Construction

Publié le par Bidou

Partons de ce mot bien concret pour parler d’un classique du développement durable : la gouvernance. La construction d’une maison ne s’improvise pas. Il faut des savoir faire, un terrain, un projet, des matériaux. Et quand la maison est construite, il faut la faire vivre, l’entretenir, la réparer de temps en temps, la moderniser et l’adapter aux besoins qui bougent sans cesse.

Monter des projets d’ordre économique, culturel, social ou encore élaborer des politiques, relève de la même logique. Les acteurs sont nombreux, ils ont chacun leurs convictions, leurs intérêts, leur métabolisme. Les besoins sont multiples, de natures différentes voire contradictoires. Les ressources, financières, humaines, naturelles, sont limitées, il convient de les utiliser avec parcimonie.  Une série d’équations et de nombreuses variables, un système complexe qu’il ne faut pas aborder sans s’y préparer. Comme pour construire une maison.

Il s’agit de permettre à chacun d’apporter sa contribution à un projet, dans une dynamique dont il comprend le sens. C’est un contrat social à négocier. Pour une maison, il faut d’abord savoir ce que l’on veut. Quel usage va-t-on en avoir, quel genre de vie va-t-on y mener, quelle évolution peut-on attendre raisonnablement, bref quel besoin doit-on satisfaire. La bonne compréhension, partagée, des objectifs poursuivis est une des bases de la bonne gouvernance, comme peut l’être le programme d’un projet de construction. Etape très importante, qui demande une écoute[1] des futurs intervenants des phases de construction comme d’usage et d’exploitation. Transposée en gouvernance, cette étape consiste à comprendre et hiérarchiser des besoins, des attentes exprimées ou latentes. Il convient aussi d’appréhender le contexte, les dangers, les enjeux périphériques qui pourraient déteindre sur le domaine où l’on intervient. Le bilan de compétences[2] du terrain. La relance de la croissance, par exemple, est un thème politique toujours mis en avant. Le programme est-il bien élaboré ? De quelle croissance s’agit-il ? D’une croissance purement comptable, en PIB dont on critique par ailleurs la signification ou bien d’une croissance dans la satisfaction effective des besoins d’aujourd’hui, aux moindres coûts social et environnemental ? Au moment où l’on admet sans gêne apparente que l’économie réelle est bien différente des comptes financiers, la question n’est pas théorique. La confiance entre les acteurs, capital[3] essentiel pour progresser efficacement, ne peut s’établir sur des malentendus. Faut-il augmenter le pouvoir d’achat[4] en cherchant aveuglément une croissance apparente, ou bien en maîtrisant les dépenses ?

Autre exemple de gouvernance maladroite, la construction européenne. Tout arrive dans le désordre. Le débat sur la constitution apparaît comme un marchandage, et c’est bien normal puisque le cahier des charges, ce que l’on attend de l’Europe[5], n’est pas consensuel. Le comment pourrait-il se substituer au pourquoi ? Sans clarification, les procès d’intention se multiplient, les méconnaissances réciproques des différentes nations composant l’Europe tiennent lieu d’arguments. Un débat sans a priori sur le rôle de l’Europe, pour les populations et les Etats qui la composent, pour le reste du monde et la planète, serait bien nécessaire avant d’entrer dans la mécanique, nécessaire mais obscure, qu’exige le fonctionnement d’une collectivité de cette ampleur.

Un consensus sur le diagnostic et les priorités est le résultat à obtenir pour ce premier acte de gouvernance. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, et des ajustements seront sans doute nécessaires au fur et à mesure de l’avancement de l’opération, et il serait sage de le prévoir. Le rappel permanent des besoins, modifiés le cas échéant, est toujours bon dans le dialogue qui s’instaure pour transformer un programme, qui exprime des attentes, en un projet qui propose des réponses opérationnelles. Comme pour un bâtiment, où la qualité des échanges entre le commanditaire, le maître d’ouvrage, et l’équipe de conception est une des conditions du succès, sans oublier les professions qui apporteront leur pierre à l’édifice le moment venu.

La construction d’une maison est bien plus simple que celle d’une cité ou d’une nation, européenne par exemple. Mais elle est pleine d’enseignements, acquis progressivement et consolidés dans des savoir faire et des méthodes de  travail. La bonne gouvernance ne s’improvise pas, elle se nourrit de l’expérience, non pas pour se voir transposer sans ménagement, mais pour donner des idées.

Prochaine chronique : Kinésithérapeute, kiné pour faire simple

 



[1] Ecoute, chronique du 09/10/2008

[2] Compétence (19/06/2008)

[3] Capital (22/02/2007)

[4] Achat (03/12/2007)

[5] Europe (07/07/2008)

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