Tuyau

Publié le par Bidou

Les turfistes seront déçus, car ce n’est pas de chevaux ni de paris dont nous parlerons ici, ou alors d’un pari bien spécial, le pari sur l’avenir. Il faut le préserver, tout en vivant bien, sans se priver. Autant dire qu’il faut être un peu malin, ou attentif, pour éviter de gaspiller des ressources, c'est-à-dire en consommer sans en tirer de bien-être particulier. Permettez-moi de vous donner un tuyau.

Les chiffres sont terribles : quand vous jetez un produit de 1 kg, il a fallu 100 kg de ressources pour créer le produit. Ça vaut le coup d’essayer de tirer le meilleur parti de ces 100 kg ! Ce ratio de 1 pour 100 est une moyenne, et il monte bien plus haut pour certains produits comme les ordinateurs : il faut 1,5 tonnes de matières premières pour le fabriquer. Pesez le vôtre, et faites vous-mêmes le calcul…

Pas facile dans une société dite de consommation fondée sur le renouvellement permanent des produits, dont on a fait le moteur de l’économie. La première piste est de mieux produire. Peut-on trouver des procédés de fabrication qui consomment moins de ressources pour le même service rendu ? Il s’agit bien sûr à la fois de l’équipement et des consommables associés à cet équipement. Ce qui compte pour le consommateur, c’est le service rendu au bout du tuyau que constitue le process de fabrication. Cherchons à mettre le moins d’ingrédients possibles à l’entrée du tuyau,  si ce n’est du savoir faire, de la connaissance, de la compétence, bref du capital[1] humain. Si on pouvait améliorer ce ratio, et passer de 1 kg utile pour 100 de matières premières, à, par exemple, 1 pour 80 ou 50, quel gain ! Sans baisse de la qualité de service. Ce serait une vraie croissance, fondée sur l’efficacité dans la manière de produire, une efficacité en outre valorisable à l’exportation. Une bonne affaire.

Une deuxième piste est de mieux tirer profit de ce que nous achetons. Consommer mieux. Les encyclopédies et petits guides du savoir consommer écologique se sont multipliés ces dernières années. Ce sont des réflexes qui doivent entrer dans nos comportements, notamment dans les magasins quand on fait ses courses. Le fameux panier de la ménagère, souvent devenu un caddy, est une des clés du consommer mieux. On peut acheter des produits offrant des garanties pour la protection de l’environnement, ou pour les conditions sociales de leur fabrication, on peut aussi veiller à ce que leur conditionnement soit écologiquement efficace. Des volumes adaptés aux rythmes de consommation – par exemple, les grandes bouteilles produisent moins de déchets au litre consommé – des systèmes de dosage qui évitent d’utiliser le double de ce qui est nécessaire[2], offrent deux sources d’économies importantes à la fois pour votre porte-monnaie et pour l’environnement. L’ADEME[3] a fait le calcul : En choisissant bien ses produits et leur emballage, pour le même service rendu chez vous, vous pouvez économiser 50€ par mois et par personne. Voilà pour le volet porte-monnaie. Côté environnement, la part des déchets générés par vos achats varie le 10 à 17% de la masse totale de ce que vous avez pris sur les rayonnages. Chacun d’entre nous produit en moyenne 83 kg de déchets par an, chiffre que l’on pourrait réduire à 50 kg en faisant attention. Notez que le pire n’arrive pas toujours, heureusement, car si on adoptait le plus mauvais comportement d’achat, on pourrait atteindre 100kg de déchets. Après le tuyau production, le tuyau consommation est aussi sensible. On peut maîtriser ce qu’on y rentre, sans se priver sur ce qui en sort.

La troisième étape est bien sûr la bonne valorisation de ces déchets, par réemploi ou par recyclage notamment. Pour cela il faut trier et bien jeter, mais ce n’est que la traduction logique d’une préoccupation qui caractérise toute la chaine de satisfaction de nos besoins. Les deux tuyaux de la production et de la consommation donnent deux clés du développement durable, avec le souci d’en améliorer le rendement en permanence. De l’ingéniosité et de la technique pour les fabricants, de l’attention et de la prévoyance pour le consommateur, ne sont-ce pas là des vertus extraordinaires. Le développement durable est à portée de main !

Prochaine chronique : Surface

 



[1] Voir la chronique Capital du 22/02/2007

[2] Voir à ce sujet la chronique historique de ce blog Shampoing et développement durable , du 30 janvier 2006, et n° 69 dans Coup de shampoing sur le développement durable, livre qui lui doit son titre, éditions Ibis Press (www.ibispress.com )

[3] ADEME, agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, www.ademe.fr

 

Publié dans developpement-durable

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