Mur

Publié le par Bidou

Une des première traduction opérationnelle du développement durable est de ne pas aller dans le mur. Il nous faut trouver un mode de développement qui ne nous conduise pas dans une impasse, pourrait–on dire avec plus de civilité, mais il s’agit bien de la même chose. C’est bien sûr une vision défensive, qui nous dit ce qu’il ne faut pas faire plutôt que ce qu’il faut faire, mais c’est une approche utile : dans une équipe de football, il faut une attaque, mais aussi une défense.


On peut aussi penser au mur de Berlin, ou à la muraille de Chine. Construits à des époques différentes, ces ouvrages avaient le même objectif, empêcher tout contact entre des sociétés jugées inconciliables. Des sociétés trop différentes, avec d'un côté les riches ou les « civilisés », et de l'autre ceux qui voudraient bien vivre comme les riches ou s'approprier ces richesses. Deux cas d'école contrastés, en outre, car les chinois avaient construit le mur pour empêcher les hordes barbares d'entrer chez eux, alors que la RDA avait pour objectif d'empêcher le départ de ses ressortissants. Et on a vu que dans les deux cas, ces murs n'ont fait que retarder l'inéluctable.


Dans le monde d'aujourd'hui, les inégalités ont pris des proportions jamais atteintes. Même si certains pays importants voient progressivement leur niveau de vie augmenter, les écarts de richesse entre les populations les plus pauvres et les plus aisées ne cessent de s'accroître, à des niveaux jamais atteints. Le développement durable ne peut s'imaginer sans tenter de réduire ces déséquilibres, qui menacent la stabilité du monde. Car ces écarts considérables entre niveaux de vie ne sont pas cachés, ils sont exposés, parfois avec cynisme, et en sont d'autant plus insupportables. Une partie du monde s'arroge le droit d'exploiter à son profit l'essentiel des ressources. Il est possible de vivre longtemps comme cela, sans avoir à changer, rien qu'en protégeant son accès aux ressources. Dans l'histoire, il y a eu les colonisations de toutes natures, de l'antiquité au grandes expéditions vénitiennes, génoises, portugaises, espagnoles, française et britanniques, de comptoirs marchands en canonnières, puis en véritables colonies. Quand on a besoin de ressources, que les siennes propres ne suffisent plus, et bien, il suffit d'aller les chercher chez les autres, si on en a la force !


Autre époque, l'appropriation des richesses ne procède plus de la colonisation, mais d'implantations industrielles, d'accords entre états et grandes sociétés multinationales. Le résultat n'est pas fondamentalement différent, et la question est bien pour les riches, qui refusent de mettre en cause leur mode de vie, de parvenir à maintenir leur contrôle sur ces ressources, dont ils ont un besoin sans cesse croissant. Entre un monde très riche et un monde très pauvre, c'est un décalage fantastique, et qui s'accroît, traduisant de fait une forme d'apartheid mondial. Certains peuvent faire le pari de maintenir à l'infini cet état de fait, en construisant toutes sortes de protections, de murs et de barrages entre deux mondes, comme la muraille de Chine ou le mur de Berlin, et enterrer le développement durable ; d'autres n'accepteront pas cet apartheid, et chercheront dans le développement durable un chemin pour sortir d'une impasse où nous nous sommes trop aventurés.



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