Sable

Publié le par Bidou

Construire sur du sable n'est pas durable, chacun le sait. Mais le sable peut nous aider, si on l'utilise bien. La silice est le matériaux le plus abondant sur la planète après l'oxygène : elle constitue 30% de la croûte terrestre. Il y a de quoi faire, et ça fait du bien, au moment où on entend parler de pénuries de tous les côtés, notamment en énergie.

 

 

 La silice, c'est la matière première du silicium, avec lequel on fabrique les cellules photovoltaïques qui permettent de capter l'énergie solaire, laquelle est encore là et en abondance pour quelques milliards d'années. Seulement on ne produit pas directement de l'électricité avec du sable. Il faut le transformer, selon un process industriel sophistiqué, dans des usines qui coûtent très cher à construire. Alors au début, on a été prudent. On n'a pas fabriqué du silicium destiné spécialement aux capteurs, mais on a profité de la bulle informatique. L'industrie photovoltaïque s'est contentée de récupérer les rebuts de produits fabriqués pour l'électronique. Cette position a bien fonctionné au départ, mais aujourd'hui, rien ne va plus. Le matériau si abondant devient rare. Les capacités industrielles de fabrication de silicium sont fortement dépassées par une demande en hausse, et la demande de silicium pour des cellules photovoltaïques ne peut plus être à la remorque de l'informatique. Il faut dire que la production de cellules photovoltaïques a été multipliée par 10 depuis l'an 2000. Le silicium est devenu un « facteur limitant », et la demande est estimée par les professionnels à 30 à 50 fois ce que l'on peut produire aujourd'hui. Et les prix ont grimpé en flèche, passant en cinq ans de 15 € pour un kilo de silicium à 200€ aujourd'hui. Le développement du  photovoltaïque ne serait-il donc pas durable ? Comment faire si la matière première vient à manquer, ou n'est disponible qu'à un prix prohibitif ? La réponse est dans la nécessité de sortir de la dépendance de la production pour l'électronique. La pureté et la qualité requise pour ce secteur sont supérieures à celles nécessaires pour les capteurs, et les prix sont en conséquence. Il faut des filières spécifiques, moins exigeantes et plus économiques. Les hésitations sur le marché des cellules et son avenir ont retardé les investissements, ce qui crée des tensions au moment où une politique volontariste sur les énergies renouvelables se met en place, avec des garanties intéressantes sur le prix de rachat de l'électricité ainsi produite. Dommage. Un projet d'usine est  envisagé à Saint-Auban (Alpes de Haute-Provence), qui serait exclusivement dédié à la production du silicium pour l'énergie  photovoltaïque. C'est un investissement de 250 Millions d'euros, dans la vallée de la Durance, qui se verrait bien ainsi devenir « la vallée du silicium ». Mais attendons que le projet se confirme, et 2008 pour que la production vienne réduire la pénurie[1]. 

 

 

Ce phénomène, de dépendance d'une technique proche, n'est pas réservé au silicium. La production d'énergie par l'agriculture est aussi marquée par une  sélection des variétés végétales orientées vers d'autres productions. Le Colza, la betterave, le blé, ne sont pas à proprement parler des plantes énergétiques, même si elles contiennent de l'énergie. Les manières de cultiver n'ont pas été pensées en fonction d'un rendement énergétique.   Les rendements actuels (énergie disponible /énergie incorporée) des carburants issus de ces plantes sont encore modestes. Nul doute que la recherche agronomique tant sur le « matériel génétique » que sur les modes de production, permettra d'améliorer ces rendements, mais la diversification et l'adaptation des filières s'impose, là aussi. Il faut faire mentir ceux qui prétendent que l'agriculture est une activité où l'on transforme des produits industriels en matières premières.

 

 

Jusqu'à présent, le meilleur capteur végétal d'énergie était le bois, qui accumule le carbone sous une forme aisément accessible le moment venu. La production d'un marais, calculée en matières sèche, n'est pas mauvaise non plus, bien meilleurs qu'un champ de blé dans la Beauce. La difficulté est dans la récupération, le conditionnement et le stockage de cette énergie. On aura du mal à faire tourner une voiture avec du bois brut. Mais on voit apparaître des procédés industriels d'un genre nouveau, qui, par fermentation, combustion sous diverses formes, etc. transforment la biomasse en énergie avec des rendements intéressants, notamment sous forme de gaz (transformable en électricité), et de chaleur. Plus de problème alors pour faire tourner un moteur et embarquer de l'énergie végétale.

 

 

Ouvrir le champ du possible, de manière à de pas être piégé par un « facteur limitant », la règle est générale. Elle s'applique différemment selon les cas, et il faudra souvent se développer à l'ombre d'une autre filière ou activité, dans l'attente de circonstances favorables.  Cette position de récupérateur de rebut ou de deuxième choix est très satisfaisante, car elle améliore l'efficacité et le rendement « matières » de l'activité ainsi exploitée, et réduit les risques d'un investissement hasardeux ou prématuré.  Mais cette position « seconde » ne doit pas devenir un frein le jour où un changement d'échelle est possible, et les filières « filles » doivent ainsi prendre leur indépendance.

 

 

Notons qu'il ne s'agit pas de l'exploitation de rejets ou de déchets, qui s'impose dans tous les cas, comme nous l'avons vu sur ce blog, par exemple avec la fermentation des crottes de chien à San Francisco, sous-produit de la propreté et de la collecte des ordures ménagères, et l'exploitation des  noyaux d'olive,  à Madrid, en sous-produit de la fabrication d'huile (2 mars 2006).



[1]Pour plus d'informations, on pourra se reporter au numéro hors série de la revue « Systèmes solaires » consacré à la recherche solaire (juillet 2006), et aux dépêches du Moniteur-expert des 4 et 5 septembre 2006,  concernant le projet d'usine à Saint-Auban.

 

Publié dans developpement-durable

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