Dynamique

Publié le par Bidou

Qu’il s’agisse du jeune cadre dynamique ou de la dynamique des fluides, c’est de mouvement que l’on parle, ou de la capacité à évoluer, à s’adapter, à changer de situation. L’humanité a reçu sa feuille de route, pour orienter sa propre dynamique : « croissez et multipliez ». La terre est grande, et la ligne de conduite est claire : la colonisation. Il faut occuper le terrain, et exploiter ses ressources. C’est le développement. Depuis la révolution industrielle, il a changé de nature. Au lieu de vivre sur des énergies humaines, animales, ou solaires au sens large, y compris le vent et l’hydraulique, une partie de l’humanité est parvenue à maîtriser des énergies  fossiles, charbon, puis pétrole et gaz, et y a fait massivement appel. La dynamique s’est accélérée, et peut-être même s’est-elle emballée dans certains cas. Le développement s’est ainsi fait, depuis deux siècles, par expansion du système, en puisant toujours plus de ressources minières et en menant des conquêtes territoriales. Aux ressources minières au sens strict, on a ajouté l’exploitation abusive de ressources renouvelables, issues de l’agriculture, de la forêt et de la pêche, au point de réduire la capacité de régénération de ces ressources. On l’a vu dans ce blog[1], le prélèvement de ressources à la surface de la planète, résumé sommairement par « l’empreinte écologique », est supérieur à ce que nous offre leur renouvellement naturel : nous mangeons notre capital.

 

 

La capacité d’aller chercher les ressources toujours plus loin, avec le besoin corollaire de contrôler les pays qui en sont détenteurs, nous a évité de prendre en charge de nombreuses contradictions. C’est la culture de la fuite en avant, du « toujours plus », de la croissance pour la croissance, du règne de la quantité. On en voit aujourd’hui les limites, même si la révolution industrielle nous a laissé un capital de connaissances extraordinaire, sensé se substituer aux ressources qu’elle a consommées. La croissance par intégration, sans contrepartie comptable digne de ce nom, de ressources externes, puisées dans le stock ou en surexploitant le flux, arrivera à son terme au cours de ce siècle.  Il faut donc aujourd’hui trouver de nouveaux ressorts à la dynamique de l’humanité. Et si possible, des ressorts qui permettent à toutes les sociétés humaines de se développer, sans domination des unes sur les autres, que cette domination s’exprime en termes économiques ou culturels. C’est le développement durable, un concept « ouvert » en ce sens qu’il n’est pas enfermé dans un sens définitif, écrit une fois pour toutes.

 

 

Ce terme de « développement durable » existe depuis plus de vingt ans, et dans l’esprit de nos concitoyens, il est toujours aussi flou, aussi difficile à définir. Avec des risques de dérive et de perte de crédibilité.

 

 

La difficulté réside sans doute dans la richesse du concept, mais elle provient aussi d’un malentendu sur sa nature même. Si on cherche à définir le développement durable comme un état particulier, traduisant un équilibre entre plusieurs composantes, on a peu de chance de trouver. Le développement durable est une dynamique, comme le mot « développement » l’indique. Il est impossible de présenter un « grand soir » du développement durable ou même un « instantané » comme image du développement durable, sans le déformer, le vider de l’essentiel de sa substance, et le trahir. Il faut donc s’intéresser aux forces qui animent cette dynamique, souvent antagonistes, mais on sait qu’il n’y a pas de progrès sans tension. L’humanité est aujourd’hui condamnée à trouver d’autres cadres pour retrouver une dynamique de progrès dans un monde fini, et c’est bien dans la gestion des tensions et des antagonismes que se situe la solution. C ’est une croissance fondée sur des ressources finies, exploitées avec une efficacité sans cesse améliorée, par une meilleure analyse des besoins, des modes de production, des relais entre producteurs et consommateurs. Finies les facilités, et la brutalité qui caractérise toujours la conquête et la maîtrise de ressources « externes », voici venir l’ère de l’intelligence : on va substituer de la matière grise à de la matière. C ’est moins rassurant, car l’intelligence ne se voit pas aussi bien que des tonnes de charbon ou des barils de pétrole, et ne se mesure pas aisément. Ses produits ne sont pas automatiques, les aléas de la création doivent être pris en compte. Mais l’intelligence peut être sacrément productive !

 

 

C’est une véritable ambition pour l’humanité, une dessein à poursuivre plus enthousiasmant que de chercher sur quelle autre planète quelques centaines ou milliers d’humains (comment seront-ils sélectionnés ?) pourront fonder une nouvelle colonie, le moment venu, quand on aura tiré toute sa substance de la Terre et qu’elle sera devenue invivable.

 

 



[1] Voir le billet « hectare », publié le 28 juin dernier

 

Publié dans developpement-durable

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