Illusion

Publié le par Bidou

Le mot illusion aurait pu être remplacé par mirage, ou leurre. Le développement ne peut être durable si on se laisse entraîner sur des chemins sans issue, où si on fonde notre futur sur des richesses fictives. Partons, pour illustrer ce propos d’un histoire vraie, racontée par Maximilien Rouer, le fondateur de « Be citizen », qui tente de convaincre les décideurs de ce monde que les défis que nos sociétés doivent relever sont des formidables opportunités à saisir. Mais il faut d’abord que tous voient clairement que le poursuite des tendances du passé est interdite dans les faits.

 

 

 

L’histoire se passe en Jordanie, il y a quelques années. Nous sommes dans des territoires quasi désertiques, où vivent quelques nomades. Leur mode de vie est sobre, ils n’ont pas le choix. L’eau est rare. Vraiment ? En réalité, ce pays n’a pas toujours eu la même physionomie, il a jadis été verdoyant, et il en reste de l’eau en grande profondeur. De l’eau fossile, stockée il y les centaines de milliers d’années. Un réserve qui apparaît inépuisable.

 

 

 

Des investisseurs arrivent, avec de grands projets agricoles. Avec cette eau et le soleil, on va faire du blé ! Et c’est parti pour des grandes exploitations décrivant d’immenses cercles autour des forages. Et l’emploi suit, et la prospérité. Adieu les privations, et vive les familles nombreuses, qui témoignent de la bénédiction de Dieu. Le mode de vie des habitants change complètement, et leur nombre s’accroît fortement. C’est l’abondance.

 

 

 

Sous le soleil, et pour avoir de bons rendements, il en faut de l’eau. Elle s’évapore vite, et le sol la reteint mal. Au total, pour produire un kilo de blé, il faut 10 000 litres d’eau. A ce rythme, les réserves ont fondu comme neige au soleil, et au bout d’une quinzaine d’années, il ne reste plus rien. Pour les investisseurs, ce n’est pas grave, ils ont réalisé leurs profits depuis longtemps, et ils les ont réinvestis dans d’autres « bonnes affaires ». Mais pour les bédouins, c’est la fin d’une époque.

 

 

 

Cette terre qui pouvait faire vivre modestement quelques familles ne peut en nourrir beaucoup plus, et pas avec le niveau d’exigence que ces quinze années d’abondance a créé. Le mot arrive alors, illusion. Ce n’était pas l’abondance, mais l’illusion de l’abondance, qui laisse ensuite une société en crise, de l’amertume, et de la misère, là où il n’y avait que la pauvreté.

 

 

 

La question est bien sûr de savoir si l’humanité ne vit pas sur la même illusion. Nous en parlerons avec le mot hectare, dans quelques jours, où nous évoquerons la capacité de notre planète à répondre à nos besoins. La fin des ressources fossiles approche. Il y a débat sur le nombre exact d’années avant que le pétrole ou le gaz ne devienne hors de portée, ou du moins hors de prix, mais la perspective de la fin du pétrole est bien présente. Et puis le déstockage rapide et massif d’immenses quantités de carbone provoque des effets dans l’atmosphère, dont la composition se retrouve déséquilibrée, et entraîne un réchauffement climatique déstabilisant et dangereux pour une bonne partie de l’humanité. Le charbon, encore abondant, ne peut être prélevé et brûlé sans précautions.

 

 

 

C’est donc aussi pour l’humanité la fin d’une époque, celle de l’énergie abondante et pas chère, la fin de l’ère industrielle. En deux siècles, une partie du monde, les pays qui se sont industrialisés les premiers, auront ainsi exploité les ressources que la nature a mis des millions d’années à constituer. Pour beaucoup, ce sera la fin des illusions.

 

 

 

Ce n’est pas la fin du monde, et c’est peut-être le début d’une nouvelle ère. Celle des choses légères, avec des produits très « dématérialisés », comme le disait Thierry Kazazian. Ces deux siècles de folie n’ont pas eu que des mauvais côtés. Notre connaissance de la matière, la maîtrise de l’humanité sur des processus complexe, ont fait d’immenses progrès, et il s’agit aujourd'hui de les mettre à contribution. C’est le défi qui nous est lancé, de remplacer par de l’intelligence des ressources matérielles que nous n’avons plus en abondance. Le développement durable est un pari sur l’Homme.

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                               

Publié dans developpement-durable

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