Ennemi

Publié le par Bidou

Il semble que l’existence d’un ennemi bien identifié soit nécessaire pour se structurer, se mobiliser, donner un sens à sa communauté. L’effondrement du bloc soviétique a laissé une place vide, et il a bien fallu la combler. Après quelques années d’hésitation, c’est le mal, ou le terrorisme qui a été désigné comme ennemi public du monde libre, ou du monde occidental, caractérisé par ses valeurs et son mode de vie, par nature non négociables. L’affrontement est ainsi considéré comme le moteur de l’unité nationale, le ferment de la civilisation commune. Et ça permet au passage, pour la nation qui désigne l’ennemi et entraîne les autres, d’affirmer un leadership sur ses compagnons de route.

 

Le problème est que ces luttes consomment un maximum de ressources, exacerbent des incompréhensions dont nous savons, depuis la publication de La dimension cachée[1] d’Edward T. Hall, qu’elles relèvent pour une bonne part de structures mentales et de références culturelles historiquement différentes, et nous éloignent ainsi de la voie du développement durable. Souhaités voire organisés ou exagérés par une puissance qui veut affirmer sa suprématie sur le monde, les conflits qui expriment l’existence de l’ennemi, relèvent d’une autre époque, celle ou les hommes pouvaient se battre pour accéder à des ressources  existantes, comme l’eau ou la terre agricole. Aujourd’hui, il s’agit de créer de nouvelles richesses, avec des procédés à inventer. L’unité et la cohésion de nos sociétés doivent se faire non plus dans l’affrontement avec autrui, mais par relèvement d’un défi collectif. On passe de la course avec un vainqueur, un podium, ou d’un match de boxe avec un vainqueur et un vaincu, à un tout autre sport, l’alpinisme ou la spéléologie, ou on est tous unis pour atteindre un sommet, ou toucher le fond d’un gouffre, explorer une rivière souterraine. La cordée plutôt que le ring.

 

Rester sur l’ancien schéma est commode. Il permet en premier lieu de ne rien changer, ce qui convient toujours à beaucoup de monde, allié ou adversaire. L’ennemi désigné n’y trouve que des avantages, il prend du galon, et se trouve en situation de fédérer prioritairement toutes les forces de résistance à la puissance dominante. Il devient plus fort, et justifie ainsi la politique vigoureuse engagée contre lui. La boucle est bouclée, et l’emballement de la machine dans une course sans fin est enclenché.

 

Pendant ce temps là, les autres enjeux comme le développement et l’accès aux bien essentiels par de larges fractions de l’humanité, la lutte contre le réchauffement climatique, ou la sauvegarde des océans et de leur productivité, sont relégués en seconde zone, les moyens qui y sont affectés sont insuffisants, et les progrès infimes. Les tensions internationales ne facilitent pas la recherche de solutions fondées sur la collaboration de tous, le partage des tâches, la solidarité et la confiance entre nations.

 

Des ressources sont détruites ou stérilisées, au lieu d’être mobilisées pour l’objectif majeur du 21ème siècle, faire vivre convenablement 9 milliards d’être humains en 2050.

 

Il faut donc tout faire pour casser le vieux modèle d’une cohésion qui ne peut se constituer que face à un adversaire, au profit de la cohésion à forger ensemble pour relever un défi majeur. Si les USA restant sur le vieux schéma, l’Europe, qui s’est construite et a prospéré sur une réconciliation de peuples ennemis héréditaires, a manifestement un rôle central à jouer. Ce rôle ne peut être effectif sans formulation d’objectifs forts sur le développement durable à l’échelle de la planète, seule manière de l’obtenir pour nos propres ressortissants. La diversité des situations de chaque communauté, les différences de cultures et de modèles de référence, les séquelles de l’histoire,         autant de facteurs qui rendent la chose compliquée, mais autant de raisons pour l’entreprendre sans tarder, et avec une volonté farouche de progresser. Il ne s’agit pas de promouvoir un modèle mondial de développement, qui serait vite taxé de néo impérialisme, mais de créer les conditions pour qu’une gouvernance mondiale puisse voir le jour. Imparfaitement d’abord, bien sûr, le perfectionnisme en la matière serait suicidaire, mais avec la souci de créer un dialogue et par suite la confiance indispensable pour progresser.

 

Avec 1% de la population mondiale, et bientôt moins, avec l’émergence de nouvelles super puissances, que peut espérer la France, si elle veut conserver une place privilégiée dans « le concert des nations », avec un siège au conseil de sécurité des Nations Unies ? Il lui reste peut-être une chance, avec son capital humain, et sa place dans l’Europe sans laquelle rien n’est possible, de susciter des initiatives fortes, de portée universelle. Un beau défi à relever. Nous vivons une époque formidable, comme disait le regretté Reiser !

 

 

Prochaine chronique : Sudoku



[1] Le Seuil, 1971, pour l’édition française

 

Publié dans developpement-durable

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achat typhoon 08/11/2011 00:24


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Stella Kyvelou 15/01/2007 22:59


 

 

Stella Kyvelou 15/01/2007 22:53

 
la cordée ( je me souviens bien les alpinistes qui figurent sur votre livre) contient le risque de la perte d'autonomie, d'une hyper-dépendance qui peut aller jusqu'à la manipulation même...et dépêcher la créativité.....le développement durable en tant que destruction "créatrice" ( je me souviens toujours de la « thèse » de René Passet ) exige parfois des ennemis et des luttes "créatrices"....