Toit

Publié le par Bidou

Avec le toit, nous entrons de plain pied dans le domaine du double dividende. Un double dividende qui tombe du ciel, mais qu’il faut se donner la peine d’aller chercher, et de concrétiser. Un toit, ça vous protège de la pluie, et ça vous permet de la recueillir, et de la conserver. Deux vertus à conjuguer, à toutes les échelles.

 

 

Si on pense à la planète, c’est le toit du monde qui est le thème de cette chronique, et avec lui la neige des sommets. 40% de la population du monde vit sous l’influence de l’Himalaya, qu’il s’agisse de régime des eaux ou d’eau potable. Que ce soit en Asie, en Afrique avec le Kilimandjaro, ou en Europe avec les Alpes et les Pyrénées, on assiste aujourd’hui à un retrait progressif des glaciers. Dommage pour les paysages, et les alpinistes, mais aussi pour le régime des eaux, un peu plus bas dans les bassins alimentés par les fleuves issus de ces glaciers. La fonte des neiges est plus rapide, et la réserve accumulée en hiver dans les hauteurs s’écoule plus vite, avec des risques d’inondation au début, et des risques de sécheresse ensuite, quand la réserve s’est déversée.

 

 

Revenons à une échelle humaine, et c’est la maison que le toit évoque. Une maison, à la fois cocon, gîte, milieu protecteur, et aussi source de dépenses, de consommations de toutes sortes et d’un flux de matières entrantes et sortantes, comme les produits d’alimentation et tout ce que nous mettons dans les poubelles. Un beau sujet pour le développement durable, avec des enjeux personnels, de qualité de vie, et des enjeux planétaires, comme l’effet de serre alimenté par les combustions que chacun provoque dans sa maison, pour faire la cuisine, de l’eau chaude, et pour se chauffer. La démarche de haute qualité environnementale tente de traiter l’ensemble de ces questions, mais nous savons bien que ce sera une recherche de longue haleine, si l’on veut que toutes les maisons actuelles et futures offrent un cadre de vie sûr et confortable en ne consommant qu’un minimum de ressources, voire en en produisant, puisque l’on travaille aujourd’hui sur le concept de maisons « à énergie positive »[1].

 

 

Pour parvenir à cet idéal, il faut commencer par ne pas gaspiller, c'est-à-dire bien isoler, tout en prenant garde à ne pas s’emmurer dans un univers aux fenêtres minuscules, et à maintenir un air de bonne qualité dans la maison. Le toit permet de savoir très vite si une maison est bien isolée. On le voit l’hiver, sous la neige, avec celles, bien isolées, qui gardent la neige, et celles qui la font fondre, du fait des calories qui s’échappent des parties habitées. Depuis quelques années, certaines villes font appel à une technique dite « thermographie aérienne », qui reprend cette observation avec des moyens sophistiqués.  Sans attendre la neige, peu fréquente dans le midi, comme à Marseille par exemple où cette technique est utilisée, faisons des photos aériennes infrarouges. Chaque toit annonce la couleur : la chaleur qui s’échappe est repérée avec son importance, et la maison est inventoriée dans une grille témoignant de sa qualité thermique. Des cartes fortement colorées traduisent cette information, et permettent aux propriétaires des immeubles de prendre conscience du gaspillage d’énergie, et des gains potentiels qu’ils peuvent espérer. Un diagnostic rapide et à grande échelle, à compléter par des diagnostics plus fins et des prescriptions de travaux. Un outil de communication d’autant plus performant qu’il apporte une information directement utilisable par tout un chacun. Des aides des collectivités complètent ce dispositif, car il y a bien sûr des investissements à faire, sur la base de ce diagnostic, pour améliorer à la fois son confort, sa santé financière et celle de la planète.

 

 

Le toit, c’est enfin une valeur sociale. Les uns pensent obtenir la « paix sociale » en rendant tout le monde propriétaire. Pour d’autres, c’est un toit pour tous, le droit au logement ! Oui, mais le toit n’existe pas dans la nature, comme l’air que nous respirons. Il faut le construire. Il est le fruit d’un processus, où des moyens humains et techniques sont mis en œuvre. C’est l’aboutissement d’une politique, c’est un objectif de gouvernement. On peut en dire autant de l’emploi, de l’éducation, de la santé. Ce n’est pas du tout la même chose qu’un droit au respect de son intégrité ou à l’air pur, un droit concernant une liberté, une attitude, des droits qui sont inséparables de devoirs. Des droits de natures différentes, traduits par le même mot, ce qui entraîne parfois des incompréhensions, des malentendus, mais qui trouvent leur place, avec les devoirs[2], dans le « contrat social » qui doit rassembler les membres de toute communauté durable, avec la « bonne gouvernance » comme liant.

 



[1] Merci à Mathieu Feigelson de m’avoir signalé son projet de maison réalisée à partir d’une serre horticole, dont vous trouverez la description sur  http://www.travaux.com/dossier/plans-de-maison/index.php?type=3&article=10092

 

[2] Voir notamment à ce sujet les chroniques « Devoir » et « Négociation », des 1er et 18 septembre 2006

 

 

Publié dans developpement-durable

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Serge de Moree 21/10/2006 17:19

Maison, pan de prairie, ô lumière du soir / Soudain vous acquérez presque une force humaine / Vous êtes près de nous, embrassants, embrassés / ...Rilke