Abondance

Publié le par Bidou

Pour les parisiens, c’est une fois par an. C’est au salon de l’agriculture que l’on peut admirer les splendides vaches de la race Abondance , fleuron d’une région du même nom où l’on peut les admirer en pleine nature, entre le lac Léman et le Mont Blanc. Vache, fromage, qualité de la nourriture, paysages de montagne préservés, équilibre entre agriculture, qualité de vie, tourisme, et diversité biologique. Une première approche du mot abondance, un mot qui permet au passage d’évoquer un concept récent, ou plutôt une approche récente d’une vieille affaire : la « slow food », en réaction, vous l’aurez deviné, à la fast food. Un mouvement associatif en plein essor[1], avec en ligne de mire la recherche d’un équilibre à trois dimensions,

 

1. La qualité de la nourriture ingurgitée, condition de la bonne santé physique et mentale,

 

2. La convivialité au sein des repas, source de bien-être social, de qualité des relations,

 

3. La qualité de la filière de production, la solidarité entre producteur et consommateur, de toute la chaîne, la protection de l’environnement où la nourriture est produite.

 

Voilà une bonne manière de faire du développement durable, pour ceux qui ne savent pas par où commencer…

 

Abondance de biens ne nuit pas, dit le proverbe, mais ce serait trop facile. Le bon sens est parfois trompeur, car il ne voit pas tout. Consommer des biens en abondance, c’est aussi, par le jeu du métabolisme, rejeter des déchets de toutes natures en abondance. La question des gaz à effet de serre illustre parfaitement cette approche où le cycle complet de la vie d’un bien est examiné, et non un simple tronçon de ce cycle. L’énergie est un bon exemple, et on peut affirmer aujourd’hui qu’il y trop de pétrole[2] à la surface de la planète. Trop de carbone, en réalité, car le pétrole n’est que la figure de proue d’une série de combustibles, charbon et gaz, y compris les matières riches en pétrole comme les schistes bitumineux, etc. Il y en a bien sûr trop, car le facteur limitant, celui qui porte en soi les causes de blocage, n’est pas la ressource mais le rejet. Il faut réduire les consommations d’énergie fossile pour cause de non maîtrise des rejets, et non pas par crainte de la pénurie. Celle-ci ne doit pas être exclue, mais elle est pour le 22ème siècle, alors que le réchauffement climatique et les problèmes qu’il engendre sont pour le 21ème, le nôtre, celui qui a commencé. Entre temps, on pourrait, à partir du charbon, encore très abondant dans certains pays, faire des équivalents gaz ou pétrole, ou encore de l’électricité ou de l’hydrogène pour rendre plus souple l’utilisation de ce stock de charbon. C’est pour cette raison que des recherches actives sont lancées depuis quelques années pour tenter de séquestrer ce carbone indésirable dans l’atmosphère, c'est-à-dire l’isoler des gaz de combustion et ensuite l’envoyer dans les profondeurs de la terre, dans des couches géologiques dont il ne pourra pas s’échapper. On sait à peu près comment faire, mais ça coûte très cher, et la course est engagée pour savoir qui trouvera la technique de séquestration à bon  marché. L’énergie, on en a à revendre, à la surface de la planète. Nous sommes dans l’abondance. Outre les énergies fossiles, les renouvelables sont multiples. Les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié les accords de Kyoto, y travaillent activement. Spectrolab Inc. vient de rendre public le résultat de ses recherches sur les cellules photovoltaïques[3]. Ils obtiennent des rendements de l’ordre de 40%, c'est-à-dire que 40% de l’énergie solaire qui arrive sur la surface du capteur est transformée en électricité. Une proportion double de ce qui se fait aujourd’hui en moyenne. Avec ça, la « maison à énergie positive » est pour demain, dès que, là encore, les coûts seront compétitifs. Toujours en Amérique, un projet de champs d’éoliennes off shore sur la côte Atlantique (du Massachussetts à la Caroline du Nord) permettrait de couvrir un tiers des capacités actuelles de production d’électricité des Etats-Unis, avec une très forte réduction des émissions de gaz à effet de serre[4]. Ça ne suffit pas à régler le problème, mais ça montre bien que la pénurie n’est pas une fatalité, pour peu que l’on complète ces équipements de production par un minimum d’action pour des économies d’énergie, qui, comme on le sait, constituent un formidable gisement aux Etats-Unis.

 

Ce sont des raisons environnementales qui font que le projet n’avance pas très vite, car il n’y a pas que l’énergie et l’effet de serre dans la vie. Cet exemple illustre bien où se situe le vrai problème. Pas dans la pénurie absolue, car l’énergie est en définitive abondante, et même surabondante, mais dans la manière de la capter et de la mettre utilement à la disposition des acteurs pour couvrir leurs besoins. Il y a l’énergie des marées, des courants marins et du clapot, de la houle, il y a les ouragans qui ne sont en définitive que des manifestations du trop plein d’énergie à la surface de la planète, puisqu’elle ne l’évacue pas assez vers le ciel et l’espace. Il y a  des essais de captation de l’énergie en montagne, du simple fait de la différence de température et de pression en deux points d’altitude différentes, et toutes les énergies que l’on peur capter dans le sol, en surface ou en profondeur, la biomasse, etc.

 

Le problème réside dans la manière de capter cette énergie. Parfois, on détruit d’autres valeurs, d’autres richesses, comme les paysages ou la biodiversité, la reproduction des poissons dans les rivières devenues trop artificielles, etc. Ou alors on ne parvient pas à la capter techniquement dans de bonnes conditions, qu’elle soit trop puissante, comme celle des ouragans et des volcans, ou qu’elle soit trop diffuse, comme le clapot des vagues. Rappelons-nous, le zéro absolu est à – 273 °. C’est au soleil que nous devons notre température moyenne, où l’humanité et les être vivants de notre planète on trouvé leurs conditions d’équilibre. Le soleil a déjà produit la quasi totalité de l’énergie dont nous avons besoin, mais nous la comptons pas : l’agriculture incorpore de l’énergie fossile, mais en quantité marginale si on la compare à l’énergie solaire dont elle bénéficie ; les maisons engrangent l’énergie du soleil à travers leurs fenêtres, et la conservent si elles sont bien isolées, mais il n’y a pas de compteur pour en tenir le décompte. En définitive, le plus d’énergie recherché est marginal par rapport à tout ce qui arrive sur la planète. L ’énergie est là, elle est abondante, la question est de savoir la prendre utilement, c'est-à-dire sans détruire, en la mettant à disposition de ceux qui en ont besoin au moment voulu (c’est le problème de stockage), et au lieu voulu (c’est le problème du transport), sous la forme voulue.

 

La question de l’abondance n’est pas dans la quantité de matières, mais dans la capacité à la mobiliser utilement.

Prochaine chronique : Profit



[1]              Allez retrouver l’appétit et le goût des bonnes choses sur http://www.slowfood.fr/france

 

[2]           Sur ce point, lire Trop de pétrole ! : Energie fossile et réchauffement climatique d’Henri Prévot, Seuil, janvier 2007

 

[3]           http://www.boeing.com/ids/news/2006/q4/061206b_nr.html

 

 

[4]           Voir http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/41369.htm

 

 

Publié dans developpement-durable

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Henri PREVOT 27/03/2007 20:44

Je suis content de voir que la constatation qu'il y a « Trop de pétrole ! » diffuse ! Car il faut en avoir conscience pour se rendre compte de l'urgente nécessité d'une intervention de la puissance publique.
 

 
 

Qui dit intervention de la puissance publique dit limitation de
la liberté. Au
nom de la santé publique et de la sécurité publique, l'Etat doit prendre des mesures qui m'incitent ou m'obligent à faire ce que, sans elles, je ne ferais pas. En clair, il m'obligera à dépenser davantage que si l'on ne se préoccupait pas d'effet de serre. Et là, diable ! on ne peut plus parler d'abondance car mon pouvoir d'achat est limité ; toute ponction pour économiser l'énergie ou pour consommer moins d'énergie fossile diminue ce que je peux dépenser pour tout le reste. L'Etat doit donc rechercher ce qui coûte le moins cher - au nom du respect de la liberté individuelle.
 

 
 

C'est pourquoi, en ce qui me concerne, j'essaie de ne pas parler d'un moyen d'éviter la consommation de carbone fossile sans avoir une idée du coût. Une façon très simple de représenter ce coût est de se demander quel devrait être le prix du pétrole pour que le fait d'éviter de consommer de l'énergie fossile ne coûte pas plus cher que ce coûterait l'utilisation d'énergie fossile. Je l'appelle le « prix équivalent du pétrole », le PPE. Cette façon de compter permet de ne pas passer par la notion fort compliquée de « coût du carbone ».
 

 
 

Si j'utilise la chaleur de la biomasse à travers un réseau de chaleur, le PPE est de 80 ou 90 $/bl ; le PPE d'une pompe à chaleur est de l'ordre de 100 $/bl, le PPE de l'isolation des combles d'une maison individuelle peut être inférieur à 50 $/bl, celui de l'électricité photovoltaïque, comparée à la production d'électricité avec du gaz est de 300 $/bl ou davantage, celui du biocarburant utilisant la plante entière est de 100 $/bl. Avec les données qui ont été publiées, on calcule que la réglementation thermique 2005, comparée à celle de 2000, serait intéressante si le pétrole était à 200 $/bl. On peut faire beaucoup de chose avec un PPE de 100 ou 120 $/bl, peut-être diviser par trois nos émissions, si certaines conditions sont réunies. Attention, donc, de ne pas encourager, financer ou rendre obligatoires des actions qui coûtent inutilement cher, car nos moyens financiers ne sont pas surabondants.
 

 
 

Il existe une autre ressource rare : le sol. Est-il raisonnable d'utiliser le sol pour faire de l'éthanol à partir de céréales ou du biodiesel à partir de colza sachant que cela permet d'éviter l'émission de moins d'une tonne de carbone par hectare et par an alors qu'en brûlant de la biomasse, avec la même surface on peut éviter quatre fois plus d'émission de gaz carbonique - et au passage économiser du fioul qui est une très bonne base pour produire du gazole ?
 

 
 

Oui, le pétrole, le gaz et le charbon sont surabondants ; mais le sol et les moyens financiers sont rares. Utilisons les au mieux !
 

 
 

Henri Prévot
 

Auteur de « Trop de pétrole ! » (le Seuil) : on peut en voir une présentation ici : http://www.2100.org/PrevotEnergie/presenttlivre.html