Progrès

Publié le par Bidou

Pas de développement durable sans progrès. C’est une évidence : faire vivre au milieu de ce siècle neuf milliards d’humains, dignement et sans faire exploser la planète, ne se fera pas sans améliorer fortement notre efficacité d’ensemble. Il faut faire beaucoup mieux avec les ressources dont nous disposons, le mot « ressources » étant une des clés : nous devons en tirer le maximum de service, permettre à tous un accès équitable à ces ressources, et favoriser leur renouvellement. Mieux vivre en consommant moins de ressources naturelles ne peut s’envisager sans un réel progrès.

 

 

Nous avons besoin du progrès, mais pas n’importe quel progrès. Impossible d’appeler « progrès » une technique qui accroît les prélèvements de ressources pour un service dont seuls quelques uns profiteront. Le Concorde, orgueil national et fierté de nos ingénieurs, est dans cette optique un anti-progrès, car les performances doivent être mesurées à l’aune des facteurs sensibles, susceptibles de provoquer des crises. Pour le trafic aérien, ces facteurs sont bien connus : le bruit, les consommations d’énergie, et l’encombrement de l’espace aérien. Le progrès, ce donc des avions peu bruyants, économes en énergie, et aussi gros que possible pour réduire le nombre de mouvements d’avions sans compromettre la croissance du nombre de passagers. Concorde, sur tous ces points, est à l’opposé de ce qu’il faut faire. Le nouvel Airbus gros porteur, moins gourmand et moins bruyant, semble plus moderne !

 

 

De même, pendant longtemps la publicité pour les voitures tournait autour de la vitesse. L ’investissement constant des grands constructeurs dans les courses automobiles participe à ce message. Malgré quelques dérives sur la puissance, la publicité met en avant aujourd’hui le confort et à la sécurité, qui sont assurément de bien meilleurs arguments de vente, répondant à un véritable souci, mais sans rapport avec les besoins réels en termes de mobilité. C’est ainsi que la taille et surtout le poids des voitures augmente régulièrement, avec comme conséquence une consommation accrue de carburant. Comment sortir de cette contradiction ? Pas sans revenir à l’usage de la voiture, et à chercher comment adapter en continu le véhicule au besoin précis auquel il doit répondre. Si un gros véhicule est nécessaire pour partir en vacances en famille, si un 4x4 est bien utile pour rouler dans des chemins peu fréquentés, faut-il dimensionner son véhicule de tous  les jours sur ces besoins exceptionnels ? L’usage de la voiture est-il synonyme de propriété ? Celle-ci fige les choses, et rend illusoire toute recherche de solution souple adaptée à chaque besoin. Le progrès le plus urgent réside-t-il dans la technique du véhicule, ou dans les modalités de son usage ? Une location facile, de proximité, sans risque de manquer ni « file d’attente », n’est-elle pas une piste à privilégier ? Ce sont alors des problèmes de gestion, d’assurance, de taxes (pourrait-on étudier une TVA réduite pour les locations de voiture ?), de lieux de stationnement pour des véhicules banalisés, qu’il faut résoudre.

 

 

Le progrès n’est pas que technologique. L’exemple des bus parisiens est tout à fait éloquent à cet égard. En accroissant leur vitesse commerciale de 12 à 15 km/heure, on a divisé par deux leur pollution. Le bus propre, c’est avant tout le bus en site propre ! Pour la voiture individuelle, on peut réduire de 40% la consommation en adoptant un mode de conduite « souple ».

 

 

La propriété freine aussi l’adaptation du parc aux contraintes économiques ou écologiques, et l’accès aux bénéfices du progrès technique. Les chocs pétroliers ne modifient guère les comportements immédiats des automobilistes. La plupart d’entre eux sont les otages d’un contexte lié par exemple à l’implantation de leur domicile sur des terrains pas cher mais loin de tout et mal desservis. En revanche, on constate les effets de l’augmentation des prix du pétrole au moment du renouvellement des véhicules. Les chocs pétroliers des années 1970 avaient été très démonstratifs à cet égard. Mais on ne change pas de voiture tous les jours, et la structure du parc ne peut s’adapter rapidement à une nouvelle donne. La voiture de location roule beaucoup plus en moyenne, et provoque de ce simple fait un renouvellement accéléré du parc. Diviser par trois la durée de vie d’un véhicule, passer de 10 ans à 3 ans par exemple pour un même nombre de kilomètres parcourus,  c’est favoriser l’adaptation en  continu du parc automobile aux besoins et aux modes de vie, et c’est bénéficier plus rapidement des progrès dans la performances des véhicules : telle innovation, sur le rendement des moteurs, une technique de freinage plus sure, la réduction de la pollution de proximité (filtres, conditions de combustion, etc.) met de nombreuses années pour irriguer l’essentiel d’un parc qui se renouvelle lentement, et profiterait à tous trois fois plus vite avec un renouvellement accéléré.

 

 

Le mauvais positionnement du « progrès » est une source de contre-performances. La vitesse que les voitures aujourd'hui sur le marché peuvent atteindre est bien supérieure à la vitesse maximale autorisée, mis à part l’exception des autoroutes allemandes. Pour parvenir à ces vitesses, et pour y assurer la sécurité,  les voitures sont équipés de moteurs plus lourds, et de nombreux équipements dimensionnés en conséquence. Pour offrir des niveaux de « performances » interdits, on compromet ainsi l’économie générale du véhicule, en consommant plus de matières pour le fabriquer, et en l’alourdissant considérablement, ce qui entraîne inéluctablement une consommation de carburant (et production correspondante de rejets polluants)  totalement superflue.

 

 

Le progrès sur les véhicules, le « hard », a toujours de l’avenir, mais n’oublions pas de hiérarchiser les choses : des gains substantiels peuvent être obtenus sur le « soft » et avec les techniques déjà connues et éprouvées, et dans des  délais bien plus rapides. Le développement durable, c’est avant tout de l’intelligence !

 

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Stella Kyvelou 03/10/2006 11:22

Bravo ! "..Le développement durable, c’est avant tout de l’intelligence !" Le rôle des NTIC au développement durable ( et pour parler de mon champs de travail, à l'organisation spatial et au management territorial "durables"..) est là très pertinent ! Je vous propose de développer le sujet dans un prochain article. Merci d'avance !