Physique

Publié le par Bidou

Les images sont très fortes, dans notre monde moderne. Il arrive qu’on en perde le sens des réalités, que ces images constituent un autre monde, un monde virtuel comme Second Life, qui fasse oublier les réalités physiques.

C’est une économie immatérielle qui se construit ainsi sur nos écrans, qui satisfait apparemment des besoins sociaux sans consommer de ressources, mis à part les matières nécessaires pour fabriquer (et détruire en fin de vie) un ordinateur, et l’énergie qui le fait fonctionner. Il faut bien évidemment prendre garde à ce que ces consommations ne s’envolent, et les taxes (ou plutôt les pseudos taxes) sur les produits électroniques ont été créées récemment pour cela[1]. Sous cette réserve, ces activités virtuelles donnent du plaisir, permettent d’acquérir un statut, proposent une possibilité de s’exprimer, offre le cadre pour établir un lien social, bref permettent de s’épanouir à bas coût environnemental. Ce serait parfait, si le virtuel ne supplantait le réel que l’espace d’un jeu. L’image,  n’est pas la réalité. Elle en découle mais elle n’obéit pas aux mêmes lois. Deux mondes parallèles coexistent, mais l’un est régi par des lois humaines, l’autre par les lois de la nature, comme la gravité mise en évidence par Isaac Newton et si bien illustrée par Gotlib, ou encore le principe de Carnot. Les lois humaines sont variables dans le temps et l’espace, et même d’un individu à un autre, selon les systèmes de valeur et les représentations que chacun se fait du monde. Elles se traduisent souvent par des conventions, dites ou non dites, explicites ou implicites, que les hommes ont négociés entre eux.

Bien entendu, ces représentations influencent fortement les comportements, et parviennent ainsi à se projeter physiquement dans le monde réel, celui des lois de la nature. Le monde virtuel n’est donc pas si innocent que ça, il peut influencer les comportements, et il se répercute sur le monde physique, celui qui nous fournit, en fin de compte, nos ressources et notre cadre de vie réelle. Les débats de la seconde vie se traduisent dans la première vie. Ils peuvent jouer un rôle de soupape ou de dérivation, ou bien il peut véhiculer des modèles culturels, et par suite vanter des modes de vie, donner des envies, créer des dynamiques.

Les finances sont un autre exemple d’une représentation d’une réalité physique, l’économie. Une représentation tellement ancrée dans nos esprits qu’on l’oublie aisément. Les finances sont des flux de richesses nominales, qui doivent représenter des richesses physiques produites par l’activité des hommes. Les finances ont leurs propres lois, qui ne sont pas celles de l’économie, mais la puissance de l’image finit par s’imposer : Les lois de la finance tentent d’asservir l’économie au lieu de la servir[2].

Prenons l’exemple de la retraite, un débat d’actualité. Le seul problème semble être de comment les financer, comme si elles n’étaient qu’une charge, alors qu’elles participent avant tout au fonctionnement d’un marché, et à faire tourner l’économie[3]. Elles participent au coût d’un facteur de production, le travail, dont on connaît par ailleurs la productivité en France, très élevée et disposant encore de gisements d’améliorations. Elles représentent aussi un pouvoir d’achat déterminant pour la consommation. Il n’y a pas de solution à la question du financement des retraites sans mise à plat des mécanismes économiques et non plus financiers. En regardant la réalité physique, les bilans matière et travail, on constate que l’augmentation de la productivité, même ralentie ces dernières années, reste sensiblement supérieure au rythme du vieillissement de la population. Il n’y a donc pas de problème de capacité de production pour satisfaire les besoins. La réalité financière est tout autre, ce qui traduit bien un défaut d’articulation entre les deux mondes, celui de la réalité physique et celui de la représentation, monétaire en l’occurrence. C’est ce défaut qui devrait être au cœur des débats, et non une obsession pour un équilibre virtuel.

Il est courant de décrire une évolution de l’économie en fonction de dominantes. La vocation principale d’une première période était la production primaire, celle des biens extraits de la nature ; puis est venue l’ère de la transformation de ces produits, de l’industrie, dont le poids dans l’économie est devenu la marque du progrès ; le tertiaire, avec les services, a bousculé ensuite le secondaire, et même le quaternaire qui arrive à grands pas avec les sciences et les techniques de l’information. Cette succession de dynasties en donne une image conflictuelle : ces règnes s’opposeraient, ramenant le précédent à un état de deuxième, voire de troisième ordre. Et on oublie vite qu’ils sont complémentaires, et que négliger l’un d’eux conduit à l’impasse. La production primaire reste le point de départ, et il convient de ménager les ressources, de préserver ce capital[4] que constitue la planète, avec ses richesses physiques et biologiques. Il faudra ensuite en tirer le meilleur parti, et les savoir faire industriels, l’organisation sociale de la production et de la consommation, tout comme la recherche et l’accumulation de connaissances, auront un rôle croissant à jouer. Le développement durable conduit à une approche globale de ces secteurs, de manière à valoriser au mieux la production physique par un recours plus intense à l’intelligence humaine.

Prochaine  chronique : Compteurs

 



[1] Voir Taxe chronique du 20/11/2006, et n°72 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] - Voir notamment à ce sujet la chronique Faillite du 24/09/2007

[3] Voir à ce sujet la chronique Inactif du 07/06/2007

 [4] Capital chronique du 22/02/2007

 

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