Capitale

Publié le par Bidou

L’avenir de Paris se dessine aujourd'hui. La presse présente abondamment des images du Paris du futur, un futur proche, quelques dizaines d‘années, avec des éléments qui pourraient même voir le jour beaucoup plus tôt. Certains projets sont grandioses, d’autres plus intimistes. Ils donnent à voir, ils stimulent l’imagination, ils font rêver, et c’est très bien. Il est bon de rendre perceptible, et accessible au plus grand nombre, la palette des possibles. On évite ainsi un choix insupportable, entre un conservatisme frileux et un saut dans l’inconnu.

La démarche montre aussi l’impérieuse nécessité de dépasser l’approche sectorisée, avec tous les cloisonnements et les frontières qui découpent un territoire appelé à vivre la même aventure.

Cela ne suffit pas. Il faudrait aussi exciter l’imaginaire sur les modes de vie, au-delà du cadre de vie. La ville du futur est une ville forte et belle, originale, marquée par de superbes édifices et des espaces prestigieux, mais c’est aussi une ville où il fait bon vivre, et une ville qui remplit des fonctions, sociales ou sociétales, économiques, culturelles. Pour les grandes villes, on parle de fonctions métropolitaines supérieures, de type gouvernement de la nation, centre d’échanges internationaux, creuset de création culturelle, centre de décision, haut lieu de la recherche, etc.

Nous sommes là dans un domaine plus abstrait. Il est plus difficile de se le représenter, et le débat ne porte pas vraiment sur ces aspects. Ils sont évoqués, mais restent le plus souvent implicites. Le débat sur la taille de l’agglomération capitale semble réglé, le partage des fonctions entre le Grand Paris et les métropoles régionales n’est plus d’actualité. L’heure est aux grands formats. Sont-ils les plus créatifs, les plus performants  les plus agréables ? Le journal Le Monde[1] nous apprend que, face à la crise, les petits résistent bien : la souplesse des structures légères permet de meilleures réponses. Ce constat, établi pour les entreprises, aurait-il aussi du sens pour les villes ? Raisonner à grande échelle est une bonne chose, mais faut-il pour autant tout miser sur de grandes structures, au lieu de petites, pourvu qu’elles soient vives et interactives ?

Le débat sur les formes, tout nécessaire soit-il, ne doit pas occulter celui sur les fonctions et l’organisation. La ville du futur, la ville durable, doit répondre à plusieurs exigences.

Tout d’abord, offrir un cadre de vie agréable. Agréable pour tous, enfants et vieillards, adultes « ordinaires », riches et pauvres, hommes d’affaires et touristes de passage, sourds, aveugles et handicapés moteur, etc. Une ville pour tous, premier objectif de qualité. Appelons-le le volet social du développement durable.

Ensuite, une ville créative. Création de richesses économiques et de valeurs sociales. Un cadre favorable à l’innovation, à la rencontre et au dialogue, à l’accumulation et au développement de la connaissance. Ce serait le volet économique dans le triptyque traditionnel du développement durable.

Une ville performante. Tous ces services doivent être rendus à coût écologique minimum. Une ville consomme de l’espace, de l’eau, de l’énergie, de la nourriture, des marchandises de toutes sortes ; elle émet des rejets dans l’air et dans l’eau, elle produit des déchets, elle fait du bruit, elle éclaire à tort et à travers, elle artificialise  les milieux, imperméabilise les sols. Aujourd’hui, la conception des villes et des maisons, l’organisation des déplacements, des espaces publics, des services et des commerces, permettent d’atteindre des hauts niveaux de performance, au point de faire d’une maison consommatrice d’énergie une maison productrice d’énergie. La ville performante n’est plus prédatrice, elle apporte sa contribution à la diversité biologique, elle produit du paysage de qualité, elle valorise son patrimoine. On retrouve la troisième dimension, l’environnement.

Voilà en quelques traits le cahier des charges de la ville du futur, et sans doute au-delà, de tous les territoires durables. Qualité de vie pour tous, créativité sous toutes ses formes, et performance dans l’utilisation des ressources naturelles, trois exigences à décliner dans toutes les villes et les villages, chaque fois à partir du génie du lieu.  

Et la capitale ? Bien sûr, elle doit s’inscrire dans ce cadre, et avec ambition. Elle doit assumer en outre ses propres missions de capitale et de ville mondiale. Il reste à définir ce que sont les fonctions spécifiques d’une capitale, et ce qui donne à une ville un rayonnement planétaire. Jusqu’à quel niveau l’agrégation de populations et d’entreprises est-elle productrice de richesses et de bien être ? Il reste à faire la balance entre un réseau de villes et d’agglomérations fort et dynamique et une grande conurbation qui concentrerait tous les centres de décision. Et gardons-nous de faire l’impasse sur l’avertissement d’Alvin Toffler : La mutation majeure pour la génération à venir et qui s’imposera à tous les territoires : un système de richesse différent, qui dépend de nos relations avec le temps et l’espace, et du savoir.

Prochaine chronique : Epices 



[1] daté du 3-4 mai 2009

Publié dans developpement-durable

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