Qualité

Publié le par Bidou

Pour les techno, le mot qualité évoque les démarches du même nom. C’est une première approche du développement durable, avec des procédures qui facilitent une progression collective, désignation claire d’objectifs à atteindre, échanges entre tous les acteurs, planification du parcours à emprunter, avec traçabilité et points d’arrêt et de contrôle pour aller de l’avant sur des bases solides. Les démarches qualité ont pris leur essor dans les activités à risque, comme l’aéronautique et l’espace, avec la recherche du « zéro défaut », et nous sommes bien, sur le vaisseau spatial « Terre » à la recherche d’un mode de pilotage offrant le maximum de sécurité.


C’est un mode de « gouvernance », qui doit être adapté aux circonstances : conçu pour des unités de travail, comme une entreprise, la démarche qualité peut inspirer l’organisation des échanges entre partenaires sur des projets, les nécessaires débats sur des sujets complexes engageant l’avenir, et les manières de prendre les décisions et d’en vérifier la mise en œuvre. Une démarche de progrès, avec les quatre étapes symbolisées par la célèbre « roue de Deming », plan, do, check et act en anglais, soit décide, agit, contrôle et enregistre, avant de recommencer sur une base confortée par les enseignements du cycle précédent. Le développement durable est donc une démarche collective de recherche des voies du progrès, qui doit capitaliser les expériences du passé et organiser la collaboration de toutes les « parties intéressées » comme on dit maintenant. A noter que les parties intéressées en question vont bien au delà des responsables d’un projet ou d’une production : les usagers, riverains, tous ceux qui pourraient être « éclaboussés » d’une manière ou d’une autre par les conséquences d’une opération en font partie.


Mais la qualité, c’est aussi une référence du langage courant. Un produit de qualité, une qualité de service, sont des expressions usuelles. Il s’agit de répondre convenablement à un besoin. Ce besoin est différent selon les circonstances. Un costume de qualité doit être bien coupé, mais il est taillé dans un tissu chaud ou léger selon la saison et la température ambiante, une toile épaisse et résistance ou bien dans une soie légère selon le type d’usage. La qualité ne se mesure donc pas facilement, contrairement à la quantité, qui se mesure avec des étalons bien connus que sont les mètres, litres, kilogrammes, etc. Et pourtant, c’est dans la qualité que l’on trouvent capitalisés le travail et le savoir faire humain, les connaissances scientifiques et techniques, la rigueur des contrôles. Autant de richesses qui ne doivent qu’à l’Homme, et ne coûtent en rien à la nature, aux ressources renouvelables et surtout non renouvelables. Si on peut diviser par dix la consommation d’énergie d’une maison ou celle nécessaire pour produire tel plat cuisiné, c’est grâce à une accumulation de connaissances, d’expériences, de compétences, d’organisation de processus de production et de distribution. On voit donc dans la qualité la voie d’une croissance qui ne dépend pas de prélèvements à toujours accentuer, comme c’est le cas pour une croissance quantitative, dont le maître mot est « toujours plus ». Mieux produire et mieux consommer, plutôt que produire plus et consommer plus.


La difficulté est que la qualité est contingente. On la mesure en écarts par rapport au service attendu, lequel n’est pas toujours bien défini et est variable selon les circonstances, comme on l’a vu. Et l’on a besoin aussi de croissance quantitative, car les besoins vitaux de grandes parties de l’humanité sont loin d’être satisfaits. Les populations les plus riches doivent donc s’orienter délibérément vers une croissance qualitative, pour laisser une marge de manœuvre quantitative aux plus pauvres. La plupart de instruments économiques modernes ont été créés ou reformulés en 1945, pour une reconstruction de masse après un conflit terriblement destructeur. On voit bien aujourd’hui, dans un contexte radicalement différent, qu’un renouveau des instruments économiques est nécessaire pour que la croissance de demain soit qualitative. Les accords de Kyoto amorcent cette recherche, et on voit les difficultés à les faire comprendre et adopter. Rappelons le mot du célèbre économiste : John Maynard Keynes « La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes ».

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