Vent

Publié le par Bidou

Tout ça, c’est du vent !

Autant dire que le vent semble bien inconséquent, mis à part celui observé par Georges Brassens sur le pont des Arts[1], car une attention profonde prouve que c'est chez les fâcheux qu'il préfère choisir les victimes de ses petits jeux. Tout fripon soit-il, le vent est donc un familier de l’Homme avec lequel il entretient une relation ancienne et tumultueuse. On est bien embêté quand il n’est pas là, les jours d’anticyclone, car il ne nous rend plus le service formidable de nettoyer l’atmosphère, d’en disperser les gaz nocifs et autres particules. C’est pour aller le chercher plus surement, et que la dispersion soit la plus large possible, que l’on a construit de hautes cheminées d’usines si caractéristiques des paysages industriels, ou des unités de traitement des ordures ménagères, dans les banlieues. Il a beau être impalpable, le vent nous rend quelques services éminents. Mais point trop n’en faut. Le grand vent est désagréable, le Mistral, qui a fait chanter bien des poètes, est redoutable. Les villes exposées au vent, notamment sur les côtes, se sont organisées pour s’en protéger, de lui et souvent de son compère le soleil, avec des rues étroites et des haies orientées comme il faut pour casser son impétuosité.

Un compagnon bien encombrant, le vent, à la fois indispensable et trop présent. Il nous a donné de l’énergie pendant des siècles, comme en témoignent les innombrables moulins à vent que Don Quichotte a du épargner. Le vent n’a pas pu empêcher qu’il y ait des galériens, mais reconnaissons qu’il a été d’un apport décisif pour le développement de la marine, pour le transport comme pour la guerre, d’ailleurs. Quand on voit l’efficacité de la marine à voile moderne, les performances atteintes par les grands voiliers transatlantiques, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a peut-être une alternative au pétrole pour la navigation, au moins partielle. C’était le rêve d’Alain Colas avec son grand voilier Club méditerranée, rêve qui reprend vie aujourd’hui, par exemple avec la création de la Compagnie de transport maritime à la voile, CTMV[2], qui est en train de tester un business plan avec de vieux gréements, avant de faire construire des bateaux de transports à voile modernes. L’idée n’est pas récente, le Danemark l’avait déjà étudiée il a 12 ans, avec un concept Modern Windship, un navire de 200 m de long, mais qui augmentait le prix du transport de 10%. Le coût actuel du pétrole et les objectifs nécessairement ambitieux de réduction des gaz à effet de serre mériteraient sans doute que le dossier soit repris. Le Commandant Cousteau, lui aussi, croyait à la marine à voile, avec une technologie différente que les voiles. Bref, le vent source d’énergie pour les transports, le pari peut être pris sans grand risque d’échec. Reste à observer quelles seront les technologies et les organisations pratiques qui domineront ce nouveau mode de transport.

Il ne serait pas possible de parler du vent sans parler des éoliennes, qui font beaucoup parler d’elles, au centre de polémiques multiples sur le bruit, leur contribution à la couverture des besoins énergétiques, leur impact dans le paysage, leur mode de financement. Malgré tout, elles se multiplient en France et dans le monde où elles ont connu une croissance de 31% en 2007.

Son développement le plus spectaculaire est sans doute en Navarre, dont Henri IV était aussi roi, tout près de chez nous. 1 164 éoliennes pour une région de 10 000km² et 600 000 habitants, sans états d’âme. Ce ne sont pas quelques bouquets isolés, mais des crêtes entières qui sont équipées, fièrement. Elles fournissent jusqu’à 30% de l’électricité consommée en Navarre, province qui atteint le niveau exceptionnel de 69% de la consommation électrique assurée par des énergies renouvelables, hydraulique, solaire, biomasse et éoliennes. Objectif 100% en 2012[3].

Le problème, c’est que le vent n’est pas régulier. Tantôt paresseux, tantôt violent, le vent n’est pas facile à dompter, comme l’Homme aime bien faire. Le vent, animal domestique, ce serait le rêve, mais Eole en a décidé autrement, il reste libre. A nous d’être malins, de jouer avec ce trait de caractère du vent, car ce serait bien dommage d’abandonner ses bienfaits. L’irrégularité du vent se gère comme toutes les irrégularités : courber l’échine quand il est en colère, savoir attendre et stocker à l’avance pour ses moments d’absence. Il va falloir apprendre à gérer le temps autrement, à anticiper.

A plus petite échelle, on peut aussi créer du vent, par exemple en créant des courants d’air entre deux façades d’une maison. Ça change l’air, ce qui est bien utile. La simple vitesse du vent rafraichit. Faire du froid avec du vent, c’est bien plus économique que d’en faire en pompant des calories avec un matériel compliqué et gourmand en énergie. Le ventilateur est l’application directe de ce principe. Tout ça parce que le vent favorise l’évaporation, laquelle ne se fait qu’en prélevant de la chaleur. Notre corps transpire pour permettre notre régulation thermique. Les cruches en terre cuite, poreuses et donc humides, refroidissent leur contenu spécialement quand elles sont placées dans des courants d’air.

Le vent est facétieux, certes, mais prenons le du bon côté : il nous force à être plus malin que lui, relevons le défi !


Prochaine chronique : Terre 

 



[1] Georges Brassens, Le vent, 1954

[2] www.ctmv.eu

[3] Pour les éoliennes en Navarre, on se reportera opportunément à l’article de Claude-Marie Vadrot sur Médiapart, 13 juin 2008, http://www.mediapart.fr/journal/france/130608/en-navarre-ah-comme-elle-est-belle-mon-eolienne

Publié dans developpement-durable

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