Symptôme
Nous le savons tous, il est souvent plus facile et confortable et soigner le symptôme plutôt que la cause de
Un exemple éloquent de cette attitude nous est donné par un projet pour lutter contre le réchauffement climatique. Arrêtons de nous obnubiler sur les causes, les émissions de gaz à effet de serre, voyons si on ne peut pas réduire le réchauffement sans rien toucher à nos comportements.
La solution est de lutter contre le réchauffement par le refroidissement. C’est tellement simple, comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Quand on a beaucoup de fièvre, il peut être bon de se plonger dans un bain à 37 degrés, pour faire baisser
C’est des la « géoingénierie », de l’ingénierie sur
L’idée lui en est venue à partir de l’observation de phénomènes naturels, que l’on pourrait tenter de reproduire : Les irruptions volcaniques provoquent l’envoi de poussières dans l’atmosphère, et par suite un refroidissement de la planète car les particules renvoient les rayonnements du soleil. L’irruption de Pinatubo en
Ce faisant, et si tout va bien, si les faits confirment les hypothèses et les calculs, on maîtrise les conséquences du phénomène réchauffement climatique sans avoir à s’attaquer aux causes. Pour combien de temps ? On occulte le problème, et on continue à polluer autant qu’avant, et même plus avec l’envoi de ces tonnes de souffre et l’énergie nécessaire pour mener à bien l’opération. Il faut aussi espérer que l’on pourra envoyer régulièrement la dose de souffre nécessaire pour compenser l’élévation de température qu’entraînera la concentration de gaz carbonique, qui ira sans cesse croissant.
L’objectif est de lutter à la fois contre les symptômes quand ils deviennent dangereux, et contre la cause de
Monter un mur contre le réchauffement climatique apparaît toutefois nécessaire, mais il s’agit de gérer l’inertie des phénomènes, puisque l’on sait que, même en prenant immédiatement des mesures draconiennes, la température moyenne de la planète continuera d’augmenter inexorablement, compte tenu des gaz à effet de serre déjà émis. Il faut donc se préparer à faire face aux effets du changement climatique, et peut-être quelques artifices seront-ils utiles pour atténuer les difficultés de cette transition. Mais nos descendants pourraient nous condamner sévèrement si nous en profitions pour ne rien changer, ce qui ne ferait que reporter le problème à plus tard, avec un degré supplémentaire de gravité.
Quand un corps est malade, il faut lutter contre les symptômes, qui font souffrir le malade, parfois avec des moyens violents (médicaments puissants, interventions), mais en même temps on doit s’intéresser au « terrain », à l’état général du patient, que l’on doit renforcer, pour qu’il retrouve ses défenses naturelles. Nous venons d’en parler pour le réchauffement climatique, ce serait aussi vrai pour bien d’autres phénomènes. Prenons deux exemples dans des champs très contrastés, la montée du terrorisme et la baisse des prises de pêche. Bien sûr, il faut lutter contre le symptôme, activisme de groupes violents et déterminés, ou surpêche, mais des résultats durables ne pourront être obtenus qu’en réduisant les causes de ces deux problèmes : sentiment d’injustice et déséquilibres économiques les plus flagrants à la surface de la planète d’un côté, et dégradation continue de la qualité des eaux marines de l’autre.
Il faut gagner à la fois sur le symptôme et la cause, l’un ne va pas sans l’autre.
Prochaine chronique : Civilisation