Plastique

Publié le par Bidou

Décembre est le mois des sapins de Noël. C’est joli, les enfants apprécient, ça donne une atmosphère de fête, mais est-ce durable ? Faut-il couper chaque année des quantités astronomiques d’arbres, juste pour un moment de réjouissance ? Et s’il faut absolument un sapin pour provoquer l’émerveillement des enfants, pourquoi pas en plastique ? On en trouve, à des prix abordables, de très beaux, bien imités, avec le givre tout prêt. Il ne manque que les boules, mais la décoration du sapin fait partie du plaisir.

Pardon de cette provocation, mais ce serait bien intéressant de faire un rapide bilan écologique, pour comparer d’une part un sapin « naturel », avec le volet culture, transformation des sols et de l’écologie locale –dans le cas où il est cultivé pour devenir un arbre de Noël, pas dans celui où il est abattu sauvagement dans la forêt – et son sort début janvier, avec les ordures ménagères ou les déchets verts, et d’autre part un sapin « artificiel », fabriqué à partir de produits pétroliers, mais réutilisable année après année.

Les matières plastiques n’ont pas très bonne réputation côté environnement. C’est sans doute du fait de leur origine, le pétrole, matière fossile et non renouvelable, mais le développement durable doit nous amener à approfondir le dossier, au-delà de la première impression.

Les ressources non renouvelables ne doivent pas être négligées, mais exploitées avec un extrême souci d’efficacité. Il faut bien le reconnaître, le pétrole est un matériau extraordinaire, concentrant de nombreuses vertus en un petit volume, et ce serait dommage premièrement de s’en priver, et ensuite de le gaspiller. Le sentiment de sa grande abondance et la facilité d’extraction et d’usages a entraîné des comportements de facilité. La fin du pétrole pas cher doit nous amener à plus de sagesse. Aujourd’hui, 90% du pétrole extrait est brûlé directement, pour le transports ou la production d’énergie (chauffage ou électricité), et c’est vraiment dommage ! Son coût devrait favoriser le recours à d’autres sources d’énergie, renouvelables, comme la biomasse ou la force des courants, d’air ou d’eau,  ou encore la captation directe de l’énergie solaire. Et même s’il n’était pas très cher, le brûlage immédiat apparaît comme un immense gâchis : C’est aller directement à la dernière étape d’un cycle sans avoir bénéficié des étapes précédentes. C’est le mot cascade[1] qui décrit le mieux cette suite de bienfaits à tirer du pétrole, une série d’usages de la matière, dégradant progressivement la qualité du produit en rendant à chaque étape un service supplémentaire, sur un cycle aussi long que possible, pour donner le temps à la photosynthèse de stocker sous de nouvelles formes le carbone contenu dans le pétrole. La combustion doit être la dernière étape de cette dégradation continue.

Que faire du pétrole avant de le brûler ? C’est l’industrie chimique sous toutes ses formes qui peut apporter des réponses, à condition bien sûr de le faire avec une préoccupation majeure de sécurité et de protection de l’environnement, ce qui n’a pas toujours été le cas. Les conditions d’extraction, de transport, de transformation du pétrole en matières plastiques, en textiles, ou autres produits de grande consommation ont laissé des mauvais souvenirs, avec des accidents et des pollutions rémanentes. La maîtrise des risques pour l’environnement et la santé humaine est à l’évidence la condition du développement durable de ces activités. Il faut y ajouter le bon enchaînement des phases de la vie des produits sur le cycle du pétrole, avec la récupération des matières d’une étape pour leur recyclage en vue de l’étape suivante. La question des produits dégradés qui se répandent directement dans l’environnement, sans être brûlés, comme les films plastiques utilisés dans l’agriculture, doit aussi trouver une réponse satisfaisante : la contamination du milieu naturel par des molécules chimiques stables menace également la durabilité de notre environnement. Ajoutons le contrôle des résidus de la combustion du pétrole, en phase ultime de vie, avec des filtres sur les cheminées des usines ou des pots catalytiques pour les voitures, et on aura une vision des principaux défis à relever pour cette filière.

Si ces conditions sont remplies, les produits dérivés du pétrole, et notamment les matières plastiques, peuvent rendre de grands services, et participer activement à rendre notre développement plus durable. On notera notamment le volet dématérialisation de l’économie.  L’amélioration continue de la résistance des matières plastiques permet d’en réduire l’épaisseur, et par suite le poids. Les emballages allégés (moins 28% en 10 ans) demandent en outre moins d’énergie pour le transport, énergie souvent produite à partir du pétrole. Il faut faire un bilan complet, une analyse sur le cycle de vie du produit,  pour mesurer l’impact réel des choix pour les emballages, et le plastique a des arguments sérieux à faire valoir dans la concurrence qui l’oppose aux autres matériaux, surtout si ces emballages sont récupérés au maximum et recyclés.

La légèreté des matières plastiques permet aussi de réduire le poids des voitures, et conséquemment, comme dirait le gendarme, leur consommation et leurs émissions de CO2. Selon l’APME[2], les 3,25 millions de tonnes de pétrole ainsi utilisées chaque année dans l’industrie automobile permettent de réaliser 12 millions de tonnes d’économies de carburant, par suite de l’allègement des véhicules. Comme on en récupère 1,9 Mt au recyclage des véhicules, à retrancher aux 3,25 dans le calcul final, le bilan de cet usage du pétrole semble très intéressant. Il ne faut pas pour autant s’en satisfaire, et cette performance doit encore être améliorée, par des progrès sur les matériaux comme sur la bonne adéquation des voitures aux conditions d’utilisation. Un bon quart du poids des voitures est de la « mauvaise graisse », car provoquée par les besoins de sécurité à plus de 180 km/h, pour des voitures qui roulent essentiellement en ville ou qui ne peuvent légalement dépasser 130 km/h.

 

Revenons à nos plastiques. Ils servent aussi à isoler. On estime que l’énergie incorporée dans les isolants d’une maison est équivalente aux économies d’énergie réalisées en une année de consommation. Pour un bâtiment dont la durée de vie sera de 50 ans, le rendement n’est pas mauvais ! Ce n’est évidemment pas la seule manière d’isoler, mais celle-ci a toute sa place dans une politique d’économies d’énergies et de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre où chaque filière doit apporter sa contribution. Pour construire les 450 000 logements par an dont on a besoin, avec les équipements qui vont avec, toutes les techniques sont sollicitées. A elles de relever le défi, et de faire en sorte que « ça plane pour elles », pour paraphraser le titre d’un célèbre tube (pas en plastique celui-ci) de Plastic Bertrand, le célèbre chanteur belge.

 Prochaine chronique : Lumière

 



[1] Voir sur ce blog la chronique du 8 février 2006

[2] APME : Association of plastics manufacturers in Europe

 

 

 

 

Publié dans developpement-durable

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