Immigration

Publié le par Bidou

Sujet sensible, en débat aujourd’hui, que le développement durable doit éclairer. Il faut encore une fois se placer dans une optique gagnant-gagnant, ce qui sera d’autant plus difficile que les « parties prenantes » sont à la fois des pays et des individus, dont les intérêts ne se présentent pas de la même manière. Aujourd’hui, on assiste à un mouvement aspirant les travailleurs les plus « rentables » des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches, qui peuvent leur offrir des salaires et des conditions de travail de bon niveau.

 

 

L'immigration est ainsi présentée comme une piste pour rajeunir nos effectifs et combler les lacunes observées dans certains secteurs. L'Europe offre un premier vivier, avec des possibilités de rééquilibrages, comme on l'a vu pour les infirmières, que l'on a recherchées en Espagne notamment. Les professions médicales offrent d'une manière générale une bonne illustration du problème, qui se pose de différentes manières, selon le point de vue dont on se place. Pour les étrangers exerçant en France, c'est la reconnaissance de leur qualification qui bloque leur bonne intégration. Pour les pays d'origine, dont on parle peu, ne peut-on craindre un déficit de diplômés et de praticiens ? Les salaires et les conditions de vie en France étant souvent plus attractifs que dans certains pays d'origine, le flux coule vers nous, mais pouvons-nous accepter durablement de prélever des ressources humaines nécessaires au développement d'autres pays ? Nous protestons légitimement contre la « fuite des cerveaux », quand nos plus brillants chercheurs traversent l'Atlantique. Notre investissement « formation » nous file entre les doigts ! Et que dire des pays pauvres dont les élites, formées à étranger, y restent pour l'essentiel ?

 

 

Il y a aussi des immigrants non qualifiés. Tantôt bien utiles, tantôt encombrants. Une variable d'ajustement, pourrait-on dire. L'idée de faire un tri à l'entrée ne résout pas tout : pour nous, tout d'abord, en France, tel personnel utile aujourd'hui le sera-t-il encore demain ? Et pour les pays d'origine, ne sommes nous pas ramenés au problème esquissé au paragraphe précédent, à savoir qu'une telle politique les priverait de leur populations les plus dynamiques ? La solutions est encore dans la souplesse : au lieu de monter des murs, et de dresser des barrières toujours contournées, ne faut-il pas reconnaître que l'immigration est un fait, et que le vrai problème réside essentiellement dans le non retour des immigrés vers leur pays d'origine, après quelques années. Les rigidités des politiques d'immigration ne font-elles pas plus de mal que de bien ? De même que les patrons n'embauchent guère du fait des difficultés supposées pour licencier en cas de besoin, les immigrés s'accrochent au pays qu'ils ont choisi de peur de ne pouvoir y revenir s’ils en partaient. Le regroupement familial leur permet de faire venir leur famille, et se stabiliser dans leur pays d’adoption. L'immigration se compte en générations, première, seconde, ou troisième, avec un besoin de reconnaissance légitimement croissant. Ne faut-il pas accepter la fluidité et favoriser des échanges dans les deux sens ? Le retour au pays d'origine serait bénéfique pour tout le monde : d’un côté l'expérience acquise par les migrants, et leur argent, seraient bien utiles aux économies locales ; de l’autre, leur vie personnelle en période de congés et pour leur retraite serait sans doute plus agréable dans leur culture traditionnelle et au milieu de leurs familles.

 

 

A défaut, ne sommes nous pas partis pour cumuler tous les ennuis ? L'immigration a quand même lieu, dans les pires conditions, avec le travail clandestin et les boat people. Les familles suivent, avec les besoins de services sociaux, le « droit » au travail et au logement, et les pays d'origine voient leurs forces vives les quitter.

 

Les flux migratoires offrent des opportunités, mais leur intérêt doit être équitablement réparti entre les pays d'origine et d'arrivée, et à titre individuel entre les ressortissants des deux pays. L’objectif est bien que ces flux participent au développement des pays d’origine, de manière à ce qu’ils trouvent leur fin en soi. Les évènements dont nous sommes les témoins montrent les difficultés de l’exercice, ce qui est normal, mais aussi l’absence de perspective claires dans ce sens, ce qui l’est beaucoup moins.

 

 

L'immigration dans les pays occidentaux est aujourd'hui un événement majeur, et malgré tous les obstacles que l'on peut y mettre, elle ne tarit pas. Faut-il construire des barrages, qui seront toujours débordés, ou, pour prendre une autre image, nager contre le courant ? Ou peut-on en tirer profit pour tout le monde, en l'acceptant et en en organisant les modalités, sans a priori ni sensiblerie, mais avec pragmatisme et humanité ?

 

 

 

Publié dans developpement-durable

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