Relance

Publié le par Bidou

La crise affecte profondément la vie quotidienne de nos concitoyens. Le chômage progresse, total ou partiel, avec son cortège de drames humains, vécus dans chaque foyer ou à l’échelle de villes entières quand des activités dominantes sont en danger. On le voit en France, mais aussi aux Etats-Unis, ou la déconfiture de l’industrie automobile remet en question l’avenir des grandes cités comme les perspectives de centaines de milliers de travailleurs d’entreprises fondatrices de la prospérité américaine. La crise oblige à la fois à l’action immédiate, et à la réflexion sur l’avenir que nous voulons. Nous sommes dans une parfaite illustration de la définition même du développement durable, satisfaction des besoins d’aujourd’hui sans compromettre l’avenir. Les mesures de relance, pour être durables, doivent sauver le présent et tirer vers un futur qui soit libéré des principaux défauts de nos sociétés et qui nous ont conduits dans l’impasse. Un double objectif, un double dividende[1] à chercher. Abandonnons l’idée qu’un simple dividende est possible, la relance par des mesures classiques, relevant d’un retour au passé, ou bien un investissement pour un futur qui ne serait jamais atteint, si les générations[2] actuelles sont oubliées. Les générations sacrifiées ne préparent pas l’avenir. Le double dividende, sinon rien, pourrait-on dire, pour paraphraser une publicité célèbre.

Il faut donc être ambitieux, et s’en donner les moyens. A en croire la presse, le président élu des Etats-Unis ne veut pas de relance de l’industrie automobile sans une nouvelle orientation de ses activités. La capacité d’un secteur à trouver de nouveaux champs n’est pas une utopie, une vue de l’esprit pour optimistes béats. Nous avons vu, dans ce blog, que l’entreprise automobile japonaise, Toyota, qui avait appris à faire des robots[3] pour son propre usage a décidé d’en faire pour le commerce. Une diversification intelligente, surtout dans une société vieillissante ou des aides matérielles pour la vie quotidienne seront bien utiles. On apprend aujourd’hui que Toyota va faire des maisons[4]. Des maisons à ossature acier, développée par une filiale Toyota Homes dont l’activité ne représente que 0,5% de l’activité du groupe aujourd’hui, mais serait promis à un bel avenir. Là encore, la technicité acquise par la firme automobile lui sert à développer des services nouveaux, et notamment l’adaptabilité des maisons aux handicaps et au grand âge. Cette évolution n’est pas un reniement, un abandon de son patrimoine industriel, mais une étape nouvelle de son développement, consolidant son savoir faire et répondant à des besoins émergents. Avec les véhicules hybrides ou électriques, des complémentarités maison-auto sont même envisageables. Les maisons à énergie positives[5], celles qui pourraient produire plus d’énergie qu’elles en consommeraient, déverseraient leur trop plein pour la mobilité de ses occupants : une vision intégrée habitat et mobilité, qui devrait être approfondie.

Pas de relance sans imagination, sans liberté de penser, car la tentation est grande, au milieu du gué et en cas de remous intempestifs, de revenir à la rive de départ plutôt que de forcer le destin vers l’autre rive. L’urgence[6] est mauvaise conseillère, et conduit vite à reprendre les vieilles formules, celles que l’on connaît bien et qui rassurent, mais qui ont provoqué la crise et qui ne résoudront rien dans la durée.

Une nouvelle économie est entrain de naître. Elle est encore fragile, elle se découvre progressivement, en marchant, avec des échecs, des approximations, des ajustements successifs. Ce sont les nouveaux instruments, comme les certificats d’économie d’énergie, les quotas, les permis d’émission négociables, le micro crédit. On parle aussi d’économie circulaire, celle des 3 R, récupération, réemploi, recyclage, pour faire l’usage le plus intense[7] possible des ressources de la planète. On parle d’économie de fonctionnalité, fondée sur le service rendu et non pas sur les équipements. Toute relance doit s’intégrer dans la perspective ouverte par cette évolution. A défaut, ce ne serait que des victoires à la Pyrrhus, apparentes mais de courte durée, et qui orienteraient les quelques réserves mobilisables vers des leurres.

Il ne faut pas se tromper de futur.

La manière même de mesurer l’efficacité des mesures annoncées est concernée : faut-il toujours reprendre le PIB, la croissance mesurée par l’activité sans égard pour l’intérêt de ladite activité, l’activité pour elle-même, à la gloire du sapeur Camembert qui creuse des trous pour en reboucher d’autres ? Cette manière d’évaluer ne contient-elle pas en soi tous les ingrédients d’un échec assuré ? Notre président a lui-même demandé à Joseph Stieglitz, prix Nobel d’économie, de travailler sur d’autres approches, mais le coup de tabac que nous traversons nous renvoie brutalement à la case départ. Le PIB est le symbole et l’instrument privilégié de la vieille économie, ce n’est pas lui qui va nous conduire vers la nouvelle…

 

Prochaine chronique : Talent

[1] Dividende, chronique du 20/11/2008

[2] Générations (23/10/2008

[3] Voir la chronique Reconversion (21/07/08)

[4] CF. l’article de Jean-Philippe Defawe dans Le Moniteur Expert du 19 novembre 2008

[5] Positif (17/05/2007

[6] Urgence (14/05/2007)

[7] Intensité (08/05/2007)

Publié dans developpement-durable

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