se rattraper par une meilleure organisation notamment des chargements et déchargements. Le dialogue avec les clients est ouvert ! En matière de circulation, la régularité est plus importante que la vitesse de pointe, pour les marchandises comme pour les voitures particulières, et les limites imposées offrent paradoxalement des capacités supplémentaires, du temps gagné, de l'énergie et de la pollution économisée.

Poser des limites, des limites en termes de prélèvement de ressources et de biens rares, c'est aussi se fixer des exigences, se donner un cadre rigoureux pour résoudre les problèmes. Cela oblige à se dépasser, à sortir des réponses conventionnelles pour repousser les limites du possible en termes de service rendu. On retrouve l'exigence de performance que comporte le développement durable, et la divergence à rechercher entre les pressions sur la planète d'un côté et l'amélioration continue du bien être de l'autre.

 

Merci à Bernard LIEBART de ces précieuses informations sur la circulation des camions.

Prochaine chronique : Contagion
 

 

 



[1]  Voir la chronique Hectare, du 28 juin 2006, n° 30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

Publié dans developpement-durable

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