Eléphant

Publié le par Bidou

En cette période de vacances scolaires, et compte-tenu de la perte d'influence des sorcières, revenons à des valeurs sures, l'éléphant, tellement bien popularisé par Babar, le roi des éléphants. Nous parlerons donc d'éléphants et de développement durable.

L’éléphant est une espèce protégée. C’est aussi une ressource, pour des pays qui ont de nombreux besoins, et qui, traditionnellement et avec des moyens bien modestes, exploitaient cette ressource pour vivre. C’est comme le cochon sous nos latitudes, dans l’éléphant tout est bon !  Mais tout le monde ne le voit pas comme ça. La richesse des éléphants est bien sûr leur faiblesse, leurs défenses, l’ivoire. La chasse sauvage, laissant sur le sol la bête entière après qu’on lui ait juste arraché son ivoire, a fortement réduit des populations. Il a fallu protéger cette espèce, et interdire le commerce de l’ivoire. Voilà comment on a stérilisé une ressource. Pouvait-on faire autrement ? Au début, non, la protection totale était indispensable pour arrêter l’hémorragie, et assurer la survie de l’espèce, mais faut-il la maintenir éternellement ? N’est-il pas possible d’allier la protection de l’environnement et le développement local ? Une protection qui réussit doit nécessairement évoluer. Les populations protégées s’accroissent, et souvent au-delà de ce que le milieu autorise, car les phénomènes de régulation sont faussés. Il faut donc bien, une fois la population reconstituée, envisager de lever la protection, ou du moins, l’alléger. Le braconnage n’est pas la seule cause de la diminution du nombre d’éléphants, la dégradation de leur milieu de vie, de leur habitat, les perturbations de leurs routes de migrations, sont aussi en cause, et il ne s’agit que d’une espèce convalescente, il serait dangereux de revenir brutalement à la situation antérieure. Mais il s’agit d’une ressource importante dans des pays pauvres, et on ne peut l’oublier.

 

Gérard Sournia , auteur, de l'ouvrage '' Des Éléphants, des hommes et de l'ivoire'' [1], propose d’autres pistes, pour allier protection et développement : « Au cours de cette période de relative accalmie que constituèrent les années d'interdiction, des centaines de milliers de kilos d’ivoire s’entassaient dans les entrepôts, représentants aux yeux des dirigeants africains une ressource naturelle valorisable : quelle alternative, quelle réponse économique à cet enjeu écologique leur avons-nous offerte ? Le Japon, grand gagnant de la reprise du commerce, reconstitue ses stocks d’ivoire menacés d’érosion, répondant à la demande de son puissant lobby pro-ivoire et pour faire tourner l’industrie et l’artisanat local : quelles en sont les retombées concrètes pour l’Afrique ? N’y avait-il pas un champ de négociations à exploiter, une réflexion plus approfondie à mener ? Ne pouvait-on privilégier la solution conduisant à un travail local de l’ivoire, un travail créateur d’emplois ; cette solution constituant une opportunité, une occasion de mettre en pratique le transfert de technologie, permettant des plus-values, dont les bénéfices auraient pu être reversés à un fonds pour la nature, géré, à parité, avec les institutions pouvant se porter garantes de cette procédure et qui auraient ainsi permis de suivre, sans trop de difficultés, l’ensemble de la filière commerciale ? Nombre de pays africains y étaient favorables. Pourquoi ne pas avoir mis les organisations internationales et les pays asiatiques devant leurs responsabilités ? A ceux qui considèrent irréaliste une telle mesure doit-on rappeler que lors de l’interdiction du commerce de l’ivoire, les Japonais (encore eux), paniqués par le spectre de la pénurie, négocièrent avec les Russes l’achat d’ivoire de mammouth ; les négociations furent ardues ; l’accord se fit sur la base d’une baisse des prix de vente, compensée par l’apport de capitaux japonais en vue de transférer le travail de l’ivoire de mammouth à des artisans locaux »[2]. Toute approche trop ciblée sur un seul objectif contient sa propre limite. Le développement durable nous conduit à croiser plusieurs dimensions, à rechercher plusieurs objectifs à la fois, et parfois à tenter de sortir de contradictions « par le haut ». Les éléphants, victimes de leur ivoire, et avec eux les populations africaines qui vivent à leur contact, nous le rappellent avec force.

 

Gérard Sournia note d’ailleurs une contradiction, ou au moins une curiosité, concernant d’autres éléphants : « S'agissant de nos responsables politiques, et en particulier de ceux du PS, les commentateurs font régulièrement référence, aux '' Éléphants ''.

 

Cette analogie est pour le moins curieuse, car l'organisation sociale de la gente éléphantine contredit cette image : cette espèce, la plus imposante de la faune terrestre, obéit, en effet, à des règles de vie essentiellement régies par le système matriarcal.

 

C'est traditionnellement toujours une femelle, déjà expérimentée et ayant donné naissance à plusieurs petits, qui assure le commandement d'un large groupe familial, uniquement composé de femelles de tous âges et de jeunes mâles, non encore reproducteurs. Les mâles adultes sont exclus de cette unité sociale ; ils se regroupent alors en hardes de célibataires d'où émerge, le moment venu, celui qui aura le droit de réintégrer, pour un laps de temps très court, le groupe de la matriarche, pour les besoins de la reproduction. Les très vieux mâles sont, quant à eux, le plus souvent voués à la plus grande solitude, après avoir été chassés du clan des célibataires.

 

En fin de vie (si l'homme ne l'a pas abrégée, ce qui est le plus souvent le cas), tout ce beau monde se retrouve au bord des cours d'eau ou des marais, où ils finissent leur existence, formant ainsi les fameux cimetières d'éléphants. »

 

 



[1] Éditions Sang de la terre, 2000

[2] Extrait de « Tous gagnants, la dynamique du développement durable », Dominique Bidou , Editions Ibis Press, 2004

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