Assurance

Publié le par Bidou

Nos sociétés sont facilement frileuses, et ne s'engagent guère sans s'entourer de garanties, ni prendre des assurances. On peut rapprocher ce besoin du principe de précaution, dont on a vu qu'il ne devait pas être un frein à l'action ni à la prise de risque, mais au contraire une règle à suivre pour gérer les risques inhérents à toutes formes d'innovation. Il n'y a pas de développement durable sans innovation, donc sans risque, mais ceux-ci doivent être pris collectivement et en connaissance de cause, ce qui implique des procédures1.

L'assurance a donc pris un rôle extraordinaire dans nos sociétés, et apparaît souvent comme une deuxième réglementation, qui s'impose aux acteurs s'ils veulent être « couverts ». Les assureurs n'aiment pas prendre de risques, et se trouvent ainsi en posture de censeurs. On leur reproche souvent, mais la responsabilité de cette situation est partagée. Il est facile de dire que l'assurance paiera, et le risque est grand de voir sa simple existence rendre les acteurs irresponsables. Pourquoi faire attention, puisque l'assurance est là ! L'assurance représente une forme de répartition du risque, mais la solidarité ne doit pas entraîner la baisse du sentiment de responsabilité. Les deux vont ensemble ! Opposer responsabilité et solidarité n'a pas de sens, et conduit à de nombreux excès.

Quant au rôle de l'assurance pour l'innovation, n'est-ce pas aussi à la collectivité de prendre le relais, plutôt que ces compagnies privées dont ce n'est pas le métier, ou des mutuelles dont ce n'est pas la vocation.

L'assurance n'apporte pas la sécurité en elle-même, mais prévoit des compensations financières. Le mieux est encore de s'entourer de précautions, au sens populaire du terme, et de faire attention. C'est ainsi que pour les accidents de la route, bien avant l'assurance, il y a l'amélioration des routes et des voitures, la formation des conducteurs et leur sensibilisation aux risques liés à l'alcool, à la fatigue, au téléphone mobile, au mauvais entretien de leur véhicule. Mais on constate vite que l'amélioration de la sécurité offerte par ces mesures a un effet pervers : le sentiment de sécurité donne des illusions au conducteur, qui accroît parallèlement sa prise de risque. C'est ce que l'on appelle le « risque constant ». Les routes sont meilleures, les voitures plus sûres, alors, je peux aller plus vite, et coller au train de la voiture qui me précède. Moralité, on a déplacé le problème, on ne l'a pas résolu. Il faut aller plus loin, et associer aux améliorations physiques une forte action sur les comportements fondés sur l'information et la sanction. Là encore, la technique et la culture, le comportement, se conjuguent, l'un ne va pas sans l'autre. A défaut, le problème se trouve déplacé avec un niveau de gravité accru, puisque l'accident, s'il a lieu, se produit à des vitesses supérieures.

Il faut veiller à ce que les solutions n'aggravent pas les problèmes. La mise au point de traitement d'un problème ne doit pas accréditer l'idée que le problème n'existe plus. L'apparition de traitement contre le SIDA ne doit pas entraîner une baisse de la prévention. La légalisation et le remboursement de l'IVG ne doit pas faire oublier la contraception. Le coût, social, humain et économique de cette dérive serait bien supérieur au maintien d'un haut niveau d'action pour réduire le risque.

Cette réflexion peut être déclinée dans de nombreux domaines. Prenons deux exemples. L'insuffisance de la protection de nappes phréatiques captées pour la consommation humaine, entraîne une dégradation de la ressource et le besoin d'un traitement coûteux qui aurait pu être évité dans bien des cas ; la construction en zones inondables protégées par des barrages ou des digues, qui devront être entretenus et gérés pour toujours, avec le risque de négligences, et de dégradation de ces protections. Chaque année, la presse se fait l'écho de ruptures de digues, et de l'inondation de maisons qui se croyaient protégées. L'existence de ces techniques de réparation et de protection est une bonne chose si on l'utilise pour réduire les risques existants, que l'on ne peut que constater et tenter de maîtriser. Elle devient un piège si elle offre une illusion de sécurité et entraîne une baisse de la vigilance et de la rigueur nécessaire pour lutter contre les risques naturels.

Élargissons encore le débat. Au delà de ces considérations sanitaires ou d'aménagement de l'espace, n'a-on pas aisément recours à la protection qu'offre la force pour préserver des déséquilibres inacceptables ? Force militaire , parfois, mais aussi économique, en construisant des digues virtuelles pour protéger les économies des pays industrialisés et leur haut niveau de consommation de ressources. On peut aussi évoquer les nombreux murs dressés pour empêcher une immigration incontrôlée ou le passe d'éléments indésirables, en substitution à la recherche active d'un équilibre de développement de chaque côté de ces barrages.

Le développement durable et la recherche d'assurances, de sécurité, vont de pair. Mais attention aux mauvaises interprétations : la protection ne doit pas faire oublier l'existence du risque.

1On pourra se reporter aux chroniques « précaution » et « risque » des 28 février et 26 juin 2006.

Publié dans developpement-durable

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