Paquet

Publié le par Bidou

C'est bien le mot Paquet qui nous intéresse aujourd'hui, mais cette illustration aurait aussi bien convenu pour "botter" ou "touche", car la RATP nous donne ici un magnifique exemple de ce qui s'appelle "botter en touche".

Revenons à nos paquets. Nous pourrions ici parler de ce que l’on appelle le « sur emballage », avec des boîtes qui s’emboîtent à n’en plus finir, des étuis gigognes, etc. Choisissons plutôt une approche populaire du mot paquet, au sens « mettre le paquet ».

Dans l’histoire récente de la France, il est arrivé plusieurs fois que l’on fasse des choix lourds de conséquences. Une filière est retenue, et tous les financements publics convergent alors dans cette direction, pour plus d’efficacité. C’était une France où l’Etat était un opérateur important au plan industriel, ce qui semble ne plus être le cas aujourd’hui. C’est ainsi qu’on a mis le paquet sur une informatique nationale, avec une entreprise pivot, Bull, que l’on a créé le Concorde, Airbus, le TGV, etc. On a eu des grands plans, comme le plan câble, le plan neige, et bien d’autres encore. La puissance de groupes nationaux, d’Etat, ou de la commande de l’Etat a permis ces grandes aventures industrielles, dont une partie notable a connu des échecs retentissants, à l’image de la politique des abattoirs symbolisées par La Villette. D ’autres se sont révélés salutaires, et c’est bien pour ça qu’il faut tenter de comprendre les conditions à remplir pour ça marche.

 

Mettre le paquet a du bon, à condition de ne pas se tromper de futur, et de baliser le chemin de points de contrôle, qui permettent d’évaluer en continu l’efficacité des efforts consentis. Parce que l’argent est investi dans une filière, c’est autant d’argent inaccessible pour d’autres. Se tromper peut avoir des conséquences redoutables par déficit d’engagement dans la bonne voie.

 

Un des grands défis aujourd’hui est le carbone. Il y en a trop dans l’atmosphère, et nous n’arrêtons pas d’en ajouter. Il faut donc investir massivement pour casser cette spirale, et remonter la pente. Un économiste Britannique, Nicholas Stern, donne un chiffre dans un rapport récent au Premier ministre Tony Blair : 1% du PIB, tel est le prix de la lutte contre le réchauffement climatique[1]. Chiffre à comparer avec le coût du « rien faire », 5% au minimum, et peut-être 20% selon les scénarii. 1%, c’est déjà un paquet, et il ne faut pas louper son coup, et même chercher à en tirer des effets secondaires intéressants, des sous-produits, des dividendes additionnels. Pour Nicholas Stern, la lute contre le réchauffement climatique pourrait provoquer une croissance de 2% par an. Si l’effet de serre n’existait pas, il faudrait donc l’inventer pourrait-on en déduire[2]. Oui, si on ne se trompe pas de chemin. Les 2% de bonus ne sont pas automatiques, il faut aller les chercher. Le double dividende se mérite.

 

Depuis la révolution industrielle, disons le milieu du XIXème siècle, les pays occidentaux ont fondé leur croissance sur le déstockage  de ressources, notamment de produits énergétiques, le charbon au début, puis le pétrole et le gaz. Du carbone qui se retrouve, au bout d’un temps plus ou moins long, dans l’atmosphère où il s’ajoute à celui qui y est déjà, et qui participe au cycle de la photosynthèse. Premier objectif, donc : arrêter de déstocker. C’est difficile, car la substitution de l’énergie fossile par le l’énergie renouvelable liée au flux réguliers du soleil sur la planète, est coûteuse. Le prix d’un litre de pétrole extrait et raffiné est beaucoup plus faible que l’équivalent produit à partir de la biomasse, avec les techniques actuelles. Il faut des artifices fiscaux pour compenser les écarts pour le carburant, mais c’est ignorer que les taxes ne sont pas totalement artificielles, et sont là pour assurer indirectement le financement de tous les services liés à l’usage du carburant, tels que la route, la police et la sécurité. Les énergies renouvelables sont par nature diffuses, et se prêtent mal à des besoins concentrés d’énergie, pour certaines installations industrielles notamment. Il va donc falloir « mettre le paquet » pour trouver d’autres réponses aux questions de l’énergie et du carbone.

 

La réponse est multiple, c’est une combinaison de mesures que nous connaissons tous, les économies d’un côté, les énergies alternatives de l’autre. Rendre le même service en consommant beaucoup moins d’énergie, et trouver d’autres sources pour l’énergie qu’il faudra quand même fournir. On sait que la première piste est féconde, car le faible prix de l’énergie n’a pas jusqu’il y a peu incité à des économies. Le contexte a changé, et les incitations à la rigueur sont portées par les prix actuels et la peur de manquer. Ce ne sont pas que des améliorations à des process actuels qui vont fournir la solution, ce sont souvent de nouveaux procédés, fondés sur de nouvelles techniques et des modes de vie profondément transformés, autant que l’automobile, le téléphone portable et la télévision ont pu les influencer dans le passé. Pour produire une énergie décarbonée, il faudra éviter les anciens travers, à savoir compter sur de nouvelles ressources stockées plutôt que de valoriser les flux. Le nucléaire assis sur l’uranium, minerais présent sur la planète en relativement faible quantité, avec ses propres contraintes géopolitiques, et les risques liés à son exploitation, son enrichissement et ses déchets, ne peut être une solution durable. Les investissements qu’il exige prolongent la politique du déstockage, qui ne peut apporter de réponse durable. Le projet Iter qui est lancé aujourd’hui est prometteur, puisqu’il n’est pas inféodé à une ressource limitée. Il est en outre commun à de nombreux pays, signe que la coopération se substitue progressivement à la compétition. Mais il ne sera pas applicable avant 2050, date à laquelle il aura fallu diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre. C’est peut-être l’énergie d’après demain, pour les besoins fortement concentrés, mais pas celle de demain, ni pour les usages diffus.

 

Entre temps, il nous faut revenir rapidement à une économie de flux, exploitant le produit de l’année aux stockages de sécurité près. Une économie ultra performante et sobre, capable de stocker le carbone en excédent dans l’atmosphère. Une croissance favorable à la décarbonisation, où par exemple la chimie des productions végétales aura pris la relève de la chimie du charbon ou du pétrole. Il en faudra de l’innovation pour y parvenir, et en amont avoir mis le paquet sur une nouvelle ingénierie des modes de production.

 Merci à Jacques Saint Marc pour la photo qui illustre cette chronique.

 

 

 

 
Prochaine chronique : Multiplication

[1] D’autres rapports récents donnent des résultats similaires. Citons le rapport du Global Development and Environment Institute de l’université de Tufts aux Etat-Unis, Climate change – The costs of inaction, et celui des sénateurs Pierre Laffitte et Claude Saunier devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise.

 

 

 

 

[2] Voir à ce sujet la chronique Vérité , publiée dans ce blog le 10 octobre

 

 

 

 

Publié dans developpement-durable

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Serge de Morée 28/11/2006 23:01

Regardez ce paquet…PAQUET... Dominique, Mon nouveau BLOG-CONCEPT est ImmoAlternativ€ une émanation de l’immobilier et des arts… l’Alternative… n’est pas un des mots clés du développement durable, et de l’ImmoDurabilité bien sûr? Vous ne savez pas sur quels mots clés faire un commentaire? Saisissez un mot clé en rapport avec…
 

Emmanuel CRIVAT