Ouvrage

Publié le par Bidou

Pour le développement durable, il faut assurément du bel ouvrage, du travail bien fait, qui répond bien au besoin qui a provoqué la décision de le réaliser. Deux approches viennent alors à l'esprit, la qualité dans la conception et la réalisation, mais aussi et préalablement la justification, le « pourquoi » de l’ouvrage.

 

 

Commençons avec la qualité, avec les deux sens du mot, le sens des techno, et celui de tout le monde.

 

 

Pour les techno, un ouvrage de qualité témoigne d'une démarche de rigueur, avec une organisation, des échanges entre les différents intervenants, des contrôles, des lieux et des moments de décision. Objectif : zéro défaut. Cette approche s'inscrit bien dans une démarche de développement durable, mais à une condition ; que l'ouvrage réponde bien à un besoin, et que ce soit la meilleure réponse. L'important n'est pas l'ouvrage en soi, mais le service qu'il rend. Sa conception, ses grandes options, sa réalisation, doivent tendre à la satisfaction du besoin, et cela dans les meilleurs conditions possibles, avec trois parties à prendre en considération : les personnels qui créent l'ouvrage, les actionnaires du projet, et les usagers. Du gagnant-gagnant.

 

 

Pour le commun des mortels, un ouvrage de qualité est d’ailleurs bien celui qui répond aux attentes de son utilisateur, et qui y répond longtemps, qui résiste à l’usure du temps. L’ouvrage peut être un textile, un meuble ou une maison, on retrouve bien les deux dimensions de l’usage et de la durée.

 

 

Certains penseront qu’il ne s’agit là que de choses normales, et que la qualité d’un ouvrage doit viser au dessus des bonnes pratiques professionnelles. C’est de l’ordre du chef d’œuvre, pour reprendre un terme cher aux compagnons. Pour d’autres, la qualité ne doit pas être l’exception, et l’objectif à atteindre est de faire monter progressivement le niveau de qualité de tous les ouvrages. C’est le choix qui a été fait pour la haute qualité environnementale (HQE) des bâtiments. Le terme « haute », qui surprend parfois, ne désigne pas un niveau à atteindre une fois, mais une ligne d’horizon vers lequel chaque opération doit tendre, de même que l’ensemble des professionnels du bâtiment. C’est une dynamique. L’ambition est grande, d’entraîner tous les acteurs, et elle commence par une appropriation des termes de la qualité, et bien sûr le retour aux fondamentaux de chaque profession, souvent négligés face aux contingences quotidiennes, à l’urgence. C’est sur la rigueur dans l’organisation de l’opération que se fonde cette dynamique, autant que dans les niveaux de performance. Le « bel ouvrage » c’est d’abord cette logique.

 

 

Ouvrage fait référence à son maître, le maître d’ouvrage, à distinguer du maître d’œuvre. Distinction subtile pour les non professionnels, mais bien utile. Il s’agit pour le premier de savoir ce qu’il veut, et de commander un ouvrage, qui sera le sien, pour répondre à un usage, tandis que le second va chercher les réponses les plus appropriées. C’est « l’homme (ou la femme) de l’art ». A chacun son métier. On est souvent tenté, face à un besoin, d’y répondre à partir de ce que l’on connaît, notamment de solutions que l’on a vu mises en œuvre ailleurs. Devant des problèmes simples et quotidiens, ça fonctionne très bien, mais s’il s’agit d’affaires complexes que l’on aborde que rarement dans la vie, il vaut mieux rester modeste, et se concentrer sur ce que l’on appréhende le mieux : la définition du besoin. C’est le premier travail du maître d’ouvrage, qui conditionne la qualité de la commande et des étapes suivantes. La fameuse plaisanterie « y’a qu’à – faut qu’on » illustre bien cette attirance pour des solutions toutes faites proposées sans s’être assuré de la pertinence de la question.

 

 

Le développement durable reprend cette logique à son compte. Si celui qui pose le problème y répond en même temps, ou s’il le pose à partir d’une solution,  le risque est grand qu’il fasse l’économie d’une bonne analyse dudit problème.

 

 

Au-delà de l’ouvrage, c’est le service rendu qui compte, et cela dans la durée. L ’ouvrage, maison, route, pull-over ou manteau n’a pas de sens en soi, si ce n’est de rendre un service d’accueil, de mobilité, de confort. Il peut y avoir de nombreux moyens de rendre le service, et ces moyens évoluent dans le temps : telle réponse innovante hier apparaît comme inadaptée aujourd'hui. Le développement durable nous conduit donc à privilégier la fonction sur l’ouvrage, le service sur l’équipement, qui est déjà un choix et qui restreint le champ du possible, au lieu de l’ouvrir le plus large possible.

 

Publié dans developpement-durable

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