Robinet

Publié le par Bidou

Un classique du développement durable. Surtout quand il fuit ! Des chiffres éloquents : un robinet qui goutte, c’est 4 litres par heure de gaspillés, soit 35 mètres cubes par an, à rapprocher de la consommation moyenne en France, de 50 mètres cubes par an. Continuons sur ce registre, un filet d’eau, c’est 10 fois la consommation annuelle moyenne, comme une chasse d’eau qui fuit.

 

La chasse au gaspi reste un must du développement durable. On gagne sur tous les tableaux. Le calcul a été fait pour un grand parc immobilier, que les techniciens dédiés au repérage et à la réparation des fuites d’eau rapportaient trois à quatre fois leur salaire. On remplace de la ressource naturelle, l’eau, par du travail humain : c’est tout bon ! On ménage la ressource, on offre de l’emploi, et en plus on fait des économies. Voilà une politique bonne pour l’environnement, l’emploi (valeur sociale) et l’économie. On est pile au cœur du développement durable. A Lorient, ville qui a adopté une politique ambitieuse de ce point de vue depuis longtemps, on a divisé par 4 la consommation d’eau entre 1978 et 2004. Et les économies ont permis de recruter du personnel pour conseiller les habitants dans leur comportement.

 

L’énergie offre des possibilités de même ordre. Fermer les volets le soir est source d’économies de l’ordre de 25%. C’est un peu de temps passé, en échange d’énergie économisée. Cet échange est très intéressant, puisqu’il ménage une ressource rare ou polluante à produire, au profit d’un emploi de proximité.

 

Les économies se trouvent dans des organisations et emplois dédiés, mais aussi dans les comportements. La campagne en cours de la fondation Nicolas Hulot et de l’ADEME sous le titre « Le défi pour la Terre[1] » met l’accent sur des petites décisions individuelles, dont l’impact cumulé est considérable. Laisser couler l’eau en continu  pendant qu’on se brosse les dents représente 10 mètres cubes d’eau gaspillées au bout d’un an. Autre exemple : on constate une différence de 40% de consommation d’essence selon le mode de conduite. Ca vaut pour les particuliers, et encore plus pour les flottes collectives ou professionnelles, où il est possible de mener des actions de sensibilisation et de formation des conducteurs, et même de les intéresser aux résultats.

 

Une source d’économie réside également dans certains équipements. Il y a l’étiquetage, qui s’étend aujourd’hui de l’électroménager à la voiture, et qui concernera prochainement les bâtiments. Cette information simple permet au consommateur de prendre conscience des charges dues au fonctionnement de ses achats, et par suite d’en faire un critère d’appréciation pour ses choix, ou de négociation du prix. Acheter plus cher pour économiser ensuite peut se révéler un excellent calcul, encore faut-il être informé, disposer des indications suffisantes pour faire ce calcul (on se reportera au billet du 18 mai sur ce mot).

 

Il se trouve hélas que le choix est restreint, et que certaines options sont impossibles. Prenons le cas des sèche-linge. Ils consomment de deux à trois fois l’énergie nécessaire au lavage. C’est un paradoxe que la fonction essentielle, le lavage, consomme finalement beaucoup moins d’énergie que la fonction secondaire, le séchage. La parade semble simple : pourquoi avoir recours au sèche linge, pourquoi ne pas étendre le linge sur un fil, ce qui ne consomme aucun kilowatt/heure ? Et bien certains appartements n’offrent pas réellement cette possibilité. Il n’y a pas d’espace suffisant, pas de local approprié, les plafonds sont trop bas pour y installer des cadres mobiles pour y faire pendre le linge, et pas de jardin. Le linge aux fenêtres est peu apprécié, et souvent interdit. Que faire d’autre, dans ces conditions que d’acheter un sèche linge, une armoire électrique qui consomme beaucoup d’énergie pour faire ce traditionnellement la nature faisait si bien ! La réponse est donc aussi dans la conception des logements. On parle souvent des emplacements à prévoir pour les déchets ménagers, qu’il faut stocker en prévision d’un tri et d’une valorisation à venir. C’est bien, mais c’est l’ensemble des taches ménagères qui doivent être l’objet d’une analyse environnementale.

 

L’eau chaude est un de ce point de vue tout à fait sensible, puisqu’il y a à la fois de l’eau et de l’énergie. Deux ressources importantes pour l’environnement et le porte monnaie des utilisateurs. Toute la chaîne doit être examinée : la source d’énergie, la chaudière, dont le rendement doit être le meilleur possible, qui doit le cas échéant avoir recours aux énergies renouvelables, au solaire, aux pompes à chaleur, etc. Ensuite, la disposition de la source d’eau chaude par rapport aux lieux d’utilisation. S’il faut attendre deux minutes, exaspérantes de surcroît, entre le moment où vous ouvrez le robinet et celui où l’eau est effectivement chaude, c’est deux minutes d’eau qui coule en pure perte, de l’eau qui a été chauffée et qui s’est refroidie dans les tuyaux. Il y a ensuite la qualité des mitigeurs, des pommes de douche, etc. Des écarts importants de consommation en dépendent, jusque 50% d’économie avec des pommes de douche performantes.

 

Robinet et robinetterie sont donc au cœur du développement durable. Approche triviale, mais quotidienne, cumulative, et que chacun, une fois informé, peut traduire dans ses choix personnels. Une manière de contribuer personnellement à une œuvre collective.

 

 



[1] www.defipourlaterre.org

Publié dans developpement-durable

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Emmanuel CRIVAT 08/08/2007 13:26

Lire une histoire d'eau:"L'eau du Var-Est et du littoral, de l'an 50 à l'an 2000"http://www.immodurabilite.info/article-7015817.html