Résistance

Publié le par Bidou

C’est un mot aux sens multiples, ce qui permet toutes les attitudes à son égard. Pour les électriciens, il s’agit bien sûr de résistance électrique, avec l’effet Joule, qui transforme de l’énergie électrique en chaleur. Une transformation d’un rendement médiocre, avec le piège du mauvais calcul, pas cher au départ, très cher à l’arrivée. On l’installe volontiers parce que son installation est facile et pas cher, mais quelle consommation d’électricité ensuite ! Il ne faut pas l’abandonner pour autant, la résistance peut rendre des services pour des locaux d’usage très partiel, rare en hiver, et dont le chauffage ne fonctionne que très peu de temps. Mais c’est un mode de chauffage que le développement durable n’apprécie guère dans le cas général. L’électricité mérite un meilleur traitement que la « dégradation » en chaleur !

 

Résistance à une agression, une guerre, une épidémie. Une autre déclinaison intéressante, car elle permet d’évoquer la prévention, ou l’art de repousser ou de digérer les agresseurs. La durabilité suppose que l’on résiste aux agressions, mais la manière de procéder n’est pas écrite : ce sera une affaire de circonstances. Résister aux frontières, résister de l’intérieur, affrontement direct ou esquive, la palette est large, sachant que le mieux est d’éviter l’agression. Prévenir vaut mieux que guérir.

 

Parfois, c’est l’agresseur qui devient résistant. Il résiste aux pesticides, aux antibiotiques. Grâce à d’habiles mutations, tel insecte continue ses ravages dans les cultures malgré l’épandage de produits devenus inopérants. Les souches ou variétés résistantes se sélectionnent d’elles-mêmes, et la disparition de leurs cousins leur laisse le champ libre. Leur développement est donc « durable », ce qui est bien ennuyeux. La course poursuite s’engage donc. Il faut trouver un nouveau produit, avec une efficacité retrouvée, mais ce n’est souvent qu’un sursis : le parasite visé, durement touché au départ, finit par trouver un spécimen résistant, et c’est reparti !

 

Cette observation est vraie aussi pour les antibiotiques. Les bactéries qu’ils éliminent finissent par évoluer, et échapper à leur funeste sort. Il faut alors rechercher une autre molécule, à grands frais et toujours plus loin. Le prix Epidaure pour la recherche sur les liens entre écologie et santé, qui a été remis hier 23 mai, couronne au titre de la recherche fondamentale des travaux sur ce sujet. Comme, le lauréat, le professeur Andremont du groupe hospitalier Bichat - Claude-Bernard, le souligne, on est au cœur du développement durable. Comme l’électricité du début de ce billet, les antibiotiques sont une chose merveilleuse, et il ne faut pas les gaspiller. Ils ont sauvé des millions de personnes, et il faut que ça dure. La recherche en trouve chaque jour de nouveaux, toujours plus efficaces, mais leur usage trop facile a réduit leur portée. Et il semble bien que l’on se rapproche des frontières du possible en matière d’antibiotiques, alors que les bactéries, elles, continuent de muter et de résister. Comme le dit Bertrand de Jouvenel, nous n’habitons pas la même planète que nos aïeux. La leur était immense, la nôtre est petite. Cette constatation vaut aussi pour les antibiotiques, nous avons atteint les frontières du possible, il va falloir s’habituer à vivre dans un monde fini, avec nos ressources. Et la réponse s’appelle sélectivité, discernement, juste dose, et non prescription systématique et massive. Le sentiment que le progrès permet d’aller toujours plus loin, et que la solution à nos problèmes réside dans une fuite en avant, est en train de s’effondrer. Il faut faire face, et le progrès véritable est de trouver des réponses qui résolvent le problème sans le repousser un peu plus loin ou en poser un nouveau. Faisons mentir l’adage fameux selon lequel « les solutions d’aujourd’hui sont les problèmes de demain » !

Publié dans developpement-durable

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