Image

Publié le par Bidou

Sage comme une image, dit-on. Et bien, on a tout faux. Le sage est celui qui bouge, qui prend des risques[1], et non pas celui qui reste immobile comme une image. Il ne faut pas bouger n’importe comment, mais ce qui sûr c’est que le conservatisme, le fil de l’eau, le business as usual sont pure folie. Les défis qui nous attendent pour que notre développement soit durable ne seront pas relevés par une simple reproduction, même amplifiée, des exploits du passé. Nous sommes condamnés à innover.

 

L’image est une représentation du réel. Une image de marque pour une entreprise, par exemple, qui doit résumer les caractéristiques fondamentale et la politique du groupe qu’elle incarne. Une image de durabilité est une bonne chose, mais l’expérience montre qu’elle ne tiendra pas longtemps si elle n’est qu’une image, sans rapport avec le réel. On peut d’ailleurs se faire déborder par son image, ou celle de son produit, si elles sont intériorisées par les personnels ou les clients, les parties prenantes au sens large. Le retour en arrière est alors trop coûteux. Cette situation peut jouer dans les deux sens. Telle entreprise qui envisageait de réduire ses ambitions environnementales peut y renoncer par peur de voir son image se dégrader, et par suite son capital[2] social, mais les fabricants d’automobiles ont tellement marqué leur produit du sceau de la puissance et de la vitesse qu’ils ont du mal à revenir en arrière comme le bon sens le voudrait. L’image provoque une inertie dans les esprits, et celle-ci n’est pas toujours favorable.

 

Le mot représentation  nous renvoie aussi à la politique. Une assemblée est l’image du corps électoral. Le renversement du gouvernement Prodi, en Italie, vient de nous donner une illustration de la tentation fréquente de substituer l’image à la réalité. N ’a-t-on pas entendu que des élections n’étaient pas à l’ordre du jour, car elles ne donneraient pas de majorité nette, en l’absence de réforme de la loi électorale. Phrase banale, mais dont la signification est lourde de conséquence : Il faudrait pouvoir s’arranger pour obtenir une majorité au niveau de l’image, même si elle n’existe pas dans la réalité… Cela ressemble un peu à un tour de passe-passe. Mais nous y sommes habitués en France, où l’on admet de fortes distorsions entre le corps électoral  et sa représentation, si bien que nous sommes parfois surpris que les Français ne se reconnaissent pas dans les mesures votées par leur image, les assemblées, et les rejettent massivement. Le recours à l’image semble parfois une tentative de faire l’économie de la recherche de consensus au sein du monde réel,. Il arrive que celui-ci réagisse.

 

Les images sont très utiles pour le développement durable. Elles permettent de visualiser des phénomènes complexes, de se représenter une réalité et de comprendre comment elle fonctionne. Elles peuvent faire rêver, elles stimulent l’imagination, elles stockent des connaissances, des témoignages. Grâce à elles, on peut faire des simulations, et avec des rayons X, on a accès à des images de l’intérieur même des organismes vivants. Vive l’image et l’imagerie, merveilleux instruments de travail, de découverte, d’apprentissage, et de loisir. Mais ce ne sont que des images, dépendantes de l’angle et de la lumière, du moment exact de la prise de vue, et du talent de son réalisateur. Elles ne doivent pas être confondues avec la réalité. Elles ne pourront jamais en traduire la complexité, exception faite, peut-être, des œuvres d’art qui constituent de fait une réalité nouvelle, avec sa part de sensibilité et d’émotion propre.

 

L’image du développement durable n’échappe pas à cette règle. Elle est fortement marquée par des promesses de catastrophes, de pénuries, et par le spectacle insupportable des inégalités croissantes à la surface de la planète. Elle progresse à coup de Katrina et autre cyclone, de flambée du prix du pétrole, de station de sport d’hiver sans neige. Bref, une image bien triste, et dont le bien-fondé risque fort de se renforcer au cours des prochaines années. Ce n’est bien sûr qu’une représentation de la réalité, partielle par nature, malgré sa puissance d’évocation. Elle ne doit pas occulter les perspectives plus exaltantes qui s’offrent à nous. La crainte d’un bien sombre avenir crée la pression nécessaire pour aller vers ces perspectives, et leur donner du corps. Sans pression, il n’y a pas de progrès, et dans l’histoire, beaucoup de progrès sont restés lettre morte faute de répondre à un besoin ressenti. L’image des méfaits de la « non durabilité » des modes de vie modernes n’est donc pas à rejeter, bien au contraire, mais elle n’aurait aucun sens si elle n’était pas assortie d’une puissante envie d’explorer des entiers nouveaux. Il est vrai que l’on n’a pas d’image bien nette à proposer pour illustrer ces voies de progrès. Tout juste des pistes et quelques repères, pour baliser un cheminement à découvrir.

 

Le développement durable n’est pas un état, que l’on pourrait photographier, mais une dynamique[3] qui échappe à toute tentative de représentation autre que des recettes[4], qui, tout comme les images, ne doivent qu’être des aides, des auxiliaires, pour construire en continu un futur durable.

Prochaine chronique : Tension

[1]Risque, chronique du 26 juin 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-3124286.html

 

[2] Chronique du 22 février 2007, http://developpement-durable.over-blog.org/article-5753903.html

 

[3]Chronique du 21 juillet 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-3342359.html

 

[4]Chronique du 18 décembre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4950611.html

 

Publié dans developpement-durable

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