Location

Publié le par Bidou

la propriété, c'est le vol ! Je ne sais pas, mais c'est sans doute, dans certains cas, loin de l'optimum écologique. Qu'est-ce qui importe, être propriétaire d'un bien, ou pouvoir s'en servir librement ? C'est sans doute justement pour pouvoir maîtriser l'usage que la tendance à la possession s'est développée. La réponse à la peur de manquer, à l'angoisse de ne pas trouver la réponse immédiate à un besoin.

 

Mais le développement durable nous invite à chercher comment satisfaire des besoins en prélevant le minimum de ressources, c'est à dire en cherchant une efficacité maximum. Le plaisir au coût minimum, pourrait-on dire. La location offre cet avantage, de permettre de jouir d'un bien sans avoir à l'acheter. Ce n'est pas très intéressant pour des biens que l'on utilise en permanence, comme une maison. Peu d'économies à faire sur une résidence principale, si ce n'est le professionnalisme éventuel du propriétaire qui peut s'avérer un atout précieux pour disposer du meilleur confort au meilleur prix, à la fois économique et écologique.

Pour une voiture, c’est bien différent. Elle reste au garage ou stationnée dans la rue l’essentiel de son temps. Son entretien dépend de la bonne volonté et du sérieux de son propriétaire. Celui-ci utilise la même voiture pour tous les usages, en toutes circonstances : à la ville ou sur route, seul ou en famille, avec ou sans bagages ou objets encombrants. Et elle roule finalement assez  peu, et il faudra des années pour qu'elle arrive en fin de parcours, si bien qu’elle sera vite obsolète, tant en termes de qualité de service rendu, notamment de sécurité, que de performances environnementales. La question  de la location se pose avec force : n’est-il pas possible, avec le même budget ou un budget moindre, de disposer d’une voiture récente, toujours bien entretenue, adaptée aux nécessités de chaque déplacement, combinable avec d’autres modes de transport, comme le train pour les longs parcours ? Avec une location facile, il doit être possible d’avoir le meilleur service que l’automobile peut rendre, mais à condition de se dégager du besoin de la posséder. Et pour le développement durable, les deux formules ne sont pas équivalentes. L’usage plutôt que la propriété, voilà une piste à suivre.

C’est ce que Dominique BOURG appelle une économie de fonctionnalité[1]. Il s’agit de substituer la vente de services à la vente de produits. Il arrive à cette conclusion à partir de l’observation des flux de matières : « seuls 7% de la matière utilisée pour leur production se retrouve in fine dans les produits, 80% desdits produits ne donnent lieu qu’à un usage unique, et 99% des matières contenues dans les biens vendus sont devenus des déchets après six semaines ! »

Cette économie de fonctionnalité permet de faire des affaires. Dominique Bourg prend l’exemple des pneus (déjà évoqués dans ce blog, le 16 février dernier). Michelin propose effet aux grandes flottes un service pneumatique. « Proposer un tel service permet d’assurer une maintenance optimale des pneus, alors que des flexions plus importantes dues au sous-gonflage occasionnent un surcroît de consommation et une usure accélérée ; c’est encore permettre le retrait des pneus au moment le plus approprié pour les opérations ultérieures de recreusage et de rechapage : la possibilité de recreuser un pneu usé, puis de le rechaper, puis de le recreuser à nouveau, offre aux pneus une durée de vie multipliée par 2,5. C’est aussi l’opportunité d’offrir aux chauffeurs des cours de conduite économe en carburant ». Résultat : une entreprise qui augmente son chiffre d’affaire en vendant moins de produit. On peut donc vivre mieux en prélevant moins de ressources : le développement durable existerait-il vraiment ?



[1] On pourra se reporter à l’article de Dominique Bourg, « Economie de fonctionnalité, collectivités territoriales et développement durable », dans l’ouvrage « Le développement durable à l’usage des collectivités locales », 3ème édition,  2006, Dexia Editions et Victoire Editions

 

 

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Amalia Toselli -Dujardin 08/03/2006 18:25

"Etre propriétaire d'un bien ...c'est sans doute justement pour pouvoir maîtriser l'usage que la tendance à la possession s'est développée".
Petite question au  sens à donner à "s'est développée" : depuis toujours? récemment? en France?
La notion de propriété du bien peut amener très loin, selon la construction "culturelles" des pays.
La propriété de la terre comme une assurance à son existence (subsistance).
En Italie, pas exemple, elle va de paire tout simplement avec la notion d'habiter, de vivre. Les parents ne pensent qu'à une chose : assurer la propriétés du logement aux enfants.
En suisse on connait le sens donné à la "mission" dont se sent chargé le propriétaire de sa maison, de la conserver et choyer générations durant...
Est-ce que à la fin on n'arriverait pas à la distinction entre l'esprit pionier et nomade d'une part, et le sédentaire d'autre part, comme deux philosophie de vie parallèles ?
Et je ne crois pas que l'argument économique, argumenté et réaliste, de la non rentabilité à être propriétaire, ait une quelconque influence sur les esprits "sédentaires"...
Alors que pour la voiture le raisonnement est impeccable : mais la voiture est un accessoire, pas la maison. Pas encore Pas pour tous et pas rapidement.
Il s'agirait alors, dans les deux cas, de pouvoir réaliser l'écobilan des deux aspects pour que chacun ait des options de changement à réaliser vers le DD....
 
A suivre...

Alain Gondelmann 08/03/2006 10:11

J'ajouterai que prendre un bien en location, c'est aussi s'engager à le gérer en "bon père de famille" (art 1728 du code civil), comportement qui devrait, en toute logique, être favorable au développement durable.
Concernant la voiture, s'il est évident que la combinaison voyage en train et trajet terminal en voiture est une formule favorable au développement durable, que penser des loueurs professionnels qui, forts du succès de cette formule, viennent d'instaurer une "taxe" spécifique à la prise en location en gare (dont le montant peut être supérieur à une journée de location !), arguant des difficultés et coût de stationnement dans l'enceinte de la SNCF.............