Avance

Publié le par Bidou

 

J’ai demandé une avance à mon patron… On est dans la continuité de la réflexion sur l’anticipation, déjà entamée hier. Il ne faut pas se laisser surprendre, et il faut choisir le bon moment pour intervenir dans les enchaînements d’évènements. Il faut savoir anticiper une dépense. C'est juste un bon investissement. Demander une avance pour boucher un trou, on y est souvent contraint, mais ce n'est pas à proprement parler du développement durable, car, comme dit le proverbe, « qui paie ses dette s'enrichit », sauf si c'est en contractant de nouvelles dettes !


Il faut savoir aussi anticiper, non pas pour éviter des problèmes, mais pour bien gérer ses affaires. Il faut savoir faire un effort avant que cela ne semble indispensable, savoir dépenser plus à un moment donné pour éviter des dépense futures. Le développement durable fait référence à la durée, au temps qui passe. C’est une dimension déterminante, mais on peut y associer les fausses économies.


Engager la dépense au bon moment. C’est comme ça que l’on fait des économies. Dans les bâtiments par exemple, on a le choix entre deux attitudes possibles : A ma droite, voici Paul. Il ne supporte pas les dégradations de son immeuble, et chaque année, il dépense de l’argent pour le maintenir en bon état. 1 500 euros par an pour ses 100 m2. A ma gauche, Pierre, malgré son nom, ne s’intéresse pas à la pierre. Il laisse filer les petites dégradations, et fait de gros travaux tous les 15 ans, quand cela s’avère vraiment nécessaire. Il a du débourser 130 000 euros, aussi pour 100m2. Beau résultat ! Alors que Paul payait 22 500 euros étalés sur 15 ans, Pierre a du sortir près de six fois plus1. Le développement durable, c'est économique.


Un remarque, au passage, qui nous détournera un peu de notre propos, mais en dit long sur la cohérence de nos institutions. Vous le savez sans doute, en France, la TVA est remboursée aux collectivités locales, pour leurs investissements. Elle ne l'est pas pour les dépenses de fonctionnement. Dans le cas précédent, la dépense régulière n'est donc pas encouragée, contrairement à l'intervention massive. Si la règle fiscale est porteuse d'un message pour les décideurs, c'est assurément le mauvais message, puisque le choix le plus onéreux est favorisé. Sans changer les grands équilibres, verser les remboursements de TVA dans des dotations de caractère général serait sans doute plus efficace. Fin de la parenthèse.


Engager la dépense au bon moment, et aussi payer le bon prix. Quand j’étais petit, on me disait « ça coûte cher d’être pauvre ». J’ai appris depuis que dans d’autres régions, on dit « bon marché coûte cher ». Le message est le même : il y a des économies qui coûtent une fortune. On n'a parfois pas le choix, et c'est alors une mauvaise spirale qui s'amorce, un enchaînement auquel il faut absolument mettre le holà. Des exemples, toujours dans le bâtiment, domaine que je connais un peu mieux que les autres. Vous devez changer de chaudière individuelle. D'abord, n'attendez pas le dernier moment. Une chaudière ancienne, même si elle vous rassure car dans le temps, on savait travailler, a un rendement bien inférieur aux matériels modernes ; c'est une question non pas d'âge mais de génération. Les chaudières récentes sont plus performantes que celles que l'on fabriquait il y a quinze ans. Et l'argent gagné en retardant le remplacement coûte très cher en consommations inutiles. Et dans les modèles récents, le haut de gamme est toujours rentable. Il y a sans doute des limites, et si le haut de gamme, ce sont des poignées en or, ne cherchez pas la rentabilité. Mais en restant raisonnable, il ne faut pas hésiter à s'offrir la qualité, elle est payante, et rapidement. On parle d'investissements à coût négatif, tellement le retour d'investissement est rapide, moins d'un ou deux ans. Pareil pour les fenêtre, si vous devez les changer. Un double vitrage, c'est une efficacité thermique multipliée par deux, et si vous adoptez un vitrage « très peu émissif », vous multipliez encore par deux l'efficacité, pour un coût à peine supérieur.


Si l'avance que l'on demande à son patron peut être le signe d'une mauvaise gestion, les « avances » peuvent aussi être de bons investissements, et témoignent concrètement du bon usage du mot « durable ».

1Ces chiffres sont tirés du rapport de 1999 de l'observatoire de la sécurité des établissements scolaires et d'enseignement supérieur. Ils sont sans doute différents pour un pavillon ou un immeuble d'habitation, mais l'écart est tel que l'on peut être certain qu'il reste très important pour les autres types de bâtiments.

Publié dans developpement-durable

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