Paix

Publié le par Bidou

Depuis quelques années, le prix Nobel de la paix est souvent attribué à des vedettes internationales du développement durable : Wangari Maathaï en 2004, Muhammad Yunus en 2006, et le couple Al Gore / GIEC[1] en 2007. Vous me direz que j’embrasse large, et que je récupère allégrement ces personnalités au titre du développement durable, mais c’est le développement durable qui embrasse large, et qui peut être abordé de multiples façons, en plantant des arbres comme en ouvrant une banque pour les pauvres ou en alertant le monde entier sur les dangers de l’effet de serre. On peut militer pour la paix en bloquant la prolifération des armes nucléaires,  l’agence internationale de l’énergie atomique a été couronnée en 2005 pour cela, mais chacun sent bien que c’est sur les causes des guerres qu’il faut agir, toujours en amont. Il faut créer les conditions de la paix, conditions largement déterminées par la situation économique et sociale.  Nous savons bien que la famine, la pauvreté, les tensions sur quelques ressources vitales, sont des causes permanentes de conflit. Les signataires des accords de Rio[2], en 1992, l’ont bien compris, et l’ont clairement inscrit parmi les 27 principes du développement durable : La paix, le développement et la protection de l'environnement son interdépendants et indissociables (principe 25). Il s’agit parfois de la paix intérieure, comme au Kenya, où Wangari Maathaï s’est engagée dans une lutte de reconstitution d’un milieu où elle ne s’était jamais sentie pauvre[3], bien que d’origine très modeste. La guerre entre nations est aussi envisagée dans les principes de Rio, qui y voient une action intrinsèquement destructrice sur le développement durable. Les Etats doivent respecter le droit international  relatif à la protection de l'environnement en temps de conflit armé et participer à son développement, selon que de besoin (principe 24). Les Etats doivent résoudre pacifiquement tous leurs différents en matière d’environnement, en employant des moyens appropriés conformément à la Charte des Nations Unies  (Principe 26). La théorie du développement durable est claire : la paix est une condition incontournable du développement durable, et il faut se doter d’instruments pour surmonter les causes de conflits, qui sont et resteront toujours présentes.

Ces instruments relèvent d’accords internationaux, du droit, mais aussi et surtout des conditions de vie, des modes de production, de la manière de gérer des ressources sensibles, y compris celles qui n’ont pas de propriétaire attitré ni de responsable désigné comme les fonds sous-marins ou la haute atmosphère. Nous entrons là dans la pratique du développement durable.

L’appropriation des ressources a toujours été source de conflit, et l’accès à l’eau en est une parfaite illustration, ancienne mais toujours bien vivante.

Il s’agit en définitive de donner à chacun les moyens de son propre développement, de son autonomie dont dépend sa dignité. Ces moyens étaient abondants dans la jeunesse de Wangari Maathaï, ils ont progressivement disparu ; le micro crédit cher à Muhammad Yunus a justement pour objet de donner aux plus humbles le peu d’argent et de confiance dont ils ont besoin pour créer leur propre source de revenu permanent. Même logique appliquée différemment, dans des contextes bien différents. L’action de communication d’Al Gore est d’une autre nature. Elle s’adresse moins aux pauvres auxquels il faut rendre une capacité de production, et par suite leur dignité, qu’aux riches, au Nord, la partie « développée » de la planète, qui continue sans vergogne à pousser des modèles non durables, non seulement chez eux, mais auprès des dirigeants et des nouveaux riches des pays du Sud. Ces discours sont totalement complémentaires, car comment il ne servirait à rien de donner un ballon d’oxygène aux pauvres si dans le même temps les riches continuent à miser sur un modèle de développement conduisant à des inégalités croissantes, en attendant l’impasse. Ne nous faisons pas d’illusions, il n’y aura pas de vase communiquant pour transférer des richesses du Nord vers le Sud, et ce serait d’ailleurs un piège redoutable. Mais le Nord peut-il maîtriser sa boulimie, et ne pas imposer ses modèles au Sud ?

Des pistes pour un autre mode de développement au Sud, et un cri d’alarme au Nord. Nous ne sommes pas à l’équilibre, il faudrait aussi des pistes pour ébranler les modèles du Nord, et adopter de nouveaux modes de vie, de production, de consommation, tellement performants qu’ils permettent de vivre aussi bien et même mieux, en consommant moins de ressources, en rejetant moins de gaz et de déchets dans les milieux. Ce sera sur de nouveaux standards, assurément, et il nous faut les construire. Réduire la pression sur les ressources est une des conditions de la paix, et du développement durable, décidément indissociables.


Prochaine chronique : Vent 

 

 

 



[1] Le GIEC est le groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, présidé par l'Indien Rajendra Kumar Pachauri.

[2] Conférence des nations unies sur l’environnement et le développement, Rio de Janeiro, 1992

[3] Témoignage dans Le Monde daté du 23 juillet 2008

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