Calcul

Publié le par Bidou

Le mot rappelle l’école primaire, où l’on apprend à compter comme à lire et écrire. Mais souvent, de même qu’on ne comprend pas vraiment ce qu’on lit, on fait des calculs qui n’ont aucun sens. Ils rassurent, et ce serait très bien, s’ils ne nous trompaient pas en même temps.

 

Prenons les comptes de la nation. La comptabilité nationale. On y additionne des montants, représentant des activités. Le prix payé permettrait d’évaluer l’intérêt porté à l’activité. Une seule colonne suffit donc, celle des « valeurs ajoutées » par chaque activité. Peu importe sa vraie nature, s’il s’agit de créer de vraies richesses, ou de réparer des malheurs créés par d’autres activités. C’est ainsi que les accidents de la route et les grandes marées noires sont pris en compte dans les calculs comme créateurs de richesses. Le coût des désastres ainsi réparés n’est pas intégré. La perte ou la disparition de richesses n’est pas décomptée.

 

C’est le cas tout particulièrement des ressources prélevées pour assurer ces activités, ou encore des effets secondaires défavorables d’une activité.. Un paysage dégradé par une construction mal placée n’a pas de valeur, alors que ladite construction en a une, sonnante et trébuchante. La perte de qualité de vie provoquée par le bruit d’une route dont le trafic s’accroît régulièrement ne vaut rien, alors que le mur antibruit qu’il faut élever pour la protection rentre dans le calcul. On le voit, la signification des chiffres ainsi obtenus est difficile à percevoir…

 

Autre exemple : prenons le cas d’une ville alimentée en eau par un simple pompage dans une nappe phréatique. L’eau y est préservée, elle est pure et ne nécessite aucun traitement. Mais la ville s’étend, elle a besoin de terrains pour construire, et des pollutions finissent par affecter la nappe. Il faut traiter l’eau avant de la distribuer au consommateur. Autant de dépenses nouvelles, qui se retrouveront sur la facture d’eau. Mais ces dépenses correspondent à une activité, une création de richesse ! Il faut donc la compter, et on l’ajoute aux autres richesses. La population de la ville n’aura rien gagné en qualité ni en service rendu, elle paiera plus cher son eau, mais le calcul montrera une augmentation de la richesse de la ville. L’activité est substituée à la véritable création de richesse, à évaluer par la qualité du service rendu. On est loin du « bonheur national brut » que souhaitait comptabiliser Bertrand de Jouvenel !

 

Les calculs maladroits ou tronqués sont fréquents. Il est souvent difficile d’avoir une vue d’ensemble, et de se projeter dans le futur. Telle soit disant économie immédiate peut se révéler très coûteuse un peu plus tard. Des proverbes ou dictons populaires l’affirment, « bon marché coûte cher » dit-on aux Antilles. Une chaudière bas de gamme aura un rendement médiocre, et sa consommation sera nettement plus élevée que celle d’une machine performante. Faites le calcul, la différence de prix d’achat de la chaudière est comblée en un ou deux ans. Faut-il encore faire le bon calcul, avoir les éléments pour le faire,  et disposer de la trésorerie nécessaire pour payer un peu plus cher l’investissement. A défaut, le dicton « ça coûte cher d’être pauvre » prend toute sa force.

 

On peut aller plus loin dans ce raisonnement, et intégrer encore d’autres éléments dans le calcul. Si vous construisez une école, c’est pour que des enfants apprennent un tas de choses, et aient de bons résultats. Il faudrait donc intégrer le niveau atteint par les élèves dans le calcul économique sur la valeur du bâtiment. Si les résultats scolaires sont excellents, qu’il n’y a pas de redoublement, que les élèves s’insèrent bien dans les classes supérieures, etc., ça a une valeur. Est-elle comptée ? Si à l’inverse, votre école est sonore, mal ventilée, glacée l’hiver et surchauffée par le soleil dès le printemps, sans espaces corrects de détente, tout ça parce que vous aurez fait des économies excessives en la construisant, et que les résultats scolaires sont médiocres, il faut s’interroger sur le parti retenu. Les mauvais résultats scolaires coûtent cher, et les bâtiments malsains et inconfortables contribuent, selon de nombreuses études, à des décrochages d’élèves qui entendent mal le maître, ou bien ont du mal à se concentrer. Le bon calcul doit tout intégrer. Notre habitude de cloisonnement est un obstacle fréquent à cette comptabilité globale. Les résultats scolaires sont une chose, les dépenses pour entretenir les écoles une autre chose, et on fait comme si il n’y avait pas de rapport.

 

Les américains sont plus réalistes. Ils ont fait le calcul pour des bureaux. Ils estiment à 15% l’écart maximum de productivité du personnel entre ceux qui travaillent dans de bonnes conditions, calme, air de bonne qualité, etc. et ceux qui travaillent dans des ambiances physiques dégradées, air mal renouvelé, bruit, chaleur ou froid excessif, etc. Et sur la valeur ajoutée créée dans un immeuble de bureau, la part provenant de la construction du bâtiment n’est que de 2%, celle de son entretien et de son bon fonctionnement de 6%, l’essentiel résidant dans le travail des personnels. Faire des économies sur un poste de 2 points, au risque de compromettre la qualité de vie des personnels, avec des conséquences pour plus de 10 points, ce serait une erreur manifeste.

 

Faire le bon calcul, c’est intégrer de nombreux paramètres, tenir compte de la diversité des valeurs et de leurs interactions. On parle parfois de coût global, correspondant à une vision de l’ensemble des enjeux.

Le bon calcul ne suffit pas pour le développement durable, mais il y contribue.

Publié dans developpement-durable

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