Souterrain

Publié le par Bidou

Un mot plein de mystère, qui évoque les catacombes et les chauves-souris, quand ce n’est pas la musique « underground ». Nous sommes déjà au cœur du développement durable, avec plusieurs approches caractéristiques : les  carrières, donc ressources ; des lieux de réunion et de refuge, deux fonctions importantes pour une société qui veut « durer » ; la richesse biologique, la création culturelle. Le champ est vaste, et il faut choisir : consacrons cette chronique à la dimension souterraine de la ville, à l’occasion du récent colloque de l’AFTES[1] : « Ville durable : quelle contribution du sous-sol ? » Du bon usage des souterrains dans la « ville durable ».

 

 

Les villes poussent effectivement en trois dimensions, mais la troisième, la hauteur, n’est le plus souvent perçue qu’au dessus du sol. Le sous-sol est oublié, alors qu’il constitue un milieu à part entière, avec ses caractéristiques physiques et biologiques : résistance à la pression, nappes et rivières souterraines, cavités, matériaux, vie animale et végétale. C’est dans le sous-sol que les arbres plongent leurs racines, aux côtés des nombreux réseaux que l’on a enfouis sous les trottoirs. Pour ouvrir véritablement le champ du possible, et trouver de nouveaux espaces dans les centres urbains, pourquoi ne pas explorer les possibilités offertes par le sous-sol ? A condition de le connaître et de le respecter, car ce n’est pas une ressource renouvelable, et il est en quantité accessible faible, si on l’exploite dans les lieux les plus sensibles, déjà fortement urbanisés, là où on a justement besoin de cet espace, et où il vaut très cher, ce qui justifie qu’on aille voir plus profond.

 

 

Le sous-sol est plein de ressources. Il procure des matériaux et de l’eau ; il apporte de l’énergie, soit qu’il contienne des réserves d’eau chaude pour la géothermie, soit tout simplement par son inertie thermique. La température du sous-sol étant constante à partir d’une certaine profondeur, quelques mètres, on peut réchauffer l’air des maisons pendant l’hiver, ou le refroidir pendant l’été, en le faisant parcourir des canalisations enterrées avant de le diffuser dans les immeubles. On peut aussi y installer des « pompes à chaleur ». Ces ressources ne doivent pas être gaspillées. Les zones riches en matériaux de construction, à proximité des zones fortement consommatrices de matériaux de construction, doivent à l’évidence être protégées d’une urbanisation qui en interdirait l’accès. A défaut, ce sont des gisements qui sont stérilisés, et on devra importer des matériaux d’autres régions, parfois très éloignées. Bien sûr, l’ouverture d’une carrière ne peut être faite sans précaution, mais il n’est pas « durable » de renvoyer le problème toujours pus loin, chez les autres, et de provoquer ainsi d’importants besoins de transports. On peut en dire autant de l’eau souterraine, à protéger tant pour maintenir sa qualité que pour maîtriser les prélèvements.

 

 

Le sous-sol est en soi une ressource. Il offre un espace, ou plutôt un volume, disponible au dessous des maisons, des places et des rues. On y a depuis longtemps installé des tuyaux d’alimentation en eau, des égouts, des réseaux électriques, des lignes téléphoniques, des tunnels, des parcs de stationnement et bien d’autres choses encore comme le métro. On commence à y mettre des tuyaux pour aspirer les déchets. Il finit par être encombré, et c’est toute une affaire quand on veut installer un nouvel équipement, en surface comme en sous-sol, car ces réseaux doivent rester accessibles en cas de problème. C’est un usage un peu désordonné qui est souvent fait du sous-sol, considéré à tort comme un no man’s land, comme un espace corvéable à merci. Prenez la place de l’Opéra, à Paris. Métro et réseaux divers y ont été installés au fil du temps, sans plan d’ensemble, et les spécialistes estiment qu’une bonne programmation aurait permis de diviser par trois le prix des travaux.

 

 

Ce n’est pas qu’une question d’argent. Ce volume stratégique qui est sous nos pieds ne doit pas être gâché par une utilisation hâtive et sans réflexion sur l’avenir. Adaptabilité et réversibilité, deux vertus cardinales du développement durable s’appliquent là comme ailleurs. Parmi les grands enjeux des centres urbains, se trouve la livraison des marchandises en ville. On a vu dans ce blog que d’ores et déjà Chronopost utilisait un mode doux de diffusion de ses colis à partir d’un terminal alimenté par de gros camions, au centre de Paris[2]. A Monaco, on a créé un dispositif de livraisons de marchandises à partir d’un centre souterrain de logistique. C’était la seule solution sur un territoire très restreint, entre la montagne et la mer. Résultat  : division par deux de la consommation  d’énergie par rapport à la livraison directe sans ce stockage intermédiaire. Voilà donc une piste intéressante, pour le transport de marchandises en ville. Il faut pour la développer des équipements, des lieux adaptés pour recevoir les camions, entreposer les colis, et les acheminer vers leur destination finale grâce à des engins non polluants et silencieux. Dans des centres déjà très denses, ce n’est pas facile de trouver les espaces nécessaires, et le recours au souterrain sera parfois la solution. Encore une fonction nouvelle pour le sous sol !

 

 

Libérer des espaces en surface, ou permettre l’implantation de fonctions nouvelles dans les centres, le sous-sol a un bel avenir devant lui. Sans parler de fonctions nouvelles liées à l’énergie par exemple, comme le stockage de chaleur entre les saisons. Jadis, on stockait la neige dans des grottes pour avoir du froid pendant l’été, et demain on stockera peut-être la chaleur de l’été dans le sous-sol pour en bénéficier l’hiver.

 

 

Une condition est nécessaire pour que le souterrain joue pleinement son rôle : qu’il soit pris en considération dans les programmes de développement urbain, les documents d’urbanisme, et qu’il soit à ce titre soumis aux enquêtes et au débat. Le sous-sol, et l’occupation du sol ne sauraient être traités indépendamment l’un de l’autre. Le développement durable des villes, c’est aussi de la « bonne gouvernance ».

 

 



[1] Association française des tunnels et des espaces souterrains, www.aftes.asso

 

[2] Chronique « Camion », du 21 mars 2006

 

Publié dans developpement-durable

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