Multiplication

Publié le par Bidou

Une opération de base de l’arithmétique, avec ses fameuses tables, bien utiles pour toutes sortes de calculs. Au-delà de la multiplication elle-même, on ne dira jamais assez l’importance des mécanismes de calcul, qui favorise les échanges et le commerce, et  permettent de comprendre les choses de la vie, des problèmes de robinet[1] au mouvement des étoiles dans le ciel. A défaut, la tentation est forte de vouloir les expliquer à tout prix, en ayant recours à des forces occultes, divines ou démoniques, créées pour l’occasion, tout simplement pour nous délivrer du besoin de comprendre.

 

Le calcul fortifie la raison, et par suite les possibilités d’échange et de compréhension mutuelle, de confiance et de collaboration : un même raisonnement peut être partagé, alors que le recours aux divinités conduit facilement à l’affrontement, à la recherche d’une suprématie, à moins qu’elles ne conduisent à la soumission, à l’abandon de tout espoir de comprendre réellement et d’influencer ainsi les choses de la vie. Mais attention aux excès : les chiffres nous éclairent, mais la qualité leur échappe souvent. Utilisons-les sans en devenir les adorateurs.

 

La référence aux dieux n’est pas artificielle. Dans la culture chrétienne, le mot multiplication appelle une suite bien connue, des pains. La multiplication des pains que l’Evangile nous présente est porteuse d’un message fort, repris dans de multiples textes sacrés, à savoir que Dieu pourvoit aux besoins de ses fidèles, comme il le fait pour les oiseaux. Le vin des noces de Cana complètent ce message côté boisson, avec en prime un plus sur la qualité. Ne vous en faites pas, faites confiance à votre Dieu, et vous serez dans l’abondance. Une affirmation fortement ancrée dans nos esprits, et qui rejette de fait l’idée même de limites. Le fait divin renvoie à l’infini et à l’éternité. Est-ce durable ?

 

Pour certains, les textes sacrés doivent être pris à la lettre. Seul le pécheur est donc menacé de manquer de ressources, et le juste n’a rien à craindre. Mais une autre foi s’est répandue, qu’il convient d’observer de près. Le divin a pris le manteau du progrès technique, qui pourvoira à tous nos besoins. Les limites sont repoussées toujours plus loin par la connaissance et la science. Le mythe de Prométhée, qui domestiqua le feu du ciel, est toujours bien vivace. L’Homme se substitue à Dieu pour maîtriser les éléments, et voit ainsi son pouvoir franchir toutes les limites. Les réserves d’énergie sont épuisées ? La science fera naître des ressources inépuisables. Les déchets dangereux s’accumulent ? Des procédés technologiques nouveaux nécessaires pour les traiter seront développés. De nouvelles agressions menacent notre santé ? La médecine relèvera ces défis comme elle l’a toujours fait dans le passé.

 

Tout se passe comme s’il n’y avait aucun problème à répondre à des besoins nouveaux, sans qu’il n’y ait rien à faire sur l’origine de ces besoins, leur nature réelle. La demande peut enfler à l’infini, une offre performante saura y faire face : Dieu ou la science, selon les références personnelles, y veilleront.

 

Une phrase, sans doute, explique cette certitude qui commence à peine à être mise en doute. Une phrase inscrite si tôt dans nos cerveaux et notre mémoire collective qu’elle est constitutive de nos certitudes et de notre culture commune, et par suite de nos lois humaines et divines. Croissez et multipliez. Ces trois mots venus de la nuit des temps, de l’origine de l’humanité et du paradis terrestre, nous ouvrent les portes de la planète et nous donnent mission de l’occuper toute entière.

 

Il se trouve juste qu’aujourd’hui nous arrivons au terme de cette feuille de route, et qu’il va falloir en trouver une autre, ou alors lui donner une nouvelle interprétation.

 

Cette transition, que nous vivons actuellement, au cours du XXIème siècle, est à l’évidence un temps fort de l’histoire de l’humanité, un moment unique, historique au sens plein du terme.

 

La transition d’un développement quantitatif à une autre modèle, un autre paradigme pour reprendre un mot savant, où la valeur ne sera plus fille du nombre – toujours le calcul ! – mais de la qualité, de l’humanité incorporée. C’est ça le développement durable.

 

 
Prochaine chronique : découpage

[1] Voir la chronique Robinet , du 22 juin 2006

 

Publié dans developpement-durable

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Stella Kyvelou 30/11/2006 22:59

Vous nous faites rappeler par touches poétiques les “limits to growth’ à l’origine de la définition du développement durable…pourtant le système de mesure joue ici un rôle pertinent…c’est a dire, comment mesurer la richesse en tant que résultat de la croissance….la Banque Mondiale nous a fourni depuis longtemps une définition alternative de la richesse, élément indispensable pour le développement durable, avec, sans doute, la protection de l’environnement et la cohésion sociale…il implique une autre mode de calcul de la richesse basée sur divers types de capitaux, le capital naturel, le capital humain, le capital social…