Petit

Publié le par Bidou

En période de fêtes, on pense d’abord aux petits. Quels cadeaux leur faire pour ne pas les entraîner dans une société de consommation dont nous voyons les limites ? Comment leur faire plaisir, comment fêter dignement Noël sans tomber dans le gaspillage de ressources, les emballages et les piles, les jouets neufs qui chassent les anciens à peine usés ?

 

Pour notre génération, c’est trop tard, il faut miser sur les enfants. Cette expression défaitiste, que l’on entend souvent comme bonne raison pour ne pas changer de comportement, reporte sur les petits toute la responsabilité de sauver la planète. On la leur rend invivable, ils devront payer la note et éponger le résultat de notre incurie, mais continuons comme ça, à eux de se préparer aux changements que nous n’avons pas su prendre. Un beau cadeau de Noël ! Bien sûr, il faut leur communiquer des nouvelles valeurs et les accoutumer à des comportements plus responsables, mais sans se dédouaner pour autant, sans attendre que les petits ne deviennent grands. C’est aux grands d’aujourd’hui de passer dès maintenant à l’ère du développement durable. Une bonne résolution à prendre pour la nouvelle année.

 

 

Changeons de chapitre, toujours en restant petit. Small is beautifull, disait-on, pour montrer la réserve qu’inspirent les grandes machines, qui vivent sur leurs propres logiques et que plus personne ne contrôle. Haro sur le gigantisme ! Oui mais le petit est éclaté, il constitue une infinité de centres de décision, avec des modes de fonctionnement différents. Quand il faut régler des problèmes massifs, comme la réduction des gaz à effet de serre, cet éclatement n’est pas favorable. Dans notre histoire récente, les primes aux agriculteurs pour augmenter ou réduire leur production, selon les cas, ont donné une impression d’aller et retours affligeants. Tantôt on abat les vaches laitières, tantôt on encourage les élevages. C’est que le réglage est délicat, quand on est en face de centaines de milliers de décideurs indépendants. Ce n’est pas la sidérurgie, où un seul contrat permet de régler la question de l’ajustement à la demande. Si le niveau des primes est trop faible, rien ne se passe, et un faible accroissement peut déclencher une réponse excessive, qui entraînera une pénurie et demandera des mesures opposées. On a essayé les quotas, qui ressemblent un peu à des tickets de rationnement, et qui peuvent parfois faire l’objet de transactions. Cela revient à doubler les échanges d’argent par des échanges « matières ». Dispositif efficace, mais non exempt de défauts, sur les effets d’aubaine et la rigidité qui en est la conséquence.

 

Pareil pour les entreprises du bâtiment. On pense aux plus grosses qui construisent les palais de la république ou les sièges sociaux des groupes internationaux, mais elles sont au total 300 000, avec beaucoup de petites ou de très petites, qui réagissent difficilement aux sollicitations des pouvoirs publics. Une offre atomisée convient bien dans un contexte stable, mais quand il faut s’équiper, se former, proposer des réponses combinant plusieurs spécialités, c’est un véritable défi à relever. C’est la même chose du côté des clients, qui sont, pour les neuf dixièmes, des particuliers, sans expérience de ce qu’on appelle en termes professionnels « la maîtrise d’ouvrage », et qui sont démunis devant le moindre problème technique ou juridique. Le parc de logements leur appartient pour l’essentiel, et son amélioration se fait lentement. Si on ajoute que les offres de ce secteur très émietté ne sont pas agressives pour ne pas dire inexistantes, comme le sont celles des gros industriels, de voiture ou de télévisions, sans oublier les marchands de voyages, on voit que la demande pour rendre les logements plus confortables et plus efficaces n’est pas près de se développer. Le besoin est là, il s’exprime dans des enquêtes, mais il ne se transforme pas en travaux. Ce n’est pas comme ça que l’on divisera par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

 

Pour la réduction des gaz à effet de serre, le petit n’a pas été très favorable jusqu’à présent. Les gros consommateurs, fournisseurs d’énergie et grandes industries, qui représentent 30% des émissions, ont réduit de 20% leurs émissions depuis 1990, et sont facilement intégrables dans des marchés valorisant la tonne de gaz carbonique évitée. Il n’en est pas de même pour les petits, consommateurs individuels et petites entreprises, qui ensemble constituent de gros bataillons, mais dont la multitude rend une gestion fine très difficile.

 

La solution ? Pourquoi opposer petits et grands ? Les grands sont les intermédiaires tout désignés pour atteindre les petits, qui sont leurs clients, ou leurs partenaires. Les fournisseurs d’énergie, électricité, gaz, pétrole, ont des contacts réguliers avec leurs clients, pourquoi ne pas en faire les ambassadeurs des économies d’énergie ? On tente un nouveau dispositif, celui des certificats d’énergie, pour que leurs efforts pour provoquer des économies soient comptabilisés, et valorisés. On met en place un marché des tonnes de carbone évité, mais comment y intégrer la multitude de petites décisions qui, pourtant, font de gros chiffres quand on les cumule ?  On a appelé ces petits projets des « projets domestiques », et il y a 15 millions de tonnes de CO² à gagner d’ici 2012, sur un total de 563, soit 2,5%, ce qui reste bien modeste (mais ce n’est qu’un début). Le problème est que les petits projets ne sont pas intégrés au marché tout nouveau des tonnes de carbone évitées, et qu’ils ne bénéficient pas, comme les gros, de la vente de quotas gagnés par des mesures d’économies. On arrive au paradoxe suivant : les petites émissions de gaz à effet de serre représentent, cumulées, plus de 70% du total, mais ne bénéficient pas des aides réservées aux 30% restants. Ce n’est pas comme ça que l’on gagnera la partie ! Pour que les petits deviennent grands, et soient intégrés à leur tour, il faut les grouper, et ce seront les banques, qui sont sollicitées pour financer ces projets, qui en seront chargées, sous la houlette d’un opérateur public, la Caisse des dépôts et consignations.

 

La question des transports illustre aussi cette question des petits : les modes les plus performants sont des systèmes de masse, le rail, la péniche ou le cargo, mais comment regrouper les petits effectifs ou les petites quantités, qui font notre quotidien, pour que les systèmes massifs fonctionnent à pleine efficacité ?

 

Small reste beautifull, et la relation directe, humaine, entre partenaires reste une valeur fondamentale pour un équilibre social ou sociétal. Il ne faut pas s’en satisfaire pour autant, et chercher à bénéficier aussi des avantages des systèmes de masse. Jouer à la fois le petit et le grand, encore une contradiction que le développement durable nous invite à surmonter. 

Prochaine chronique : Fin

Publié dans developpement-durable

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