Bois

Publié le par Bidou

Il faudra bien parvenir à vivre essentiellement du flux, et arrêter un jour de prélever sur un capital dont on voit aujourd’hui les limites. Les bilans tels que l’empreinte écologique[1] nous montrent que depuis quelques années nous utilisons plus de ressources que la planète n’en produit par les cycles naturels. Une telle attitude ne peut tenir éternellement, même si certaines réserves sont encore abondantes. Nos descendants nous en voudrons terriblement si nous ne changeons pas d’attitude, et ils auront bien raison.

 

 

Cette économie fondée sur les flux de matières existe déjà dans certains secteurs. Le bois nous en offre une belle illustration.

 

 

Il faut d’abord que le bois se renouvelle effectivement, et que l’on ne tire pas sur un stock au delà de ses capacités de régénération. La question est souvent posée pour d’autres ressources, comme les poissons, mais elle existe pour le bois aussi, surtout dans les forêts fragiles. On parle beaucoup des forêts tropicales, à juste titre. Les sols mis à nu s’érodent rapidement, et la repousse des arbres après une exploitation trop radicale est souvent impossible, ou alors ce ne sont pas les mêmes arbres. Pour citer une nouvelle fois le livre de Jared Diamond, Effondrement[2], signalons que les arbres que les premiers colons polynésiens trouvèrent sur l’île de Pâques étaient immenses : le palmier le plus grand des l’Amérique du Sud était pascuan. Mais il n’en reste que des traces, et le résultat de quelques siècles d’une brillante civilisation est la disparition du seul matériau qui permet de faire des navires. Embêtant pour une île loin de tout continent ! Les terrains fragiles ne sont pas l’apanage du Sud. Jared Diamond nous décrit l’évolution de l’Islande au temps des vikings, et ce n’est guère mieux. On a depuis pris conscience de ces dangers, et les forestiers peuvent adopter des méthodes « durables » de gestion de leur patrimoine, assurant la préservation de la ressource. Plusieurs labels[3] couronnent ces efforts, et signalent à l’utilisateur de bois que son origine est conforme à ces principes.

 

 

 

 

Le bois disponible chaque année du fait de la croissance des arbres a de nombreux usages. Et il ne faut pas oublier pour autant les autres utilités de la forêt, la richesse biologique, la régulation du régime des eaux, la lutte contre l’érosion des sols, le plaisir de s’y promener et de cueillir des champignons. Revenons aux usages du bois. Le plus important en volume est la construction, pour environ la moitié, et ensuite viennent l’emballage, l’ameublement, le papier, le bois de feu, et enfin les poteaux et les usages industriels.  Beaucoup d’usages, d’acteurs, de logiques différentes, avec des situations de départ et des dynamiques variables. Il s’agit de faire en sorte que tout le monde soit gagnant, et que le succès d’une filière favorise celui des autres. C’est ça le développement durable, l’exploitation de la complémentarité. Une bonne gouvernance des filières est nécessaire, avec des actions fortes de soutien à celles qui semblent des locomotives potentielles pour les autres. Jetons un coup d’œil rapide sur deux de ces filières, la construction et le bois de feu.

 

 

 

 

Le bois comme matériau de construction permet de stocker le carbone : une tonne de bois contient une demi tonne de carbone. Il est économe en énergie tout au long de sa  chaîne de fabrication. C’est pourquoi la loi sur l’air, votée en 1996, prévoit des obligations à insérer du bois dans les bâtiments. On constate depuis quelques années une augmentation du nombre de maisons individuelles en bois double de celle des maisons individuelle en général (+46% contre + 18% depuis 2001). Le bois a encore bien des progrès à faire, puisqu’il ne représente malgré cela que 4% des maisons neuves aujourd’hui, alors que son potentiel est évalué à 20%.  La gouvernance de cette politique prend la forme d’un plan de développement du bois dans la construction, signé pour 10 ans (2000 – 2010) entre les pouvoirs publics et les professionnels[4]. La photo ci-jointe[5] du collège HQE Mirecourt dans les Vosges (Architecte : ARCHITECTURE-STUDIO), par ailleurs primé au concours « habitat solaire, habitat d’aujourd’hui », illustre cette volonté d’inscrire du bois dans les ouvrages.

 

 

 

 

Le « bois énergie » connaît lui aussi une forte croissance. La ressource forestière utilisable pour l’énergie est estimée à 50 Mm3 par an, soit une vingtaine de super pétroliers par an (7millions de tonnes d’équivalent pétrole), à brûler dans des poêles et des chaudières, individuelles ou collectives. Un programme animé par l’ADEME[6] pour organiser les filières en 2000-2006 donne des résultats au-delà des prévisions : 1400 chaufferies collectives et tertiaires ont été financées par l’ADEME en 2005, et 480 chaufferies industrielles. Des inserts aux très bons rendements ont été mis sur le marché, et le nombre d’appareils vendus s’est envolé : une hausse de près d’un quart entre 2004 et 2005 ! Enfin une croissance à deux chiffres ! Une ombre au tableau toutefois : le coût encore trop élevé des chaudières, non compensée par économies de combustible, ce qui entraîne souvent le recours à des aides publiques. On n’est qu’au début du renouveau de cette source d’énergie, dont la modernisation avance rapidement, et co-habite avec des formes traditionnelles, qui ont toujours existé et persistent encore.

 

 

 

 

Le développement des différentes filières du bois permet de dynamiser la forêt, avec des résultats bons pour l’économie et l’environnement. Plus de 500 000 emplois, presque autant que le secteur de l’automobile, répartis sur l’ensemble du territoire, et stockage du gaz à effet de serre : en France, la forêt absorbe chaque année 12% du CO² émis. On est bien sur la voie du développement durable.

 

 

 

 

 

 



[1] Voir la chronique « Hectare » du 28 juin 2006

 

 

[2] Jared Diamond, Effondrement, Comment les société décident de leur disparition ou de leur survie, NRF essais, Gallimard, 2006, déjà cité dans la chronique « Statue », du 22 septembre 2006.

 

 

[3] On trouvera notamment les informations utiles sur ces labels dans la « Notice d’information sur les outils permettant de promouvoir la gestion durable des forêts dans les marchés publics de bois et produits dérivés » accessible sur http://www.ecoresponsabilite.ecologie.gouv.fr/IMG/notice.pdf

 

 

[5] Photo : C.BOURGEOIS

 

 

[6] ADEME, agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, www.ademe.fr

 

 

Publié dans developpement-durable

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Benoit 30/09/2009 16:44


Le bois est le materiau idéal pour construire un maison est c'est bien pour cela que de très nombreux habitats écologiques le choisissent. Je trouve qu'il est important de le rappeler.


michel BADRE 27/10/2006 19:02

Deux remarques ou réflexions: -  sur l'usage du bois dans la construction, un autre avantage comparatif du bois par rapport au béton ou aux métaux est l'économie de combustible fossile dans la production du matériau: proche de 0 pour le bois, considérable pour le béton ou l'aluminium, par exemple. C'est plus déterminant encore que le stockage de carbone dans le matériau, qui n'est que temporaire.
- deux remarques de chiffre: il me semblait (peut-être à tort) que le % de maisons à ossature bois est plutôt de l'ordre de 10% que 5%. Mais c'est de toute façon beaucoup trop faible. Par ailleurs le chiffre de 50 Mm3 de bois énergie me parait sensiblement surestimé, mais c'est un sujet de controverse, même dans le monde forestier: le pb, rarement bien évoqué, est celui des conditions économiques de la mobilisation. Au coût actuel du pétrole, il n'y a qu'environ 15 à 20 Mm3 de bois de feu économiquement récoltable, le reste ayant une valeur en forêt très négative ne pourrait être récolté qu'à coup de subventions importantes. Il faudrait sans doute un prix du pétrole de l'ordre de 200$/baril pour atteindre des volumes récoltables de l'ordre de 50Mm3, mais la courbe de récolte possible en fonction du prix n'est pas connue.