Achat

Publié le par Bidou

Le pouvoir d’achat serait une des préoccupations principales de nos concitoyens. La question prend sans doute une acuité particulière à l’approche des fêtes, mais elle touche chaque jour la plupart  d’entre nous, qui devons nous loger, nous nourrir, nous habiller, envoyer les enfants à l’école, etc. et profiter un peu de la vie, avec quelques économies pour partir au soleil, et nous faire plaisir avec une belle télévision, ou une voiture plus confortable. Le pouvoir d’achat, c’est de l’argent injecté dans un système complexe, qui tourne mais qui connaît aussi des oubliettes, des bas de laine, et toutes formes d’économies qui peuvent être placées de bien des manières différentes. Voilà donc un enjeu social et économique fort.

Au centre de la politique d’un pays, objet de négociations entre partenaires sociaux, il occupe une place à part, mais il peut faire oublier que tout ne s’achète pas, qu’il y a aussi une auto production, et que le temps, c’est de l’argent. Rentrer plus tôt chez soi permet d’économiser sur la garde des enfants par exemple. De l’argent gagné, mais aussi une possibilité de renforcer les liens familiaux, de suivre de plus près le travail des enfants à l’école, de leur donner une éducation au sens plein du terme.

Le pouvoir d’achat, c’est aussi le jardin. Pas d’argent mais des produits qui contribuent à l’équilibre des comptes du ménage. L’attachement aux jardins familiaux, organisés ou spontanés, témoigne de l’importance de cette pratique, qui ajoute au revenu en nature un loisir, des relations avec ses voisins, et une activité en liaison directe avec la nature. Attention aux excès, l’emploi massif de produits, engrais et pesticides, fréquent dans les jardins et à des doses bien plus élevées que dans l’agriculture traditionnelle, ou encore la discipline imposée aux jardiniers par leurs associations, parfois très rigides. Sous ces réserves, on voit apparaître une activité bonne pour le pouvoir d’achat, l’environnement et la vie sociale. Ça sent bon le développement durable. Le jardin est d’ailleurs entré de plain pied dans l’histoire sociale, et de plusieurs manières. Tantôt c’est un moyen de stabiliser des ouvriers, de leur offrir un complément de revenu et des les occuper sainement, comme dans la grande industrie du Nord au début du XXe siècle, tantôt c’est la base arrière des travailleurs en lutte, qui peuvent tenir des grèves dures et longues grâce à leur jardin, comme au Joint Français à St Brieuc en 1972.

Les compléments de revenus, ce sont aussi les retraités qui les apportent. La garde et l’éducation des enfants, les petits mais nombreux services rendus à la maison, ce sont autant d’économies qui sont faites par les actifs, qui les dégagent de certaines de leurs obligations, qui allègent leurs charges[1].

On ne peut pas parler de pouvoir d’achat sans évoquer les services publics dont chacun bénéficie dans des conditions économiques avantageuses. L’école en est un bon exemple, la santé aussi, même si dans les deux cas il reste des dépenses à assurer, pour les livres scolaires ou les tickets modérateurs. Parlons aussi des transports en commun, dont tous ne profitent pas de la même manière, en centre ville, dans les banlieues et à la campagne,  mais qui constituent un véritable élément d’un pouvoir d’achat. Une facilité dont bénéficient également les commerçants dont le rayon d’influence en est élargi, tout comme les employeurs pour leur zone de recrutement.

Le pouvoir d’achat n’est pas que la traduction de la feuille de paye, il prend des formes bien plus nombreuses et imprévues, parfois bien mal contrôlées. Prenez un petit matériel ménager. Selon que vous pourrez ou non le réparer facilement en cas de panne, votre pouvoir d’achat en sera affecté. S’il faut le remplacer au premier toussotement, ou s’il peut voir sa vie prolongée grâce à un bon entretien et à quelques interventions mineures, ce n’est pas la même chose. Le conditionnement, l’emballage des produits pèse d’un poids plus ou moins lourd sur votre pouvoir d’achat. En choisissant bien ses produits et leur emballage, pour le même service rendu chez vous, vous pouvez économiser 50€ par mois et par personne[2]. Certains matériels sont de vrais pièges pour ceux qui ne peuvent investir suffisamment. Les chaudières les plus économiques sont plus chères à l’achat, ce qui les interdit souvent aux plus pauvres - il est bien connu que ça coûte cher d‘être pauvre – tandis que certains lampadaires à halogènes, qui ne coutent que très peu à l’achat, consomment énormément d’électricité et d’ampoules, ce qui dégrade directement le pouvoir d’achat de leurs propriétaires.

La question posée aujourd’hui avec force, le pouvoir d’achat, est donc multiforme, et des réponses simples ne permettent guère d’avancer. Il y a le revenu, mais aussi les dépenses, les produits et les services achetés, avec leur efficacité réelle, celle dont vous bénéficiez. Il faut y ajouter les services gratuits dont chacun dispose, du jardin public à deux pas de chez vous au coup de main qu’un parent ou un voisin vous apporte. La solitude pèse aussi sur le pouvoir d’achat.

L’achat n’est sans doute pas la bonne référence, car tout ne s’achète pas, nos besoins les plus essentiels peuvent souvent être pris en charge autrement que par une transaction commerciale, du moins en partie. La capacité de produire par soi-même une partie de ce que nous consommons, de réparer, de faire durer la vie d’un matériel, de s’entraider, corrige sensiblement le pouvoir d’achat. A l’inverse, il se rétrécit quand la vie sociale se dégrade, quand l’espace qui vous est offert se réduit comme une peau de chagrin, quand l’offre de produits ne répond plus vraiment à la demande. Au lieu de pouvoir d’achat, on pourrait dire pouvoir de vie, plus largement, ou pouvoir de vivre pour reprendre le titre du programme des écologistes aux élections présidentielles de 1981[3], il y a plus d’un quart de siècle... 

Prochaine chronique : Unique



[1] Voir à ce sujet la chronique Inactif du 07/06/2007

 

[2] On se reportera sur ce point à la chronique Tuyau du 12/11/2007

[3] Aujourd'hui l'écologie  "Le pouvoir de vivre", le projet des écologistes avec Brice Lalonde, numéro spécial de la revue Ecologie, mars 1981.

 

Publié dans developpement-durable

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