Musique

Publié le par Bidou

Sur ce point, je ne ferais pas référence à Georges Brassens chantant le célèbre poème de Louis Aragon  « il n’y a pas d’amour heureux », que certains ont vite fait de transposer en « il n’y a pas de développement heureux ». Je serais plutôt enclin à suivre le joyeux standard américain « This can’t be love because I feel so well », à transposer pour le développement durable. Un développement sans tristesse ni regret, où l’on se sent si bien !

 

La musique offre une merveilleuse illustration de ce que peut être le développement durable.

 

Tout d’abord, une immense variété de genres, baroque, classique, jazz, rap, orientale, celtique, latin, sacré, guerrier, dansant, etc. chacun avec leurs spécificités et leur public, leur histoire : ils ne sont pas concurrents, mais complémentaires ; ils se conjuguent et se fécondent mutuellement, ils composent un paysage riche et diversifié. Ensuite, les mêmes ingrédients, les notes, peuvent être exploités à l’infini, un thème très simple donnant lieu à de multiples variations. Elle évolue en permanence, se recycle, traduisant ainsi l’évolution de nos sociétés, leur sensibilité,  leurs angoisses, leurs sonorités, leurs techniques. Les talents individuels sont intégrés dans une œuvre collective, où se conjuguent ceux du compositeur, des interprètes, des luthiers et autres facteurs d’instruments de musique, sans oublier les techniciens qui prennent le son et le transmettent. Chaque interprétation de la même œuvre est différente, la création est permanente, avec ses succès et ses ratés. La création est collective, et chacun doit jouer son rôle, même s’il y les chefs d’orchestre, des solistes, des arrangeurs, comme les musiciens d’orchestre et les choristes.

 

La musique crée de la richesse, à la mesure des émotions qu’elle procure (voir « clameur »), sans prélever de ressources naturelles. Elle contribue à dématérialiser l’économie, et offre des débouchés à une croissance qui ne sait plus dans quelle direction progresser. Elle n’en est pas moins gratuite, car ne semble pas répondre à des nécessités vitales, comme le manger et le boire, ou encore le logement et la santé. Mais l’émotion artistique ne constitue-t-elle pas un véritable besoin fondamental pour l’équilibre de nos sociétés ? L’homme des cavernes, pourtant en situation bien précaire au fond de sa grotte, éprouvait le besoin d’expression artistique, et ce n’est pas au moment de l’inauguration du musée des arts premiers que l’on va contester cette puissante attraction pour ces créations dont la valeur est avant tout sociale, et non matérielle. Enfin, elle peut constituer un « ascenseur social » très efficace pour ceux qui ont un peu de chance en plus de leur talent.

 

Ces qualités ne sont pas propres à la musique, elles se trouvent dans la plupart des activités artistiques. La fabrication de biens matériels étant de plus en plus efficace, comme nous l’avons vu par exemple à propos du mot « productivité », la fabrication d’émotions et de valeurs sociales, activité aussi vieille que le monde, est appelée à se développer au-delà de ce qu’elle n’a jamais été. Cette activité n’est pas totalement immatérielle, il faut du cuivre et de l’électronique, sans parler de l’ivoire des touches de piano. Il faut des déplacements, des salles de concert, des affiches dans les rues, mais tout ça reste modeste par rapport aux flux financiers et à la valeur créée. Il ne faut par pour autant négliger l’impact de la fabrication et de la destruction finale, non pas d’un stradivarius, formidable source d’immatérialités, mais des multiples appareils électroniques, baladeurs et autres chaînes dont il ne faut surtout pas oublier de recycler les composants, au terme d’une vie souvent bien courte.

 

L’art et la musique ne sont pas des activités secondaires, périphériques dans des sociétés matérialistes que l’on a tendance à décrire avec complaisance. Ils constituent une dimension incontournable du développement durable. Ils fournissent des modèles de développement, des occasions de croissance formelle sans impact sur l’environnement et les ressources. Certains ont voulu ajouter la diversité culturelle aux trois « piliers » du développement durable. L’art et la musique peuvent être déclinés dans chacun des autres piliers, environnement, économie et social, comme il a été esquissé dans ce billet. Et c’est peut-être mieux ainsi, car cela permet d’y instiller aussi du talent et de la sensibilité, indispensables pour stimuler la création technique et le progrès social.

Publié dans developpement-durable

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