Bonheur

Publié le par Bidou

Ce n’est pas le départ en vacances qui inspire cette chronique, mais un article publié dans le dernier numéro de l’Express. On y présente le palmarès des pays du bonheur. Une tentative intéressante d’approcher le  « bonheur national brut » cher à Bertrand de Jouvenel. C’est un institut britannique, la New Economics Foundation , nef pour les intimes,  qui a mené l’enquête sur 178 pays. La France est mal classée, disons-le tout de suite : la 126ème place n’est pas reluisante. Mais le Royaume uni de fait pas beaucoup mieux : 108ème. Les Etats-Unis sont 150ème, et la Russie 172ème. L’Italie et l’Allemagne sont de bien meilleurs élèves : respectivement 66ème et 81ème.

C’est que l’indicateur construit par la nef pour procéder à ce classement combine des paramètres rarement assemblés : le PIB, la consommation de ressources, et la qualité de vie en y intégrant la longévité. Cet indicateur porte le merveilleux nom de Happy planet index, hélas compacté en un sigle « HPI » que ne renierait pas le monde de l'automobile. Les résultats ont été publiés le 12 juillet dernier. Ils confirment que l'argent ne fait pas le bonheur, même s'il y contribue puisque le PIB est dans le panel. Ils montrent que l’on peut atteindre des hauts niveaux de bien être sans consommation excessive de ressources. Une bonne nouvelle ! En croisant plusieurs familles d’indices, on se rapproche de la notion de performance, et les comparaisons internationales offrent un paysage nouveau : par exemple, les enquêtes de perception de leur qualité de vie en Allemagne et aux Etats-Unis donnent des résultats équivalents, et les espérances de vie à la naissance sont très proches. Mais l’empreinte écologique des américains est deux fois plus forte que celle des allemands. La nef en déduit que la performance allemande est deux fois supérieure à celles des Etats-Unis.

Tout ça nous ramène à la chronique publiée le 28 juin sur ce blog sur l’empreinte écologique, à partir du mot « hectare », mais aussi à celle du 25 mars sur les indicateurs,  sous le titre « quinze pour cent ». On peut toujours consommer moins, mais à quel prix en termes de qualité de vie. On est dans le champ du relatif, et les chiffres absolus ne veulent pas dire grand-chose.

On peut toujours critiquer, contester la pertinence de telle donnée, de la fiabilité des statistiques. On peut aussi contester l’acharnement à réduire en un seul indice la diversité des composantes de la vie. Les indicateurs sont tous réducteurs, mais ils nous donnent des indications, comme leur nom l’indique ! Si on revient à la performance mesurée par le HPI, qui est sommes toutes une forme d’analyse « coût efficacité », on constate qu’aucune nation n’obtient un gros score. Aucun ne parvient à obtenir de bonnes notes dans les trois compartiments. Il y a encore de bonnes marges de progrès, et c’est heureux quand on sait que la Terre devra offrir, d’ici quelques dizaines d’années, une qualité de vie honorable à 9 milliards d’êtres humains. Ces mauvaises notes sont porteuses d’espoir, paradoxalement.

L’ennui est que les bonnes notes sont porteuses de désespoir. Qui est le premier de la classe ? Le Vanuatu. Un archipel, présenté dans l’Express comme « l’île du bonheur », et qui est condamné par le comportement du reste du monde.

Le Vanuatu va disparaître,  submergé par la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique !

Ses « heureux » 11000 habitants seront les premiers eco-réfugiés du réchauffement climatique et ils seront accueillis dans une réserve que la Nouvelle Zélande leur prépare. Ils ne sont que 11000 mais les suivants (ressortissants des Maldives, de Kiribati, des atolls de Polynésie, du Bengladesh et des grands deltas, et peut-être aussi les polders européens) se compteront par centaines de mille puis par millions : La moitié de la population du monde se concentre sur les rives des océans.

Il se trouve que les « îles nations » trustent les meilleures places dans le classement de la nef. Peut-être , d’après les auteurs de l’étude, du fait d’une sensibilité particulière due à l’insularité et à la conscience des limites de leur monde, qui les aurait conduits à une plus grande efficacité dans l’usage de leurs ressources. Mais le triste sort que la montée inexorable des océans réserve à ces basses terres ne rend-il pas dérisoire ce palmarès du bonheur ? Tout cela prend un petit air de Titanic, quand le monde entier dansait sur cette « planète insubmersible » avant de sombrer dans les flots !

 

 

 

 

Merci à Gérard Sandret de ses précieuses indications et de ses commentaires que j'ai intégrés sans vergogne.

 

 

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Publié dans developpement-durable

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