Croisé

Publié le par Bidou

Nous avons déjà parle de croisées au féminin, c'est-à-dire des fenêtres[1]. Il y a aussi la croisée des chemins, où je ne pourrais que vous conseiller la voie du développement durable. Au masculin, les croisés historiques sont de redoutables guerriers ; les croisades d’aujourd’hui sont multiples, et la manière de les mener moins sanglantes. Il y a notamment des croisés du développement durable. Leur zèle est redoutable, surtout s’il s’agit de nouveaux convertis, dont on sait la ferveur. Le sentiment d’urgence[2], qui les anime souvent, les conduit parfois à brûler les étapes[3], et à vouloir imposer des solutions toutes faites pour redresser la situation. C’est oublier que ce sont les acteurs ordinaires de la société qui sont les mieux placés pour trouver les bonnes solutions, et que les zélateurs du développement durable doivent surtout leur en donner l’envie, et les aider à se repérer. Pas de leur dire ce qu’ils doivent faire. La bonne volonté et l’engagement personnel, bien sympathiques au demeurant, ne peuvent s’affranchir de la nécessité d’intégrer les réalités de la vie de ceux auxquels ils s’adressent.

Il faut porter le développement durable au sein des univers des autres, et ce sont eux qui sauront quoi en faire. Le fameux ouvrage d’Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes[4], montre clairement quels dégâts peuvent être faits au nom d’une noble cause.

Croisé, le mot évoque également l’occasion de voir d’autres gens, de croiser des points de vue, des cultures. Sans chercher une confrontation, c’est l’occasion d’enrichir des points de vue, en multipliant les approches des mêmes phénomènes, et d’en découvrir ainsi de nouvelles facettes. Une bonne manière de progresser dans la complexité.

A l’infinitif, Croiser nous renvoie aux trois dimensions du développement durable. Rappelez-vous, l’économique, le social (ou sociétal, mais ça se discute) et l’environnement, représentés par trois cercles, souvent ovoïdes d’ailleurs, qui se croisent et se coupent les uns les autres. Une approche un peu compliquée, se référent à la théorie des ensembles. Certains ont vite fait de croire qu’il suffit d’être présent dans une des cercles pour être durable. Ou que l’on peut faire son marché au sein des trois cercles, que l’on va prendre un aspect et le valoriser sans égard pour les autres. Il faut reprendre le petit dessin des trois cercles, que l’on croise et dont l’intersection commune donne le territoire du développement durable.

Une intersection ridicule, toute petite, difficile à atteindre, et qui restreint fortement le champ du possible. Mais les cercles peuvent bouger, et l’action des pouvoirs publics et des responsables économiques et sociaux est de les déplacer dans le bon sens. En réalité, ils bougent sans cesse, avec les nouvelles techniques qui se diffusent, les règlements, les équilibres économiques en perpétuel mouvement, les modes de vie eux-mêmes évolutifs, et. Tout l’art est parvenir à les superposer au maximum, comme on le fait pour obtenir une lumière blanche à partir des couleurs de l’arc en ciel[5]. Il est alors bien plus facile de faire du développement durable, et on n’est pas obligé de faire comme le voisin. La vertu devient attractive, voilà un bon croisement.

 

Prochaine chronique : Passé

[1] Chronique Fenêtre  du 07/02/2006, et n°26 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Urgence , chronique du14/05/2007

[3] Etape , chronique du 06/11/2006 et n°25 dans Coup de shampoing…

[4] Aux éditions Jean-Claude LATTES, 1983

[5] Voir la chronique Lumière du 14/12/2006 et n°39 dans Coup de shampoing…

 

Publié dans developpement-durable

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un primate... 28/09/2007 22:06

Je croisait par là au hasard...au sujet des trois cercles je viens juste de tomber dessus sur un autre blog où ils étaient contenu dans un 4ème cercle "culture", j'ai trouvé le schéma intéressant, mais j'ai eu cette réflexion "pourquoi ne pas intervertir le cercle "environnement" avec le cerle "culture" ?Enfin, ne pas les supperposer, mais les confondre (fondre l'un dans l'autre), que chacun des trois cercles contienne les deux autre...