Tolérance

Publié le par Bidou

A première vue, ce mot est agréable. Mettons tout de suite de côté les maisons de tolérance, et on arrive dans un univers de compréhension mutuelle. Ca doit être bien pour la gouvernance. A y regarder de plus près, il convient d’être plus réservé.

 

 

Faire preuve de tolérance, c’est accepter que l’autre soit différent, qu’il n’ait pas les mêmes mœurs, les mêmes dieux. On en fait souvent une vertu. Mais n’est-ce pas un peu court ? C’est bien la moindre des choses de ne pas voir le monde qu’à travers son propre prisme, son propre système de valeur. Si tolérer signifie supporter, accepter parce qu’il le faut, parce que c’est politiquement correct, on n’est pas vraiment vertueux, du moins pour le développement durable. C’est comme le mot « concilier », bien souvent entendu à propos de l’environnement et de l’économie. Concilier n’est pas un mot positif, c’est un mot minimum. Il suppose qu’au fond, les intérêts des parties sont divergents, et que l’on va trouver un arrangement. C’est bien, c’est un minimum, mais ce n’est pas avec un arrangement que l’on va enthousiasmer les foules, et les mobiliser pour explorer ensemble d’autres futurs, des futurs où chacun vivra mieux sans pour autant accentuer sa pression sur les ressources et la planète. Il faut bien sûr aller au-delà, et ne pas se contenter de cette attitude défensive de conciliation ou de tolérance, pour entrer dans une dynamique où chaque personnalité a son intérêt, où chaque particularité enrichit la collectivité. Un peu de générosité, et de curiosité, que diable ! La cohabitation doit être féconde ! L’efficacité économique doit entraîner des progrès environnementaux, qui, à leur tour, renforceront l’économie. On est alors sur la voie du développement durable, qui se joue à trois dimensions, vous le savez, à conjuguer et surtout pas à prendre séparément, les unes après les autres, en veillant tout juste à ce que la première ne fasse pas de tord aux autres, et ainsi de suite. Il ne suffit pas que « intolérance » ne rime pas avec « développement durable », pour que tolérance le fasse. Encore un effort.

 

 

La tolérance retrouve des couleurs quand on la décline dans d’autres univers. La tolérance, c’est la marge d’erreur. Bienheureuse marge qui desserre le carcan, qui ouvre finalement le droit de se tromper. L’extrême précision n’est nécessaire que pour certains objets, et un peu de souplesse ne fait pas de mal. La tolérance, c’est aussi accepter la faiblesse, la mauvaise évaluation, et on sait bien que le progrès, l’innovation, suppose bien des échecs. Le risque est inscrit dans le développement durable, et c’est pourquoi on a inventé le « principe de précaution », pour définir le risque intolérable, et adopter la ligne de conduite à tenir dans ces circonstances. (Voir les mots précaution et risque, dans ce blog, publiés les  28 février et 26 juin)

 

 

La marge d’erreur devient parfois marge de manœuvre, ou d’appréciation d’un évènement, ou d’un comportement. Quel plaisir de disposer ainsi d’une véritable liberté, qui permet d’adapter une décision aux circonstances, de ne pas être tenu à une règle trop stricte. La tolérance, c’est une confiance accordée aux acteurs de terrain, qui, au coup par coup, décident de la manière d’appliquer une règle volontairement souple. L’intelligence et la créativité sont en éveil quand elles bénéficient de cette tolérance, et la règle elle-même s’enrichit de ces pratiques libres. 

 

 

Un écueil toutefois, si la tolérance se mue en pouvoir arbitraire. L’application libre de la règle ne doit pas se traduire par la disparition de la règle, ou par une mise en œuvre fantaisiste, sans repères. Prenons un cas trivial : les nombreuses tolérances ouvertes par le code de la route. Une tolérance n’est pas un droit, et laisse l’usager dans le doute. Parfois, l’évolution est limpide et transparente, et chacun y voit une évolution des exigences communément admises. C’est le cas pour les excès de vitesse. On tolérait quelques kilomètres heure de plus que le maximum autorisé, mais la tolérance a fortement baissé, et on sait aujourd'hui qu’il ne faut pas aller beaucoup plus vite pour se faire sanctionner. C’est beaucoup plus aléatoire pour le stationnement. La « tolérance » varie d’une ville à l’autre, et d’un quartier à l’autre. Et ne cherchez pas de lignes de conduite logiques, du type plus de tolérance pour un comportement n’entraînant ni danger ni gêne, c’est le royaume de l’arbitraire, le fait du prince.

 

 

Il était judicieux de se méfier de la tolérance. C’est souvent une fausse amie, et ses qualités sont bien surfaites. Tout juste une position de repli, même si elle est déguisée en poste avancé. Nécessaire mais loin d’être suffisante, pour créer les conditions du développement durable. Son meilleur aspect est sans doute, en définitive, d’ouvrir le droit à l’erreur, et peut-être aussi un peu à la paresse.

 

Publié dans developpement-durable

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