Lumière

Publié le par Bidou

La lumière symbolise souvent la joie, et en périodes de fêtes, les rues de nos villes participent activement à l’émerveillement général. Mais attention à n’éclairer que les rues et pas le ciel, qui n’en a pas besoin, et qui est peuplé de petites bêtes, chauves souris et insectes notamment, qui ont du mal à se repérer dans cette « pollution lumineuse », et peuvent en souffrir gravement.

 

Sécurité, prestige, les villes ont adopté des éclairages puissants, qui illuminent les rues toute la nuit. Depuis quelques années, et le coût de l’électricité aidant, certaines villes ont modifié leur politique, pour faire des économies : régulations, matériel et ampoules performantes, implantation des candélabres, modulations d’intensité en fonction des heures, toutes une batterie de mesures sont prises pour rationaliser l’éclairage public, traduction moderne des lumières de la ville.

 

Celles-ci sont là pour mettre la ville en valeur. Elles doivent manier le contraste, donner du relief, souligner telle curiosité, montrer le chemin, accompagner et rassurer le promeneur. Le célèbre film du même nom réalisé en 1931 par Charlie Chaplin nous donne des clés : les lumières pour mettre en vedette une jeune aveugle, un film sonore mais non parlant, bref un film refusant les facilités pour ne s’adresser qu’à la sensibilité du spectateur.

 

Bien sûr, les lumières de la ville sont devenues l’éclairage public, et la technique s’est substituée à la poésie, mais les choses bougent. De plus en plus de villes ont pris conscience de l’importance de ces lumières, qui font surgir, le soir venu, un paysage spécifique, parfois très différent de celui perçu en plein jour. Les lumières permettent de recomposer un univers, bien au-delà le la simple politique d’illumination et de sécurisation des rues. L’éclairage public participe ainsi à la requalification de quartiers, à la politique de la ville[1], et devient un facteur d’animation à part entière, comme en témoignent la fête de la lumière à Lyon en décembre, et les scintillements de la Tour Eiffel , qui donnent l’heure la nuit comme les cloches le font le jour.

 

Le concepteur lumière est devenu un artiste de la ville, tout comme l’architecte. Il compose des paysages nocturnes, qui se conjuguent avec d’autres paysages, fondés sur d’autres sens comme l’ouïe ou l’odorat.

 

Dans les maisons aussi, la lumière est importante. Lumière du jour, tout d’abord, par sa qualité et le contact avec l’extérieur qu’elle procure. Chaque orientation a ses vertus, et on sait par exemple que les studios des peintres privilégient la lumière du Nord. On utilise aujourd’hui des étagères spéciales pour favoriser la pénétration de la lumière dans les pièces. Les anciens égyptiens, quand ils creusaient des tombeaux des pharaons, utilisaient des jeux subtils de miroirs pour s’éclairer loin dans les entrailles de la terre.

 

La lumière artificielle vient naturellement au secours de celle du jour, et là encore la question de la qualité doit être posée. Les modalités de l’éclairage doivent apporter du confort, du relief, et renforcer la personnalité des lieux éclairés. Tout en faisant des économies d’énergie, ce qui est tout à fait possible avec les techniques actuelles.

 

Revenons dehors, où un merveilleux arc-en-ciel se déploie dans toute sa splendeur. Chaque couleur composant la lumière blanche apparaît et nous ramène avec force aux théories sur le développement durable et les éclaire s’il en est besoin.

 

Vous connaissez l’image. Il s’agit des trois cercles, qui symbolisent les trois dimensions, ou les trois piliers du développement durable. L’économie, le social et l’environnement. Trois cercles qui se coupent, et délimitent des parties communes. La vertu se trouve au centre du dessin, à l’intersection des trois cercles, qui ressemble en général à un minuscule bikini, pour ne pas dire un string pour faire moderne. C’est là qu’il faut se placer, pour être durable. C’est là, pour revenir à la lumière et à l’arc-en-ciel, que les lumières de couleur se superposent pour donner la lumière blanche. Oui, mais peut-on aussi faire bouger les cercles ? Doit-on se contenter d’un espace aussi réduit pour faire du développement durable ? Faire du développement durable, c’est aussi faire que les cercles se superposent au maximum, pour élargir leur intersection et par suite le champ du possible.  Il ne suffit pas de rechercher solutions saines à la fois pour l’environnement, le social et l’économie, mais de faire en sorte que de plus en plus de solutions entrent dans le champ du durable, dans cette intersection des trois cercles. Il faudra pour cela changer les règles du jeu, notamment pour que l’économie intègre mieux les coûts « externes », ceux qui sont reportés sur la collectivité au lieu d’être supportés par celui qui les occasionne. Il faut aussi que les modes de calcul intègrent la durée et la valeur des ressources, au-delà des simples coûts de leur mise à disposition. Il faut que la production d’utilités de toutes natures puisse être prises en compte. Aujourd’hui, le développement durable se recherche sur un minuscule atoll au milieu du Pacifique, qui a donné son nom au célèbre maillot de bain. On a bien du mal à y trouver des réponses à toutes nos questions sur l’avenir. Il faut l’élargir, et comme avec un projecteur, superposer au maximum les différentes lumières dont la conjugaison permet d’accéder au durable, la lumière blanche de notre analogie.

 

En élargissant le champ du durable, on gagne sur deux tableaux : en termes de sécurité tout d’abord, car on découvrira peut-être demain de nouvelles limites à notre développement, et plus ses assises seront larges, plus nous auront de chances de trouver des pistes pour surmonter ces crises ; et ensuite pour offrir à nos contemporains le plus grande variété possible de modes de vie durable, et leur donner ainsi plus de liberté, toujours dans une attitude de développement durable.

 

 

 Prochaine chronique : Recette



[1] On pourra se reporter sur ce point au document L’éclairage, un levier dynamique dans les politiques urbaines, publié par le CERTU en partenariat avec EDF (2006),  dans le prolongement de l’appel à projet DIV-EDF sur l’éclairage dans les quartiers sensibles (lancé en 2001).

 

Publié dans developpement-durable

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Serge de Morée 17/12/2006 17:50

Comme promis, voici LA GRANDE ROUE 
 
de la Place de la Concorde, dans l'axe des Champs Elysées. Emmanuel

Serge de Morée 16/12/2006 13:16

Pour la Grande Roue de Paris, il faut attendre ce soir... Emmanuel

Stella Kyvelou 16/12/2006 10:02

toujours inventif, éclairé et poétique...c'est ça le développement durable !

Emmanuel CRIVAT 15/12/2006 18:43


Illuminations de la Ville et décorations de Noël: Paris (France), Milano (Italia), Lyon (France), Bucarest (Roumanie)

Lyon, la Grande Roue (60 mètres de haut), dans l’après-midi du vendredi 2 décembre 2006, Place Bellecour, près du Clocher de la Charité. Références pour stratégies de développement durable

ImmoAlternativ€

Bidou 17/12/2006 23:29

Merci, Emmanuel, de ces belles images d'illuminations.