Bouton

Publié le par Bidou

Evacuons tout de suite l’affaire du bouton de guêtre. Aucun ne manquait aux soldats français, c’est bien connu, et pourtant ce fut la déroute. Un enseignement simple, la modestie vis-à-vis de l’avenir, la prudence dans les affirmations péremptoires.

 

Mais le phénomène que le mot « bouton » évoque le plus, pour parler du développement durable, c’est la facilité avec on déclenche des mécanismes, grâce à un bouton. C’est la société « presse-bouton ».

 

Pour allumer et éteindre, pour manifester sa présence, pour ouvrir et fermer, pour appeler, pour faire exploser une bombe, il suffit d’appuyer sur un bouton. C’est tellement simple !

 

La civilisation, les techniques modernes, si on peut les rapprocher, ont une tendance générale à nous faciliter la vie. Rendre les choses plus commodes. Démarrer une voiture en appuyant sur un bouton est plus facile que de tourner une manivelle, appuyer sur un interrupteur électrique, c’est quand même mieux que d’allumer un bec de gaz. Par extension, au-delà du bouton, on pourrait aussi citer le robinet. Ouvrir un robinet ou aller chercher l’eau au puits, voici une alternative ou chacun aura vite fait de choisir. Le « progrès » simplifie la vie, et c’est tant mieux.

 

Il y a toutefois un prix à payer. Cette facilité fait oublier que ces services ne sont rendus par le bouton qu’en apparence, que le bouton n’est que le dernier maillon d’une chaîne longue et complexe. La lampe qui s’allume si gentiment au signal est l’aboutissement d’un mécanisme où l’on produit de l’électricité, la transforme une fois, la transporte, la retransforme et la conduit jusqu’à votre compteur. Et le produit ainsi livré doit satisfaire à des exigences qualitatives de plus en plus strictes. La consommation de cette électricité produit ses effets désirés, favorables en principe (à moins que vous n’oubliez votre rôti dans le four ou que vous n’envahissiez de décibels la cour de votre immeuble), mais aussi défavorables, comme des émissions de polluants dans l’air autour des centrales thermiques, la disparitions de vallées pour l’hydraulique, ou la production de déchets « durables » pour le nucléaire. Citons aussi les lignes à haute tension, et on aura un rapide panorama de ce qui est concerné par la simple pression sur un bouton d’alimentation électrique.

 

Tout ça est bien normal, il ne faut pas dramatiser. L’embêtant est juste d’en perdre la conscience, de l’oublier. La commodité masque aisément les réalités, complexes par nature, et atténue, voire annihile, tout sentiment de responsabilité. Ce n’est pas en allumant ma télévision que je crée des déchets radio actifs, quand même !

 

Avec une énergie pas chère, la boucle était bouclée. Pas de sanction financière lourde, pas de contrainte technique, tout est en place pour une consommation irresponsable. Les évènements récents vont sans doute changer la donne, mais les comportements sont durablement inscrits dans nos mœurs, et ne réagissent pas instantanément. Il y a une inertie. Celle-ci est notamment due à nos appareils. Ils sont de plus en plus dotés d’un système de veille, qui suppose qu’ils soient allumés en permanence. Un exemple classique est le magnétoscope, toujours allumé pour cause de calendrier et d’horloge, mais au fonctionnement réel de très courte durée. Il dépense bien plus d’énergie à attendre sans rien faire, qu’à rendre le service pour lequel il a été acheté. L’inertie se prolonge avec la mise aujourd’hui sur le marché de systèmes de décodeurs et autres capteurs de messages constamment sous tension. On vient juste de supprimer les veilleuses dans les chaudières au gaz, mais on multiplie les veilles sur des appareils électriques !

 

L’étape suivante, dans la simplification de la vie, est la régulation, le recours à l’automatisme. Nous en avons déjà parlé (voir le mot « automatique », le 22 février dernier). Le sentiment de responsabilité est encore évoqué quand il s’agit d’éteindre la lumière en sortant. Mais pourquoi s’embêter, alors qu’un capteur peut détecter la présence ou l’absence de personnes dans une pièce, et gérer la lumière en conséquence ? Avec des variateurs, on peut même, si il y a du monde, régler la puissance de la lumière pour intégrer la lumière du  jour. On nous dit, pour des bâtiments d’usage collectif, que ces dispositifs permettent de diviser la consommation par deux !

 

Bravo, mais on voit bien que cette voie va accentuer la distance entre comportement du consommateur et réalités physiques. Sans doute est-ce un bonne chose, simplifier la vie, c’est un rêve pour beaucoup, mais une contrepartie semble s’imposer : la pédagogie, l’information et la sensibilisation, qui apparaissent absolument nécessaires pour recréer cette conscience des phénomènes physiques, qui nous ramènent inéluctablement aux réalités du milieu proche comme de la planète.

Publié dans developpement-durable

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