Productivité

Publié le par Bidou

Le productivisme est souvent dénoncé par les écologistes. La confusion est fréquente avec la productivité. Il s’agit de deux choses bien différentes. Le productivisme, comme l’activisme, est une attitude. Elle consiste à produire pour produire, toujours plus, sans se poser de questions sur l’utilité de la production. Produire comme raison de vivre, ce qui est bien loin du développement durable, où la question première est bien l’usage, l’utilité sociale d’un bien ou d’un service.

 

 

La productivité est un ratio, la production obtenue par la mise en œuvre d’un moyen déterminé. C’est l’efficacité dans l’usage d’un moyen. On peut la mesurer par rapport à une ressource particulière, par exemple un hectare de terre agricole ou une heure de travail humain. Le développement durable invite clairement à la plus grande efficacité dans l’utilisation des moyens, et la productivité est une bonne chose, si on la recherche par rapport à un moyen sensible, une ressource rare ou de grande valeur.

 

 

C’est le cas du travail humain, que chacun s’accordera à considérer comme une ressource de valeur, ainsi que le volet social du développement durable nous y invite. Il faut donc utiliser cette ressource avec respect, et la référence au sapeur Camembert, qui faisait des trous pour en boucher d’autres, doit inciter à la vigilance. En France , cette productivité est élevée, une des plus élevées de la planète. Il faudrait en analyser les raisons, car il ne faut pas mélanger les « cadences infernales » et le fruit d’une organisation et de techniques éprouvées, appliquées par du personnel de grande compétence. Aujourd'hui, le travail est un facteur sensible. D’un côté il manque, il n’y en a pas assez, et les nombreux chômeurs sont là pour en témoigner ; de l’autre on craint que le vieillissement de notre population nous oblige à travailler plus.

 

 

 Curieusement, la productivité du travail est une grande absente des analyses sur les retraites, le plus souvent cantonnée à une approche financière d’équilibre de comptes. Faisons un rapide état des lieux. Une première analyse nous dit qu’il n’y a pas de péril : notre population  continuera encore longtemps à être suffisante globalement pour satisfaire ses besoins, même si ceux-ci croissent régulièrement. La productivité du travail en France augmente plus vite que la proportion de personnes âgées. Elle est déjà élevée, et nous ne savons pas utiliser toute la main d’œuvre disponible, dont chroniquement 10 % sont au chômage, sans compter les quantités importantes de personnes qui renoncent à demander un emploi, estimant n’avoir aucune chance d'en trouver. La productivité du travail pourrait d’ailleurs augmenter encore plus vite si on ne craignait ses effets sur l’emploi. Chaque annonce de restructuration d'entreprises nous le rappelle avec force. Les réductions successives de la durée légale du travail sans réduction de salaires ont entraîné des efforts de productivité, et on parle souvent de croissance sans création d’emploi. Notre efficacité est redoutable ! Pendant de nombreuses années encore, un pays comme la France pourrait produire plus de biens et services avec moins de travail, le niveau de vie moyen de sa population pourrait s’améliorer malgré une proportion croissante d’inactifs. C'est un des fruits les plus agréables de la révolution industrielle. Le discours si souvent entendu sur la nécessité de travailler plus ne correspond pas à cette analyse globale des enjeux démographiques. La démographie au secours de la valeur morale du travail, ça ne marche pas, et le travail n’en a d’ailleurs pas besoin.

 

 

Le développement durable nous conduit à reformuler les problématiques, pour faire porter le débat sur les vraies questions. En voici deux.

 

 

Les déficits sectoriels

 

 

Ce qui est vrai en moyenne ne l’est pas pour tous les secteurs, et il peut y avoir de graves déficits en personnels dans certaines activités, entraînant une baisse de la qualité du service dans ce domaine et parfois une thrombose dont les effets se font sentir dans d’autres domaines. Il y a alors un risque de compromettre l’équilibre d’ensemble. Ce n’est pas sur le nombre d’actifs que doit porter l’attention en priorité, mais sur leur répartition, pour éviter que ces déficits ne s’installent et perdurent. Les réponses ont nom prospective, formation, rééquilibrage de certains échanges internationaux, études (qualitatives et quantitatives) d’impact sur l’emploi, souplesses temporaires et adaptabilité, qui doivent trouver des modalités équitables d’application. On parle alors d'employabilité et de formation tout au long de la vie. A l’inverse, les objectifs généraux, légitimement universels, ne doivent pas se traduire en mesures rigides et identiques pour tous les secteurs. Le monde est divers et complexe, et mérite un effort permanent d'adaptation pour la mise en application des mêmes principes. « Chaque jour, chaque occasion, chaque circonstance demande une application particulière des mêmes principes » nous dit Sun Tzu, dans l'Art de la guerre (article VIII).

 

 

La fin du travail

 

 

L'efficacité du travail humain nous amène à envisager une société où le travail voit sa fonction remise en question. La conception même du travail s'est transformée dans l'histoire de l'humanité, et l'organisation des sociétés traduit ces évolutions. Il faut peut-être envisager une société où le travail ne serait plus la voie royale pour s'intégrer, obtenir des revenus et des droits, apporter sa contribution à la collectivité, disposer d'un statut. L'efficacité de notre système économique passe peut-être par cette transformation, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la vie sociale et l'organisation des flux financiers. La diminution des offres de travail « commercial » est peut-être une tendance lourde, et il serait sans doute bon de se poser la question d’une société à faible contenu en travail, qui respecte à la fois les hommes et la planète. Faute de la poser clairement, nous cherchons peut-être à prolonger désespérément une situation sans avenir. Dans le billet du 1er mai dernier, consacré comme il se devait au travail, je citais un sociologue[1] qui observe sur un siècle une division par 4 du temps que nous consacrons au travail tout au long de notre vie. A tout miser sur une approche ancienne du travail et de l’emploi,  nous nous trompons peut-être de futur. Explorer d’autres pistes s’impose pour ne pas être pris au dépourvu et que notre développement soit « durable ».

 

 



[1] Jean VIARD

 

Publié dans developpement-durable

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article