Boucle

Publié le par Bidou

 

Il pourrait s’agir des belles boucles d’or de vos charmants bambins, et alors je vous renverrais à Shampoing, mot abordé en février. Parlons plutôt des boucles comme mode de fonctionnement, comme un cinéma permanent.


Le développement durable passe souvent par des boucles, c’est à dire des circuits courts, que l'on arrive à contrôler et à exploiter. On aurait pu aussi partir du mot « cycle », c’est à peu près la même chose, avec le mot recyclage qui est toujours un best seller du développement durable.


Prenons un exemple précis, pour bien illustrer l’intérêt des boucles, quand celle-ci sont vertueuses. Il s’agit des autobus de l’agglomération Lilloise. Une partie d’entre eux fonctionnent à présent au gaz. Le gaz naturel est un bon combustible, très efficace et peu polluant, mais c’est quand même du méthane et donc du carbone qui est déstocké, et renvoyé dans l’air à l’issue du cycle de combustion. Une solution est de récupérer des gaz qui seraient partis dans l’atmosphère de toutes façons, et de les faire passer par un moteur avant leur départ pour les grandes altitudes. C’est la valorisation de déchets organiques qui permet d’amorcer la pompe. Les déchets organiques sont récupérés et le gaz issu de leur fermentation(bio gaz) est envoyé au garage tout proche des autobus. Cet apport représente la consommation d’un autobus sur six, et à des coûts d’exploitation comparable aux pratiques courantes. Et comme les déchets sont acheminés par des barges sur un canal, on arrive à un bilan écologique vraiment intéressant. Ce n’est pas fini, un projet de même ordre est en cours de réalisation, ouverture en 2008, avec les boues des stations d’épuration. Un autre bus sur six fonctionnera avec ce gaz.


Un bémol, cependant. Les dépôts des bus, avec cet approvisionnement en gaz de valorisation, en « bio gaz », sont excentrés. Comme les unités de valorisation organique des déchets, les nouveaux ateliers d’entretien des autobus qui leur sont associés sont à l’écart, pour des raisons techniques, et ils ne sont pas desservis, comme ceux du centre, par des transports en commun. Il faut bien que les conducteurs viennent en voiture prendre le bus qu’ils vont conduire, et cela entache le bilan. Il faudra donc un « plan de mobilité d’entreprise » pour réduire cet inconvénient, en favorisant le co-voiturage, des systèmes de ramassage adaptés à ces nouveaux sites. Ce sera l’occasion d’un autre développement, à l’occasion d’un autre mot.


Notons quand même que ces pratiques, de récupération de bio gaz, n'est pas exceptionnelle, si l'on regarde au dehors de nos frontières. Elles ont une tendance à se multiplier, et ont été testée dans des quartiers pilotes du développement durable. Prenons deux exemples en Suède pour illustrer ce propos : le quartier d'Hammarby à Stockholm, qui s'est donné pour objectif d'utiliser 80% de l'énergie issue des déchets et des eaux usées, sous forme de bio gaz pour la production de chaleur et pour alimenter les bus de la ville ; le quartier Bo01 (qui rappelle l'an 01 dans son titre) à Malmö, où la régénération des déchets produit plus de 200kWh par habitant et par an, c'est à dire ce qu'il faut pour éclairer chaque logement chaque soir de l'année (à raison de 7 ampoules par logement).

Publié dans developpement-durable

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Lenoir 20/03/2006 11:00

Le mot boucle évoque aussi le mécanisme fondamental à l'œuvre dans les éco-systèmes. Il est bien préférable pour les qualifier que celui d'équilibre, extrêmement connoté par les tendances conservatrices qui travaillent tout un chacun, surtout quand il jouit d'une position satisfaisante.

En effet, la nature ne connaît que les cycles complexes produits par l'entrelacs des dépendances entre les différentes espèces vivante et leur environnement minéral. Il n'y a pas équilibre car il n'y a en général pas de possibilité d'ajustement immédiat d'une espèce à une modification de son environnement. Une année riche en noix verra, par exemple, les écureuils et les loirs constituer de solides réserves qui leur permettront le printemps suivant de proliférer à loisir. Si l'année est ensuite mauvaise, il en résultera deux conséquences fâcheuses : le peu de noix disponibles sera dévoré avant mûrissement et la récolte automnale bien maigre. Nos populations de rongeurs régresseront sensiblement faute d'une quantité suffisante de nourriture et, si l'année suivante est faste, la récolte profitera surtout à l'homme. On a donc une rétroaction avec un déphasage important, ici annuel, entre l'entrée du sous-système, la production primaire de nourriture sous forme de noix, et la sortie au niveau trophique immédiatement supérieur, l'importance des populations d'écureuils et de loirs.


Nos sociétés humaines tendent à supprimer les causes naturelles ou sociales de telles fluctuations problématiques. Elles partagent majoritairement une vision "progressiste" de l'avenir et se refusent, quitte à saccager leur environnement, à l'idée qu'une régression pourrait être souhaitable. Le mot développement, accolé à durable, un oxymore pernicieux, révèle bien le profond conflit qu'il est indispensable de susciter pour casser le concept même du développement. Donner crédit à l'idée orientale de l'éternel recommencement en opposition à celle d'une montée indéfinie vers on ne sait quel Himalaya artificiel permettrait, peut-être, d'apporter un peu de sens à ce paradygme d'autant plus faiblard qu'invoqué sans discernement, le développement durable.