Gaz

Publié le par Bidou

 

 

Un drôle de mot. Parfois, il est optimiste, « ça gaze ! » ; parfois, mêlé il est vrai à un autre élément, il évoque des problèmes : il y a de l’eau dans le gaz. Un mot intéressant, par conséquent, qui tire son sens véritable du contexte où il se trouve, ce qui nous introduit bien dans l’univers du développement durable, où le relatif l’emporte sur l’absolu, où les circonstances peuvent entraîner des applications différentes des mêmes principes, pour se référer à Sun Tzu[1], encore une fois.

Le gaz occupe tout l’espace qui lui est offert, il est plus léger ou plus lourd que l’air, c’est l’air lui-même qui nous vivifie, ou il est chargé de pollutions, ou bien il attaque la couche d’ozone, réchauffe le climat et perturbe les grands équilibres sur la planète. On pourrait disserter longuement sur le gaz et ses innombrables formes et compositions, dans une évocation du développement durable. Limitons-nous pour cette chronique au gaz classique, celui qui nous fournit de l’énergie.

 C’est parfois du « bio gaz », issu de fermentation de déchets ou de boues de stations d’épuration. La photo ci-contre vous montre une splendide usine à gaz dans la région de Fribourg, en Allemagne, une des Mecques du développement durable.

 

 

 

 

         

 

 

 

 

L’exploitation agricole est aussi un fournisseur d’énergie, une double activité rentable pour le paysan et pour la collectivité. Lait et gaz, une combinaison gagnante. En France aussi le bio gaz a ses adeptes : nous en avons parlé le 17 mars dernier sur ce blog, dans une chronique inspirée du mot « boucle ». Il s’agissait des autobus de la région lilloise, qui roulent au bio gaz, pour un sixième d’entre eux.

L’actualité aujourd’hui met le gaz en vedette. C’est plus précisément l’entreprise Gaz de France qui est au cœur du débat, et de son statut. Quelle part de l’Etat, de la puissance publique, dans le capital de la société ? La question divise l’Assemblée Nationale, et provoque des échanges houleux. Il se trouve qu’elle est posée dans une période de forte hausse du prix du gaz, ce qui inquiète à juste titre des consommateurs qui craignent de ne plus pouvoir se chauffer demain. Mais la question est-elle bien posée ? Le prix est-il lié au statut de l’entreprise, ou bien à la disponibilité de la ressource dans le monde ?

Si un statut public avait pour conséquence de faire jaillir de nouveaux gisements, ça se saurait. Nous savons tous que le prix du gaz est sur une pente qui, avec sans doute des aleas, ne peut que monter. Réduire artificiellement le prix pour le consommateur ne serait pas un service à lui rendre, non plus qu’à la planète. Certes , les problèmes sociaux doivent être pris en considération, mais il ne suffit pas de colmater des brèches. C’est la lutte contre la pauvreté, c’est la qualité du parc immobilier, qui sont les vraies réponses à long terme, avec des dispositifs sociaux dont il faut espérer qu’ils ne seront nécessaires que dans un tout petit nombre de cas.

La vraie question, qui devrait être au cœur des débats, c’est la mission d’une entreprise comme Gaz de France. Il ne faut pas que la question du statut ne vienne occulter celle de la mission des entreprises qui nous fournissent l’énergie, produit à la fois nécessaire à la vie et aux activités, et source de pollutions à gros impacts, locaux et planétaires. L’énergie abondante et pas chère, c’est fini ou en voie de se terminer. C’est la donnée de base. Nous avons encore, à la surface de la planète, de grandes réserves, notamment de charbon, mais les pays comme la Chine et l’Inde vont en prélever une bonne part pour poursuivre leur développement, et c’est bien normal. La concurrence pour l’accès à la ressource va s’exacerber. Et puis ce n’est pas que la ressource qui pose problème, c’est aussi le rejet qui résulte de la production ou de l’usage de l’énergie, gaz carbonique, déchet nucléaire, altération du régime des eaux ou du paysage. L’objectif est donc de vivre aussi bien et même mieux avec moins d’énergie. Quatre fois moins d’ici 2050.  Les entreprises de ce secteur doivent être des auxiliaires de cette politique, dans un cadre défini par les pouvoirs publics.

Les fournisseurs d’énergie doivent en vendre le moins possible, et bien vivre de cette performance paradoxale. Pour y parvenir, ce n’est plus de l’énergie qui doit être vendue, mais du confort et de l’efficacité technologique. Ce dont nous avons besoin n’est pas l’énergie en elle-même, mais un éclairage de qualité, une bonne température dans nos logements et nos lieux de travail, hiver comme été, des usines performantes. C’est le service rendu par l’énergie, et le marchand de gaz, comme celui d’électricité, de charbon ou ce capteurs solaires doit viser avant tout à l’efficacité, et doit être rémunéré à cette aune.

On imagine bien que, pour une entreprise, l’objectif de vendre le moins possible son produit de référence est une révolution. Toute son organisation, ses alliances, sa stratégie, en sont affectées profondément. C’est un nouvel équilibre qu’il faut trouver, dans un contexte qui bouge vite, et une société qui bouge peut-être un peu moins vite et qui, elle aussi, doit s’adapter à une nouvelle donne. Les obligations faites depuis cette année aux grandes entreprises vendeuses d’énergie de provoquer des économies d’énergies et d’en faire la preuve, grâce à des « certificats blancs », constitue une première étape dans ce sens, et il faut à l’évidence que ces entreprises se donnent une nouvelle culture, et de nouvelles stratégies. Le meilleur statut est assurément  celui qui favorise le mieux cette évolution. Meilleur pour l’entreprise, qui y trouvera les conditions de son développement, durable bien entendu ; meilleur pour les consommateurs, qui verront le poids de la facture énergétique rester modéré malgré une envolée des prix à la production ; meilleur pour la planète dont les ressources seront économisées et dont les grands équilibres seront préservés. On aurait  aimé que le débat sur le statut de Gaz de France porte prioritairement sur ces enjeux.

 

 

 

 

 

 



[1] Sun Tzu, L‘art de la guerre, article VIII

 

 

Publié dans developpement-durable

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Serge de Moree 10/10/2006 17:21

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