Démarche

Publié le par Bidou

Les démarches administratives sont parfois durables, mais pas au sens que l’on aurait souhaité. L’univers de l’administration n’est pas celui du citoyen, et ses lois sont bien mystérieuses pour le profane. On a là une confrontation de cultures, avec des incompréhensions et un grand maître nommé Kafka.

 

Oublions ces mésaventures, et  reprenons le sens premier du mot « démarche » : manière de marcher. Appliqué à un projet, c’est sa manière de progresser qui est traduite par le mot démarche, avec ses méthodes, ses forces propres, sa réactivité aux évènements extérieurs. Une manière de procéder, dont va dépendre la qualité du résultat, son adéquation aux besoins. Le développement durable se situe dans cette logique, c’est avant tout une dynamique, une machine en marche, comme le mot développement l’indique au sens propre. Associé au mot durable, c'est-à-dire dont on ne voit pas la fin, on ne peut le décrire comme un état idéal d’achèvement, stabilisé. C’est donc la démarche qui compte, la manière d’avancer sans rencontrer d’obstacle insurmontable, et non un aboutissement en forme de monde idéal. C’est comme la démocratie, un éternel combat, jamais totalement gagné.

 

Il convient donc d’initier la démarche, laquelle s’enrichit par la suite à chaque étape. Le risque est gros, en matière de développement durable, que l’on soit trop exigeant au départ, surtout que l’on est pressé. Il faut partir avec un gros bagage sur le dos, trois « piliers », 27 principes, et la bonne gouvernance. Avant que l’on ait réuni et assimilé tous ces éléments, il s’en passe du temps, et en plus, on n’est jamais sûr que l’on a rien oublié, il y a toujours de bons apôtres pour vous reprocher telle approximation, ou tel présupposé. A vouloir trop bien faire, il arrive qu’on ne fasse rien, ou qu’on le fasse trop tard ou encore qu’on le fasse dans la panique, en se raccrochant à un aspect particulier au risque d’oublier les autres.

 

Il faut accepter d’avancer par étapes[1], avec humilité mais avec conviction. Ne pas vouloir tout traiter à la fois, entrer par toutes les portes, mais choisir une porte et adopter une démarche offensive. Une démarche faite de rigueur et de curiosité. C’est celle-ci qui est garante de l’ouverture d’esprit nécessaire pour enrichir en continu un cheminement qu’il faut bien engager à partir d’une porte, à moins d’être ubiquiste ce qui n’est pas le cas général. Partir modeste, donc, mais avec une méthode solide et de grandes ambitions. Sans idée trop arrêtée du produit que cette démarche engendrera, pour ne pas enfermer la créativité du processus, pour ne pas reproduire peu ou prou des solutions toutes faites.

 

Illustrons ce propos par un exemple concret, le bâtiment. Aux approches sectorielles, bioclimatiques par exemple, ou bien à partir d’un matériau particulier, comme le bois ou la terre, se sont ajoutées récemment, dans de nombreux pays, des approches « systèmes », prenant en compte un ensemble de paramètres et leurs interférences. Il s’agit aussi bien de l’environnement des usagers, l’environnement intérieur et la qualité du service qui leur est rendu, que de l’impact du bâtiment sur l’environnement extérieur, du paysage créé au réchauffement climatique. Le bilan est fait sur le « cycle de vie » du bâtiment, incorporant les matériaux et les travaux (de la construction à la démolition), les consommations d’énergie et d’eau nécessaires à la vie du bâtiment, les produits d’entretien, etc. Un ratio service rendu par rapport au poids environnemental, en quelque sorte.

 

 

Dans cette famille d’approches modernes, la française se différencie par l’importance accordée à la démarche, au process. Pas de réponse toute faite ni de technique imposée, mais un ordre de marche. Une démarche qui amène à se poser des questions précises, sur les enjeux environnementaux définis ci-dessus, sur le service attendu et les usages futurs du bâtiment. Une manière, aussi, de créer une collaboration fructueuse entre tous les acteurs, avec un langage commun qui permet de se comprendre, et d’atteindre des niveaux de performance inaccessibles par une approche cloisonnée ou séquentielle.

 

La question à laquelle les créateurs de la démarche « haute qualité environnementale », HQE, ont tenté de répondre est comment conçoit-on et réalise-t-on un bâtiment bon pour l’environnement, alors que nos amis britanniques, précurseurs en la matière, se posaient la question à quoi reconnaît-on un bâtiment bon pour l’environnement.

 

Les approches étrangères se focalisent sur le résultat, jugé à partir d’une grille de paramètres semblables à ceux utilisés en France. Le choix français, de privilégier la démarche, est très exigeant. Il demande une volonté affirmée, un souci permanent de gouvernance des « parties prenantes », des bilans réguliers, une vision dans la durée. Des exigences qui n’ont guère de sens si le projet ne s’inscrit pas dans une politique générale, s’il n’influence pas la manière dont les activités qu’il accueille vont se développer, et le mode de gestion du bâtiment. Un choix très différent de la formule de contrôle a posteriori de niveaux de performances, garanti le cas échéant par un label. La vérification du niveau atteint présente bien sûr l’intérêt de le rendre plus lisible et d’offrir une possibilité de challenge, toujours mobilisateur, mais elle n’a de sens que comme étape dans une dynamique. La démarche, c’est ce qui donne au projet son caractère durable, bien au-delà d’une simple caractérisation technique. C’est toute la différence entre une approche strictement environnementale et une approche durable.

 

 

 Prochaine chronique : Paquet



[1] Voir la chronique étape, publiée le 6 novembre 2006

 

Publié dans developpement-durable

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Stella Kyvelou 10/01/2007 12:32

Pour faire suite à mon commentaire précédent,  la démarche  SD-MED proposée par  une équipe d’experts internationaux, expérimentée et validée par l’Association HQE, est basée sur les méthodes existantes d'évaluation de performance du bâtiment avec l'accent sur la démarche française  HQE® (haute qualité environnementale) qu’ elle intègre un grand nombre de paramètres, exige un mode de la gestion des opérations inspirée par la norme internationale ISO 140001 et constitue une méthodologie de projet au lieu d'une simple certification à posteriori comme dans la majorité des autres méthodes existantes. Ainsi, elle offre un cadre intéressant pour  capitaliser les retours d'expérience et pour identifier des dénominateurs communs.  L'équipe d'experts a entièrement  examiné  la  démarche HQE® afin d'explorer tous ces points qui seraient utiles pour la nouvelle méthodologie SD-MED. Néanmoins, et étant donné que la démarche  HQE® a été récemment très largement critiquée, l'équipe d'experts a pris en considération tous les commentaires correspondants afin qu’elle aboutisse à une méthode innovante basée sur les considérations modernes concernant l'intégration du développement durable dans la construction ou la réhabilitation des bâtiments. À cette fin, une analyse comparative étendue a été conduite sur tous les outils principaux existants d'évaluation environnementale des bâtiments. La proposition finale a un caractère plutôt innovant puisqu’elle est basée sur  la notion « efficacité » ou « efficience » du point de vue de la triple considération : environnementale, sociale, économique. Les trois piliers dont vous parlez. C'est plus ou moins une approche universelle tenant compte du concept moderne de bâtiment durable ( sustainable building) mais avec une adaptabilité élevée au niveau des conditions régionales. Ceci signifie que dans la pratique, et pour devenir opérationnelle, elle doit pouvoir s'adapter aux conditions locales et aider les acteurs locaux à créer leurs propres systèmes (Bidou, Kyvelou, 2003).   L’intégration de critères économiques et sociaux dans cette nouvelle démarche  est  son originalité principale et l’inscrit effectivement  dans le concept du développement durable.   Elle améliore en effet la démarche HQE® qui ne répond que partiellement et non de façon explicite à ces deux enjeux supplémentaires à travers le traitement des 14 cibles environnementales. En outre, il a été jugé souhaitable d’étendre le Système de Management Environnemental qui fait l’originalité de la démarche HQE® au développement durable (Système de Management Développement Durable (SMDD). Ce dernier devra être adapté au concept de développement durable et aux pratiques de chaque pays concerné (processus et organisation d’une opération, acteurs, responsabilités, pratiques, modes de vie, culture). Le niveau de traitement des différentes cibles pour les trois critères devra également tenir compte des réglementations ou normes en vigueur dans ces pays. Si elles n’existent pas dans un pays donné, il sera important de se caler sur les règlements existants dans le pays le plus similaire avant tout en terme de climat mais également de pratiques, culture ou mode de vie. Par ailleurs, le Système de Management Développement Durable (SMDD) d’une opération  permettra d’optimiser les performances des cibles et sous-cibles environnementales, économiques et sociales des bâtiments et fournira aux différents acteurs tous les éléments nécessaires pour qu’ils puissent intégrer cette démarche dans leurs opérations.
 


 

En tant que coordinateur/représentante de l’équipe qui a élaboré la démarche SD-MED, je saisis l’occasion de  remercier une fois de plus Dominique Bidou d’avoir bien voulu supporter ce travail et pour tous ses précieux conseils. Nos remerciements sincères vont également  aux architectes Dominique De Valicourt et Serge Jauré  pour leur contribution  considérable en tant qu’experts désignés par l’Association HQE, ainsi qu’à  Guy Chautard, Directeur de l’Association HQE pour son assistance, sans laquelle ce travail n’aurait pu être réalisé. 
 

Stella Kyvelou 27/12/2006 16:35

Merci à Dominique BIDOU de présenter, comme toujours, les "plus" de la démarche HQE...je m'explique quand je dis que nous, nous avons opté pour une démarche renouvellée mais inspirée et par conséquent faisante référence directe à la HQE :  une équipe internationale d'experts SD-MED a  déjà élaborée ( Mai 2006)  une nouvelle démarche SD-MED, fondée en grande partie sur la démarche française HQE® et qui vise à former, avant tout, une méthodologie tant universelle que méditerranéenne   dans le sens de son  adaptabilité élevée au niveau macro-régionale.  Cette nouvelle démarche SD-MED établie en coopération avec l'Association HQE pour tout ce qui concerne les validations nécessaires, présente l'innovation d'être basée sur la triple efficience, environnementale, sociale et économique et de proposer un Système de management Développement Durable ( SMDD) au lieu du Système de management Environnemental ( SME), pratiqué jusqu'aujourd'hui.

Stella Kyvelou 21/12/2006 09:29

Pour moi, c'est  une vraie ambition surtout de marcher avec consistance et honnêtement, correctement, en reconnaissant tout ce qui est déjà fait, à son époque, et faire évoluer...au fur et a mesure du changement des conditions...le  moral dans l’économie est parmi les principes du développement durable…
 

Nous, nous avons opte pour cette démarche... 
 

 

Dominique Raulin 20/12/2006 21:43

C'est vrai c'est important une façon de marcher...     ...mais plus encore   de savoir où on va.
 

On peut marcher (j'éviterai le terme "démarcher"  trop connoté commercial) pour tourner en rond ou aller dans le mur.
 

Les 14 cibles de l'AHQE constituent des axes de réflexions, des orientations pour savoir où l'on doit aller, elles ne doivent pas conduire notre pensée.
 

C'est vrai qu'il est important d'arriver à l'endroit où l'on veut, certains restent dans le désir d'aller quelque part, font les plans, trouvent les cartes et  les catalogues...... les anglo-saxons y vont.
 

C'est peut -être ça une vrai ambition de savoir où va, pourquoi, comment et d\\\'y arriver  dans les temps.
 

Bidou 26/12/2006 15:09

Merci de ces commentaires, qui disent parfaitement pourquoi la HQE est une démarche, et non pas un catalogue d'objectifs définis une fois pour toutes. C'est que les 14 cibles ne sont que des repères, nécessaires pour naviguer dans le champ de la complexité, mais quelles n'affranchissent pas, bien au contraire, d'une réflexion sur le projet, son utilité, les personnes qui vont y vivre, y travailler, qui vont l'exploiter, etc. On a tendance à dire que l'essentiel est le programme, ce qui est un peu exagéré sans doute, mais qui dit bien par où il faut commencer. Analyse du besoin, des manières d'y répondre, du contexte, tout ça est écrit dans la partie "management" qui accompagne les 14 cibles, et leur donne leur sens.
Mais attention, il ne faut pas croire que l'on peut tout définir au départ une fois pour toutes. On le voit dans les opérations de longue haleine, où le programme est modifié en cours de route par suite de connaissances nouvelles, ou d'évolution de la demande. L'adaptabilité, la souplesse d'usage, sont deux objectifs très importants, qui, permettent de faire vivre le projet bien au-delà du schéma initial. La HQE bien faite doit ouvrir d'avenir, et pas l'enfermer. C'est une dynamique qui s'engage pour un ouvrage, et qui doit l'accompagner bien au-delà de la pahase de réalisation.