Surface

Publié le par Bidou

Il ne faut pas négliger la surface des choses. Le mot superficiel a une connotation négative, méritée si on se contente d’une vision rapide, mais la surface existe bel et bien avec des fonctions bien particulières. Nous avons déjà traité dans ce blog de l’épaisseur[1], mais le développement durable nous conduit comme d’habitude à courir deux lièvres[2] à la fois : il faut s’intéresser à la surface comme à l’épaisseur. La surface, c’est le lieu des échanges.

Commençons avec l’effet de serre. Faites fondre la banquise, et vous perdez autant de surface réfléchissante qui renvoient les rayons du soleil vers le ciel : c’est l’accélération du phénomène de réchauffement qui se manifeste.

Quittons ensuite les océans arctiques ou antarctiques, pour aller vers des régions plus chaudes, ou l’activité biologique est surtout présente dans les couches supérieures de la mer. Il faut de la lumière et de l’oxygène. Il y a bien sûr une autre vie dans les abymes, mais l’humanité s’est développée en exploitant prioritairement celle des eaux de surface, et la pêche aux poissons des profondeurs posent bien des problèmes[3]. La pollution des mers, comme les couches d’hydrocarbures qui circulent dans les océans, affecte essentiellement la surface, et les échanges en sont rendus plus difficiles, voire impossibles. Le premier stade de la productivité biologique marine, le plancton végétal, en est la première victime, et par suite toute la chaîne qui active la productivité des milieux marins. Ajoutez à cela la dégradation des milieux côtiers, et une pollution apportée par les fleuves et les activités terrestres, et bien sûr une pêche surpuissante, vous obtenez une lourde menace sur la source essentielle de protéines pour la moitié de l’humanité.

Les surfaces de contact, on les trouve aussi dans les maisons, avec leurs murs, leurs portes et leurs fenêtres, leurs toits, leurs sols. Le débat s’amorce aujourd’hui sur les fenêtres à triple vitrage. L’isolation est améliorée, mais les apports solaires sont réduits du fait d’une couche supplémentaire, si bien que le bilan n’est pas automatiquement favorable, surtout si on introduit dans le calcul les matières premières et l’énergie consommées pour cette troisième épaisseur[4]. La fenêtre, qui permet l’accès à la lumière du jour, ouvre des perspectives sur l’extérieur, les paysages, qui offre aussi des points de vulnérabilité, de fragilité, constitue une surface tout à fait passionnante au titre du développement durable. Une nouvelle fonction vient d’être trouvée pour le verre : la prévention des maladies nosocomiales. Un traitement aux ions d'argent sur ses couches supérieures permet de bloquer le métabolisme des champignons ou des bactéries qui s'y déposent, empêchant leur multiplication et entraînant en 24 heures leur élimination à 99,9%[5]. Le verre devient une surface aux fonctions multiples, il permet de gagner sur plusieurs tableaux à la fois. Ça ressemble bien à du développement durable.

Les murs aussi, offrent une surface digne d’intérêt. A l’intérieur, le confort thermique en dépend largement. Ils transmettent de la chaleur par radiation, en fonction de leur température de surface. Les tapisseries des anciens manoirs n’étaient pas là que pour le décor, elles jouaient aussi un rôle pour le confort des habitants, même si les pierres des murs restaient froides. Aujourd’hui, la nature des revêtements des murs reste un paramètre important du confort thermique, à combiner avec la température de l’air. On pourrait ajouter l’acoustique, et la qualité de l’air, autant de facteurs déterminants pour la qualité de la vie dans les maisons.

A l’extérieur, la surface des murs constitue aussi un enjeu multiforme. Pour l’énergie, on peut isoler par l’extérieur, pour mieux conserver les calories ou la fraîcheur dans la masse même du bâtiment. Les murs, ça se salit, surtout en ville avec la pluie quoi rabat toutes sortes de poussières en suspension dans l’atmosphère. Comme c’est compliqué et onéreux de les laver trop souvent, on a conçu des murs autonettoyant, comme d’ailleurs les vitrages, pour compléter ce qui a été dit ci-dessus sur le verre. Des traitements superficiels des murs en béton favorisent des phénomènes photochimiques, qui permettent aux salissures de se décomposer et d’être enlevées par la pluie. Et en allant plus loin dans cette voie, c’est la pollution atmosphérique que l’on est arrivé à piéger à la surface des bâtiments. Des murs qui protègent les habitants des maisons, on était habitués, et voilà que les mêmes murs atténuent la pollution de l’air dans les rues ! Un gagnant – gagnant original.

Le mot surface pourrait inspirer bien d’autres réflexions, notamment les traitements de surface, pour les bijoux et de nombreuses pièces métalliques, qui ont pollué allègrement les rivières, et continuent peut-être à le faire. Mais ce billet de quelques paragraphes, comme les autres, ne peut évidemment que rester à la surface des choses. Ça suffit juste à donner un éclairage sur le développement durable, et comptons sur l’accumulation de ces chroniques pour allier surface et épaisseur.

Prochaine chronique : Ascenseur



[1] Epaisseur, chronique du 20/08/2007

[2] Lièvre, chronique du 03/06/2006

[3] Voir la chronique Grenadier du 09/11/2006 et n°29 dans Coup de shampoing sur le développement durable (Editions IbisPress, www.ibispress.com)

[4] Débat lancé par le cabinet Pouget Consultants à l’occasion du salon BATIMAT. Cf. Le Moniteur du 9 novembre 2007

[5] Verre antibactérien mis au point par AGC (ex Glaverbel) qui a obtenu le Batimat d'Or. Cf. Le Moniteur du 9 novembre 2007

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