Réverbère

Publié le par Bidou

Il pourrait s’agir de l’éclairage dans les villes, les becs de gaz et autres luminaires. Nous parlerions alors les lampadaires de demain, alimentés par des cellules photovoltaïques ou une éolienne incorporée, du genre de celles présentées au salon des maires de 2007, et installées pour la première fois à Issy-les-Moulineaux en décembre suivant[1]. L’intelligence dans l’éclairage public, les paysages nocturnes de nos villes seraient le cœur de cette note, comme dans celle consacrée à la différence[2]. Nous enchainerions sur la pollution lumineuse, sujet longtemps oublié, mais qui acquiert aujourd’hui ses lettres de noblesse, avec même une proposition de loi sur les rails. 

Mais je préfère vous entraîner sur un autre chemin, celui éclairé par un réverbère, bien commode pour chercher ses clés que l’on a perdues.  Vous connaissez tous cette histoire du bonhomme qui cherche dans le halo de lumière un objet qu’il a perdu ailleurs, mais sous le réverbère, on y voit clair ! Nous sommes toujours tentés de chercher des solutions là où nous sommes à l’aise, dans un univers où nous pensons contrôler les choses, même si tout le monde sait bien que c’est ailleurs que ça se passe. L’illustration vient encore d’en être donnée par le report à 70 ans l’âge de départ à la retraite, pour les volontaires. Le financement des retraites représente un vrai problème[3]. Sur quels paramètres jouer pour le résoudre ? Traditionnellement, il y a l’âge légal de départ et les cotisations. On manipule donc ces leviers, tout en sachant qu’ils ne résolvent rien, que les déficits seront toujours considérables. L’âge réel de départ est au dessous de 60 ans, à quoi bon relever la barre à 70 ? L’effet ne sera qu’à la marge, symbolique pour la collectivité, chiffon rouge pour les uns, expression de la liberté du travail pour les autres. Aucune approche cohérente, globale, raisonnée de la question du vieillissement, juste une approche comptable, tronquée et largement fictive. Le réverbère a encore frappé !

La question du vieillissement serait terrifiante si elle entraînait une baisse de la production, si le facteur limitant de la création de richesse se situait dans le volume global de travail[4] mobilisable. Il n’en est rien, car la productivité du travail humain progresse et pourrait progresser encore plus, notamment en France, s’il y avait moins de chômage. Globalement, nous disposons d’un réservoir humain productif bien suffisant, même dans les pays à démographie déclinante. C’est une constatation très rassurante à l’époque où la population de la planète doit se stabiliser, ce qui entraîne mécaniquement un vieillissement.

Notre problème principal aujourd’hui n’est pas la productivité des hommes, mais celle des milieux. Nous extrayons chaque année de la planète 30% de plus que ce qu’elle produit[5]. Nous mordons dans notre capital[6] productif. A ce rythme, il en faudra du travail humain pour compenser[7] cette perte. Il y a mieux à faire que de continuer à dégrader le patrimoine, et à croire que l’on pourra s’en sortir par du travail supplémentaire. Chacun voit que ce n’est pas aujourd’hui et pour longtemps encore que la quantité de travail disponible qui pose problème, mais sa qualité, son management ou sa bonne gouvernance si vous préférez. Le problème n’est plus la retraite, mais la formation, les compétences, la manière de travailler ensemble, la R&D, les brevets, en un mot l’intelligence. Et puis bien sûr la défense et le renforcement de la productivité des milieux. Voilà des domaines où les réverbères sont moins nombreux, l’urgence serait sans doute d’en installer rapidement !


Prochaine chronique : Dividendes, un bouquet reprenat 10 chroniques du blog du développement durable.

[1] Le lampadaire éolien Windela, créé par la société Expansion & Développement, fonctionnant de façon autonome à partir d’énergies renouvelables, sans aucune consommation d’énergie fossile, a été installé mercredi 5 décembre 2007 à Issy-les-Moulineaux (Hauts de Seine)

[2] Différent (chronique du 29/03/2007)

[3] Voir notamment sur ce sujet les chroniques Papy (16/07/2006, et n°50 dans Coup de shampoing sur le développement durable, éditions IbisPress), Sénior (31/07/2008) et Générations (23/10/2008)

[4] Travail (01/05/2006 et n°77 dans Coup de shampoing)

[5] La demande de l'humanité en ressources dépasserait maintenant la capacité de régénération de la planète d'environ 30%, d’après la dernière édition du rapport Planète vivante publié tous les deux ans par le Fonds mondial pour la nature (WWF)

[6] Capital (22/02/2007)

[7] Voir la chronique Compensation (28/02/2008)

Publié dans developpement-durable

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