Devoir

Publié le par Bidou

Quittons résolument l’école, où ce mot nous ramènerait volontiers, et entrons dans un domaine plus général et citoyen, où « devoir »  est le complément naturel de « droit ». En société, nous avons des droits et des devoirs, indissociables les uns des autres. Il n’est pas possible d’affirmer des droits sans créer simultanément des devoirs. Le débat récent sur la Chartre de l’environnement inscrite dans la constitution en est une parfaite illustration, le droit à un « environnement sain » entraîne des devoirs, chacun doit respecter cet environnement, et la collectivité doit organiser la mise en œuvre de ces droits et devoirs. L’un sans l’autre n’a aucun sens, et les opposer, comme on le fait souvent, ne peut offrir de réponse pratique.

 

 

Le concept de devoir est souvent associé à la morale. Il faut remplir ses devoirs envers les autres, la société, soi-même. La question est de savoir qui définit ses fameux devoirs, ce qu’ils représentent, et les valeurs auxquelles ils font référence. Il s’agit d’une obligation que la société vous donne, en fonction d’une vision et d’impératifs, comme le « devoir de réserve » des fonctionnaires,  mais on voit que le concept n’est pas simple quand on parle de « devoir d’ingérence ». Le « devoir » n’est souvent qu’un argument pour justifier des comportements ou des orientations qu’un pouvoir (politique, culturel, économique, religieux, etc.) impose à des individus ou des groupes. En fait, il ne se justifie que par le rapprochement avec les droits, le droit au silence impose un devoir de maîtrise des bruits que l’on provoque, le droit à la sécurité justifie un devoir de respect de l’intégrité d’autrui et de ses biens. Droits et devoirs sont donc l’expression d’une négociation sociale, mise à jour continuellement. La bonne gouvernance consiste notamment à gérer cette adaptation permanente de ce couple avec les réalités du moment, techniques et culturelles. La religion a été pendant longtemps le support de cet effort d’adaptation, avec une référence permanente au divin comme autorité régulatrice. La « négociation collective » a lieu aujourd’hui dans des instances laïques, parlements et assemblées diverses, et débouche sur un « contrat social » comportant des droits et des devoirs pour chacun.

 

 

La mise en œuvre de cette régulation est exigeante. Chaque partie tente de conserver ou d’étendre ses droits sans prendre de devoirs en charge, et les retards pris dans l’adaptation du système de régulation le met en péril. Les règles obsolètes deviennent vite des freins au progrès, à l’innovation, à l’exploration de voies nouvelles, indispensables pour élargir le champ du possible et assurer ainsi une chance supplémentaire de durabilité à notre développement. Des forces ne manqueront pas de demander une dérégulation, soit un desserrement du système de droits et de devoirs. Sacralisé, ce système devient rigide, peu évolutif, et il se crée un décalage entre lui et le monde réel. Pour lutter contre la dérégulation, le mieux est encore de participer activement à l’ajustement permanent du système. Une régulation intangible n’est pas durable. Les mêmes principes demande une application différente selon les circonstances, nous dit Sun Tzu depuis 2500 ans.

 

 

Le mot « Devoir » nous rappelle aussi nos classiques, Corneille et le fameux combat des Horace et des Curiace. Habile tactique militaire, que celle du jeune Horace, mais ne la transposons pas trop rapidement en termes de développement durable.  Elle s’appuie sur une vision séquentielle des problèmes, pris les uns après les autres. Les trois dimensions du développement durable ne sont pas à prendre les unes après les autres. Le but n’est pas ici, comme dans la Rome antique, de détruire l’adversaire, mais de prendre en charge des aspects complémentaires de la vie. Les considérer indépendamment les uns des autres éloigne de la recherche d’un système permettant de traiter l’ensemble des questions : comment la prise en compte de l’environnement permet-elle de progresser en termes économiques et sociaux, comment faire de l’environnement un moteur de progrès global, toutes dimensions réunies ? En fait,les choses de la vie recèle toutes des dimensions sociales, économiques et environnementales, et notre devoir est avant tout de les faire progresser ensemble, et non pas l’une au détriment des autres.

 

 

 

Publié dans developpement-durable

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Stella Kyvelou 25/09/2006 16:08

..ou plûtot "aeiforia kai ktimatagora" ce qui sera certainement un sujet très avant-garde pour la situation du "real-estate" et des acteurs concernés en grèce, par rapport aux paramètres de la durabilité...merci par ailleurs à Dominique Bidou qui nous inspire et nous donne la mèche de cet échange fructueux !

Stella Kyvelou 25/09/2006 15:08

merci a Emmanuel CRIVAT d'avoir apporté un eclairage important, lors de l'approche scientifique en cours de la SB07MED qui se tiendra à Athenes en Novembre 2007, initiée par l'Association Greco-Francaise et Internationale SD-MED...immodurabilité, real-estate sustainability..aeiforia ton akiniton ( en grec)sera sûrement parmi le thèmes centraux de cet événement !

Emmanuel CRIVAT 04/09/2006 00:50

Comme promis, voici le contenu de la newsletter que j’envoie aux abonnés d’ImmoDurabilité :
Dominique Bidou blogue sur le Développement Durable
 

Le président d'honneur de l'Association HQE (Haute Qualité Environnementale) auteur de «Tous gagnants, la dynamique du développement durable» (Ibis Press, 2004), le premier à avoir soutenu la conférence de «l'ImmoDurabilité» à l'Ecole Spéciale des Travaux Publics, du Bâtiment et de l'Industrie (voir articles dans nos archives), Dominique Bidou ouvre une grande parenthèse sémantique dans l'éphémère espace des blogs, entre développement et durable.
C'est une invitation au dialogue, avec la formule simple de décryptage des mots-clé de la durabilité: comme le TEMPS, et la quotidienneté: comme le VELO.
 

Il nous invite, avec talent, à nous mêler de «CES AFFAIRES» et à participer à l'enrichissement d'un dictionnaire raisonné du développement durable s'inscrivant à sa manière dans la démarche de l'ImmoDurabilité.
A propos de l'ImmoDurabilité :
 

Je me rappelle un jour d'hiver, dans le Quartier Latin, quand, lisant un article sur le sujet du développement durable au Canada, dans "Les Echos" ou dans les pages économiques du "Figaro" j'ai catapulté deux mots «immobilier» et «durabilité» et j'ai dessiné sur la nappe en papier du bistro, ce «barbarisme» et les quelques phrases qui les transforment en concept.
 

Quelque temps après, j'ai eu le plaisir d'entendre Dominique Bidou parler d'ImmoDurabilité avec beaucoup d'adresse lors de la conférence de l'ESTP.
 

Allez jeter un coup d'oeuil dans l'espace de dialogue ouvert par Dominique Bidou.
Emmanuel CRIVAT

Bidou 04/09/2006 13:40

merci, c'est très gentil, et je suis heureux des suites que vous et votre promo du master ESTP donnez à ce concept de DD appliqué à l'immobilier, avec ce nouveau terme d'immodurabilité.