Mélange

Publié le par Bidou

Si on pense scooter, le mélange deux temps, avec la fumée bleue qui sort du pot d’échappement, le mot a de quoi inquiéter. Plus de pollution, de bruit, une consommation accrue, un régime qui pousse à la faute, au vroum vroum, tout pour plaire !

 

Mais le mot mélange ne concerne pas que les deux roues. Il y a aussi le mélange des genres. Problème très fréquent, qui trouve son illustration dans les expressions où on évoque des pêcheurs en eau trouble, et son contraire avec le dicton : chacun son métier, les vaches seront bien gardées !

 

Depuis toujours, les associations, et depuis moins de temps mais avec plus d’autorité, l’Europe, reprochent à l’administration française de mélanger allégrement les genres. Les services de l’Etat dans les départements cumulaient de nombreuses fonctions : conseil aux collectivités, apport de subventions, délivreur d’autorisations, bureau d’études, maître d’oeuvre pour les travaux, et contrôleur de la bonne légalité des projets. Progressivement, les choses ont changé, et les missions ont été différenciées, les modalités d’intervention des services de l’Etat ont été recadrées pour éviter la confusion générale. Celle-ci est sans doute une des causes de la perte de confiance de nombreux citoyens vis-à-vis de l’Etat, qui ne eut être valablement arbitre et contrôleur des équilibres dans ces conditions. La création, ces dernières années, d’autorités indépendantes sont d’ailleurs la conséquence directe de l’absence de lisibilité de l’action de l’Etat : ses services apparaissant proche des intérêts de certains acteurs, il était disqualifié pour gérer les conflits qui pouvaient apparaître entre ces acteurs privilégiés et d’autres, notamment les riverains et les usagers. L’Etat étant de surcroît, à l’époque, actionnaire d’entreprises publiques, comme Air France ou les grands énergéticiens, il semblait plus intéressé à faire voler des avions ou à construire des centrales nucléaires que de veiller à la qualité de la vie des riverains des aéroports ou de garantir la transparence des évènements susceptibles de se produire dans une centrale. Il n’était plus garant de l’équilibre entre les parties, de l’égalité de traitement. On a donc imaginé des autorités indépendantes pour assurer cet équilibre et l’égalité de traitement des protagonistes. Manifestation de l’incapacité des administrations, pourtant détentrice de la légitimité républicaine, à assurer convenablement leur mission dans sa globalité. L’Etat en France n’est pas habitué à se contenter de fixer des objectifs, de fixer les règles du jeu, et de contrôler que les résultats son atteints par l’action convergente des acteurs. Pendant longtemps, il a été lui-même acteur, soit par son administration soit par des entreprises publiques. Les nouveaux instruments qui voient le jour aujourd'hui, à base de quotas et d’objectifs globaux, accompagnent l’évolution profonde, qui est engagée notamment sous la pression de l’Europe. 

 

Le mélange des genres n’est pas l’apanage de l’Etat. La confusion entre offre et demande est fréquente. Les syndicats ouvriers, représentant clairement une famille de « producteurs » se sont empressé de susciter des syndicats de consommateurs, dès que le mouvement consumériste a pris un peu d’importance ! D’une manière générale, le représentant de l’offre a pour premier souci d’influencer la demande, ce qui est normal, mais parfois excessif quand il essaye dans les faits d’en prendre le contrôle. Il est important de bien distinguer la demande de la réponse à la demande, le donneur d’ordre du prestataire. La tentation est fréquente, pour un commanditaire, surtout s’il n’est pas un professionnel, et qui est facilement obnubilé par une réponse ou une famille de réponses, dont son beau-frère lui a parlé ou qu’il a vue à la télévision, de passer directement une commande sur une solution sans avoir préalablement rempli son premier devoir, à savoir d’analyser son besoin, de poser convenablement le problème à résoudre. On pose le problème en fonction des solutions dont a connaissance, et ce faisant on néglige la tache de base qui consiste à bien savoir ce que l’on veut, véritablement et durablement.

 

A tentation est grande aussi, pour le prestataire, si la question est mal posée, soit de répondre sans discussion ni mise au point avec le demandeur, au risque de le décevoir quand il s’apercevra de son erreur, soit de « caser » le produit le plus intéressant pour lui, indépendamment du besoin de son client. On dit parfois que le développement durable consiste à partir des besoins, et non pas de l’offre. Bien sûr, le besoin se manifeste en fonction d’une offre, et on ne peut les séparer, mais l’important est de maintenir l’équilibre, d’éviter la soumission de la demande et du consommateur à une offre qui ne cherche qu’à vendre toujours plus. Pour y parvenir, un principe simple, réfléchir à ce que l’on veut, se donner un « cahier des charges » qui permette ensuite d’interroger l’offre dans de bonnes conditions.

 

La vie politique française laisse penser que le mélange des genres s’y est introduit, malgré le principe de séparation des pouvoirs. Les fonctionnaires, « servants » en anglais, on du en avoir assez de répondre à la commande du politique, et ils ont décidé de prendre eux-mêmes la place des politiques. Il vaut mieux se passer des ordres à soi-même ! Le nombre de dirigeants politiques issus de la haute fonction publique témoigne de ce mélange des genres.

Publié dans developpement-durable

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